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À Berlin, la coalition s’accorde sur un ambitieux plan de relance

Les dirigeants de la Grande coalition à Berlin se sont accordés sur le contenu d’un plan de relance de l’économie après la crise du coronavirus

Les dirigeants de la Grande coalition à Berlin se sont accordés sur le contenu d’un plan de relance de l’économie après la crise du coronavirus, © www.picturedesk.com

04.06.2020 - Article

Après 21 heures de négociations, les partis de la coalition ont dévoilé hier soir leur stratégie de relance après la crise du coronavirus. Ils veulent injecter 130 milliards d’euros dans l’économie en 2020 et 2021 pour « sortir de la crise avec élan ». Et pour préparer l’avenir.

Les partis de la Grande coalition ont présenté hier soir à Berlin un plan de relance de
130 milliards d’euros pour amortir la brutale récession qui s’annonce dans le sillage de la crise sanitaire du Covid-19. Cette enveloppe d’un montant inédit, plus élevé qu’attendu, s’étalera sur 2020 et 2021. Elle sera financée à hauteur de 120 milliards d’euros par l’État fédéral, qui recourra pour partie à l’endettement. La coalition entend frapper vite et fort pour « sortir de la crise avec élan », comme l’a formulé le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz. Il s’agit aussi d’« instiller de l’optimisme », a commenté la présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Annegret Kramp-Karrenbauer.

Baisse de la TVA

57 mesures ont été annoncées. Elles se répartissent en deux blocs. Le premier, soit quelque 80 milliards d’euros, est censé servir de puissant amortisseur à la crise. Sa mesure phare est une baisse temporaire de la TVA. Du 1er juillet au 31 décembre 2020, son taux passera de 19 % à 16 % (et de 7 % à 5 % sur les produits bénéficiant d’une TVA réduite). L’objectif est d’injecter du pouvoir d’achat de manière massive pour soutenir les ménages et les entreprises. De faire repartir la consommation pour éviter fermetures d’entreprises, pertes d’emploi et détresses financières.

La chancelière Angela Merkel a présenté hier soir les détails du plan de relance allemand aux côtés du ministre des Finances, Olaf Scholz
La chancelière Angela Merkel a présenté hier soir les détails du plan de relance allemand aux côtés du ministre des Finances, Olaf Scholz© AFP/POOL

Cette baisse de la TVA aura un coût de 20 milliards d’euros. « C’est la plus imposante baisse d’impôt des dernières décennies », s’est félicité le président de l’Union chrétienne-sociale (CSU), Markus Söder. C’est, par ailleurs, une mesure socialement juste puisque la TVA est payée par tous, a souligné la chancelière Angela Merkel. Les ménages modestes devraient même en profiter davantage puisqu’ils consacrent une part plus importante de leurs revenus aux dépenses de consommation. Reste à savoir, s’interroge toutefois une partie de la presse, dans quelle mesure les entreprises répercuteront la baisse de cet impôt indirect sur les prix.

Plusieurs titres de la presse saluent en tout cas « une bonne surprise ». Et une vraie surprise ! Car cette baisse de TVA a surpris tout le monde. C’est une piste nouvelle qui s’est imposée au cours de la négociation afin de sortir d’un désaccord. Le débat portait l’opportunité de créer une prime à l’achat sur les véhicules à essence et au diesel en soutien à l’industrie automobile. Les partenaires de la coalition ont finalement jugé préférable de soutenir la consommation dans son ensemble plutôt qu’un secteur en particulier, a expliqué M. Scholz. L’industrie automobile doit en profiter par ricochet.

Soutien au pouvoir d’achat

Cet allègement phare pour les porte-monnaie sera flanqué de plusieurs autres mesures de soutien au pouvoir d’achat des ménages. Une prime unique de 300 euros par enfant sera versée aux parents. Imposable pour les contribuables soumis à l’impôt sur le revenu, elle ne sera en revanche pas prise en compte pour le calcul de l’aide sociale.

La coalition veut aussi dépenser 11 milliards d’euros pour stopper la hausse du prix de l’électricité. Une mesure favorable aux ménages et aux PME qui passera par la stabilisation de la taxe finançant le développement des énergies renouvelables (« taxe EEG »).

Par ailleurs, trois milliards d’euros seront investis dans les crèches et les écoles. Enfin, la hausse du chômage n’entraînera pas de hausse des cotisations sociales douloureuses pour le pouvoir d’achat : le taux de cotisation sera plafonné à 40 %.

Des nouvelles aides pour les PME et les communes

Pour les entreprises à la trésorerie déprimée par le Covid-19, la coalition prévoit d’autre part de nouvelles aides. L’enveloppe s’élève à 25 milliards d’euros. Elle sera versée pendant les mois de juillet et août aux sociétés appartenant aux secteurs les plus touchés par la crise, comme l’hôtellerie-restauration, le tourisme, l’événementiel, les clubs, les salles de sport. Elles pourront voir leurs frais fixes remboursés jusqu’à hauteur de 150 000 euros sur une période de trois mois. Un milliard d’euros est, par ailleurs, annoncé pour la culture. Des mesures fiscales (report des dettes, amortissement) viennent compléter ce dispositif.

Enfin, l’État et les länder viendront en aide aux communes. Ils prendront chacun en charge la moitié des pertes de recettes de la taxe professionnelle en 2020. De plus, l’État assumera 25 % supplémentaires des dépenses d’hébergement. L’objectif est de soulager des finances communales parfois déficitaires. Il est aussi de donner aux communes de nouvelles marges de manœuvre pour investir, un enjeu clé pour les artisans et entreprises du bâtiment notamment.

Des investissements pour préparer l’économie de demain

À ce bloc imposant consacré à la relance s’en ajoute un second. Il est, cette fois, tout entier tourné vers l’économie de demain. Avec une enveloppe conséquente : environ 50 milliards d’euros.

Cet argent financera des investissements dans la transition écologique, dans la transition numérique, l’intelligence artificielle et, plus globalement, dans les secteurs d’avenir.  Neuf milliards d’euros doivent être consacrés à développer la recherche et l’innovation dans les technologies liées à l’hydrogène, considéré comme l’un des carburants de l’avenir.

Mais la mesure la plus frappante concerne les véhicules électriques. Ils bénéficieront d’une prime « écologique » à l’achat dopée jusqu’à la fin de 2021 : 6 000 euros par véhicule de moins de 40 000 euros au lieu de 3000 euros actuellement. Berlin souhaite également investir 2,5 milliards d’euros dans  le réseau de bornes de rechargement et la recherche et développement (notamment dans les batteries).

A.L.

Plus d’informations :

Ministère des Finances : les détails de l’accord sur un plan de relance allemand (en allemand)

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