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Discours du ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas lors du débat au Bundestag concernant les répercussions de la crise du coronavirus sur la situation humanitaire mondiale et l’exploitation qui en est faite par les gouvernements autocratiques pour limiter les droits de l’homme

15.05.2020 - Article

La crise à laquelle nous faisons face ces jours-ci est différente de tous les défis mondiaux qu’il nous a fallu relever récemment. À certains égards, elle a des allures démocratiques : la pandémie du coronavirus touche en effet chacune et chacun d’entre nous au quotidien, certes plus ou moins durement, mais nous subissons tous des restrictions et nul d’entre nous ne peut s’y soustraire. Et même le risque de contamination – tant qu’il n’y a pas de vaccin – est le même pour tous : président du Brésil, prince britannique, vedette allemande du football ; ni l’argent ni le pouvoir ne protègent contre le virus.

Ce qui protège, c’est par exemple de maintenir ses distances. Rien de plus simple pour nous, mais comment celles et ceux qui vivent dans des camps de réfugiés bondés ou des favelas construites les unes sur les autres pourraient-ils maintenir leurs distances ? Comment peut-on se laver les mains lorsqu’il n’y a pas d’eau et encore moins de savon ? Que signifient les chances de guérison quand un pays comme le Mali compte en tout et pour tout quatre respirateurs ? Et comment survivre quand les prix des denrées alimentaires s’envolent tandis que disparaissent les moyens de subsistance ?

Le coronavirus n’est pas uniquement une crise sanitaire. Cette crise est en passe de devenir également une pandémie humanitaire, et ce dans un monde où, même sans ce virus, 168 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire, soit le double de la population allemande. Face à cette catastrophe, leur venir en aide est une obligation morale, mais ce n’est pas seulement cela : leur venir en aide est aussi dans notre propre intérêt. Car nous ne serons en sécurité qu’à partir du moment où nous aurons réussi à endiguer le virus à l’échelle mondiale.

Mesdames, Messieurs, une crise de cette ampleur fait d’une action concertée une véritable question de survie, au sein d’un gouvernement comme à l’échelle internationale. La semaine dernière, les Nations Unies ont actualisé leur plan mondial de réponse humanitaire au Covid-19. Les besoins sont désormais estimés à 6,7 milliards de dollars. Ils ont donc triplé depuis la fin du mois de mars. Non seulement les soins médicaux sont insuffisants, mais on manque aussi d’installations sanitaires, d’eau propre, de savon, d’équipements de protection. Les camps de réfugiés doivent être préparés à une éventuelle nouvelle recrudescence de la maladie. Des millions de personnes doivent être informées des mesures de précaution. Les personnes tributaires de l’aide alimentaire sont de plus en plus nombreuses et les nouvelles règles de distanciation rendent plus onéreux et plus difficile l’acheminement de cette aide là où elle est nécessaire.

L’ONU doit mettre en place par elle-même une toute nouvelle logistique car les moyens de transport avec lesquels les travailleurs et les biens humanitaires sont arrivés sur place jusqu’ici ne sont plus du tout disponibles. C’est d’ailleurs une raison pour laquelle nous avons accordé à nos organisations humanitaires partenaires la plus grande flexibilité possible dans l’utilisation de nos moyens mis à disposition. C’était également la demande pressante que nous ont adressée Mark Lowcok, Filippo Grandi, Henrietta Fore, Peter Meurer et tant d’autres. En outre, nous avons déjà fourni à l’heure actuelle 300 millions d’euros supplémentaires pour l’aide humanitaire dans le contexte du Covid-19.

Néanmoins, Mesdames, Messieurs, les besoins ont également triplé dans ce domaine. Nous n’échapperons donc pas à une nouvelle mise de fonds.

Étant aujourd’hui l’un des principaux donateurs d’aide humanitaire, nous nous devons de donner l’exemple. Or j’en suis absolument sûr, et de nombreuses conversations me l’ont confirmé : lorsque nous nous engageons, d’autres donateurs suivent, comme nous l’avons vu le 4 mai lors de la grande conférence des donateurs en ligne afin de lever des fonds pour la recherche d’un vaccin. L’Allemagne a promis de fournir plus d’un demi-milliard d’euros. Avec les contributions de plus de 40 pays et organisations, la somme a atteint 7,4 milliards d’euros.

Mais les ressources financières sont une chose, l’accès en est une autre. Nous nous inquiétons beaucoup de voir la crise stimuler l’autoritarisme, avec les multiples conséquences dramatiques que cela entraîne pour les droits de l’homme. On assiste par exemple à des représailles croissantes contre des journalistes : enquêtes pénales et menaces de mort en Russie, arrestations au Venezuela ou en Iran, tentatives d’intimidation en Turquie, incarcérations, expulsions ou disparitions en Chine, de même qu’à des modifications de lois qui pénalisent les soi-disant fausses informations et rendent par conséquent presque impossible tout travail journalistique indépendant.

Même en plein cœur de l’Europe, nous assistons aussi au recours à des mesures d’urgence pour restreindre l’État de droit. Nous avons discuté de cela dans cette enceinte pas plus tard qu’hier. C’est pourquoi je me réjouis expressément de voir que la Commission européenne ait lancé un suivi de toutes les mesures d’urgence de ce type. Dans ce contexte, il est évident que tous les pays sont obligés, pour se protéger contre le Covid-19, de prendre des mesures éventuellement susceptibles de limiter temporairement les droits de l’homme. Mais ces mesures doivent poursuivre des fins légitimes, elles doivent être proportionnées et surtout être temporaires. Nous exigerons que cette considération soit prise en compte sous notre présidence du Conseil de l’Union européenne qui débute dans quelques semaines, pendant notre présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies au mois de juillet, mais aussi en tant que membre du Conseil des droits de l’homme.

Nous surveillerons de près la situation, notamment en ce qui concerne les droits des femmes et des filles, car non seulement elles sont plus fréquemment victimes de violences domestiques pendant la crise, mais ce sont elles aussi qui souffrent le plus des restrictions de sortie et de la perte de possibilités de travailler.

À un moment où les rencontres personnelles et les voyages sont pratiquement impossibles, nous travaillons également à de nouvelles possibilités de soutenir tous ceux, hommes et femmes, qui défendent les droits de l’homme : via les réseaux numériques ou en faisant en sorte que nos ambassades recherchent encore bien plus activement le contact avec ces groupes précisément.

Mesdames, Messieurs, dans le monde entier, il y a des femmes, des hommes et des enfants qui ont besoin maintenant de notre solidarité, d’une solidarité qui fasse aussi peu de différence que le virus lui-même entre riches et pauvres, entre hommes et femmes, entre Blancs et Noirs. C’est pourquoi il est bon que nous en parlions aujourd’hui. De plus, dans tout ce que nous faisons, non seulement ici en Allemagne mais aussi partout dans le monde où nous apportons notre aide, il est important que ceci soit bien clair : nous sommes conscients de cette responsabilité et nous tenons à l’assumer.

Je vous remercie.

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