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Il y a 75 ans, la Seconde Guerre mondiale prenait fin en Europe

Le général Wilhelm Keitel signant l‘acte de capitulation sans condition de la Wehrmacht dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 au quartier général soviétique de Berlin-Karlshorst.

Le général Wilhelm Keitel signant l‘acte de capitulation sans condition de la Wehrmacht dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 au quartier général soviétique de Berlin-Karlshorst., © dpa - Bildarchiv

07.05.2020 - Article

Le 8 mai 1945, la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie mettait fin en Europe au plus terrible conflit de l’histoire. C’est une date complexe pour les Allemands. Elle est synonyme de libération et de devoir de mémoire.

Ce n’est pas une date comme les autres. Vendredi 8 mai 2020, la chancelière Angela Merkel, les présidents des assemblées parlementaires et des principaux organes constitutionnels commémoreront à Berlin le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Malgré les restrictions liées au coronavirus, une cérémonie a été maintenue au mémorial de la Neue Wache. Elle sera ponctuée par un discours du président allemand, Frank-Walter Steinmeier. Exceptionnellement, le 8 mai a aussi été déclaré jour férié à Berlin.

75 ans après la fin du second conflit mondial, les témoins disparaissent. Plus que jamais, il importe de se souvenir. Plus que jamais, il faut passer le flambeau à de nouvelles générations. La Seconde Guerre mondiale a fait plus de 50 millions de morts dans le monde entre 1939 à 1945. Plus de six millions de juifs européens ont été assassinés dans les camps d’extermination nazis. Sans compter le massacre d’innombrables Sintis et Roms, personnes handicapées, opposants politiques et homosexuels.

1945, la fin de la guerre

Guerre totale, la Seconde Guerre mondiale ne s’est toutefois pas arrêtée d’un seul coup le 8 mai 1945. L’engagement et la progression des forces alliées, à l’Est comme à l’Ouest, rendaient l’issue inéluctable dès le début de l’année. La bataille des Ardennes, dernière offensive d’envergure lancée par Hitler au tournant de l’année 1945, annonçait la défaite du IIIe Reich.

Pourtant, trois longs mois se sont encore écoulés. Les Alliés ont peu à peu découvert l’horreur des camps de la mort. Et pendant ce temps, à Berlin, l’ultime bataille transformait la capitale en un champ de ruines peuplées d’âmes terrorisées. 

Le 30 avril, le suicide d’Hitler dans son bunker accéléra la fin de la résistance. Le Führer fut imité par Goebbels, et plusieurs cadres du parti nazi, ainsi que nombre de citoyens se donnèrent la mort dans les derniers jours de la guerre.

Le 2 mai, le général Weidling annonçait la capitulation de la Wehrmacht à Berlin. Il remettait la ville entre les mains des troupes soviétiques du général Joukov. L’amiral Dönitz, désigné par le testament d’Hitler comme nouveau chef de l’État, n’avait plus qu’à signer la capitulation. 

Capitulation à Reims, puis à Berlin

Elle se déroula en deux actes. Le 7 mai 1945, à 1h41, le général Alfred Jodl signa l’acte de capitulation de la Wehrmacht devant les représentants des Alliés occidentaux à Reims, au quartier général du général américain Dwight D. Eisenhower, commandant en chef des forces alliées en Europe. Il était accompagné des commandants de la marine et de l’aviation allemandes. C’était une capitulation sans condition. Les Alliés en avaient fait leur objectif dès janvier 1943 lors d’une conférence à Casablanca. Elle prenait effet le 8 mai à 23h01.

À Moscou, Staline exigea cependant que l’acte soit répété au quartier général des forces soviétiques. La capitulation fut donc signée une seconde fois dans la nuit du 8 au 9 mai à Berlin-Karlshorst, dans une ancienne école des pionniers de la Wehrmacht. L’armée allemande était représentée par le général Wilhelm Keitel, chef de l’Oberkommando de la Wehrmacht. Les armes devaient définitivement se taire le 9 mai à 0h01.

Année zéro ?

Rapidement, les Alliés prirent alors le contrôle de l’Allemagne. Le 5 juin, les déclarations de Berlin définissaient le statut d’occupation : division du pays en quatre zones et de Berlin, placé sous un commandement militaire, en quatre secteurs. Début août, la conférence de Potsdam posait les bases de la politique d’occupation. Mais les dissensions entre Alliés allaient vite mener à la Guerre froide et à la partition de l’Allemagne (1949).

La population allemande vécut les événements de diverses manières. La fin des hostilités était un soulagement. Mais à beaucoup, l’effondrement militaire, politique, économique et moral donna le sentiment d’une perte de repères et de sens radicale, l’impression de baigner dans un présent intemporel. En même temps que le passé, toute perspective d’avenir avait disparu. Roberto Rossellini a décrit cette atmosphère de résignation en 1948 dans son film « Allemagne, année zéro ».

Mais le sentiment dominant n’était pas celui de chacun. Quel point commun entre le survivant d’une ville bombardée, l’habitant d’un village, le rescapé des camps de la mort, l’intellectuel ou l’opposant exilé, le réfugié des territoires de l’Est contraint de tout quitter pour se réinventer une vie plus à l’Ouest (l’Allemagne comptait 14 millions de personnes déplacées) ? Quelles perspectives communes pour le jeune et l’homme d’âge mûr ?

La métaphore de l’« année zéro » (Stunde null), controversée, peine à contenir une réalité hétérogène. Elle traduit aussi l’idée d’une césure historique, mais elle ne souligne pas la chance d’un nouveau départ que le 8 mai 1945 a été pour l’Allemagne. Or, c’est bien un 8 mai que la Loi fondamentale de la République fédérale a été adoptée en 1949. C’est tout sauf un hasard.

Le 8 mai, « jour de libération »

Le président allemand Richard von Weizsäcker en 1985 : « Pour nous, Allemands, le 8 mai n’est pas un jour de fête“. Mais le 8 mai 1945 „a été a été un jour de libération. »
Le président allemand Richard von Weizsäcker en 1985 : « Pour nous, Allemands, le 8 mai n’est pas un jour de fête ». Mais le 8 mai 1945 « a été a été un jour de libération. »© dpa - Bildarchiv

Les Allemands ont toutefois mis du temps à se confronter à la date du 8 mai. L’année 1945 n’avait pas fait table rase. La République fédérale des années 1950 et 1960, celle de la démocratie et de l’économie sociale de marché, restait tissée de multiples continuités en termes de mentalités et de vie sociale. Faire sauter la chape de silence qui pesait sur le passé deviendra l’un des moteurs de la révolte étudiante de 1968 en Allemagne.

Un tournant se produisit en 1985. Dans un discours prononcé au Bundestag à l’occasion du 40e anniversaire de la fin de la guerre, le président fédéral Richard von Weizsäcker trouva finalement les mots pour donner à la date du 8 mai 1945 un sens collectif tourné vers l’avenir.

« Pour nous, Allemands, le 8 mai n’est pas un jour de fête », déclara-t-il. Mais quelle que soit la manière dont il a été vécu par les uns et par les autres, « le 8 mai a été un jour de libération. Ce jour nous a tous libérés du système de la tyrannie nationale-socialiste édifiée sur le mépris de l’homme. »

A.L. 




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