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L’artisan de la démocratie

Le président allemand Friedrich Ebert, vers 1922

 Le président allemand Friedrich Ebert, vers 1922, © (c) picture alliance / akg-images | akg-images

05.02.2021 - Article

Il y a 150 ans naissait Friedrich Ebert (1871-1925), le premier président de la République de Weimar. D’extraction modeste, sellier de son état, ce social-démocrate réformiste devint l’avocat du peuple et le principal forgeron de la jeune démocratie Allemande.

C’est une petite rue bordée de maisons anciennes à deux pas des rives du Neckar. Ici, dans la Pfarrergasse, au cœur de la vieille ville de Heidelberg (Rhénanie-Palatinat), est né il y a 150 ans le premier président de la première démocratie allemande : Friedrich Ebert (1871-1925). C’était le 4 février 1871. Quelques jours plus tôt avait eu lieu la proclamation de l’Empire allemand. Ce fils de tailleur, né septième de neuf enfants, allait en être le fossoyeur après la Première Guerre mondiale avant de devenir ce que l’histoire a retenu de lui : le forgeron de la première démocratie allemande.

Le destin de Friedrich  Ebert n’était pas inscrit dans le marbre. Le futur président a grandi dans le milieu modeste des artisans et des ouvriers de Heidelberg. Il y a côtoyé au quotidien la misère et les inégalités sociales. Il n’oubliera jamais ses origines, se faisant inlassablement l’avocat des catégories sociales modestes.

Apprenti-sellier, il fait son tour d’Allemagne, puis s’installe à Brême en 1891. Il travaille en partie comme hôtelier et découvre la social-démocratie. Il écrit pour le journal social-démocrate de la ville et devient l’une des figures locales du jeune mouvement syndical et ouvrier. Il se distingue par son initiative, son sens du devoir et ses qualités d’organisation. Autodidacte, il acquiert par lui-même les instruments de son ascension : des connaissances juridiques pointues et des compétences rhétoriques. En 1905, il est repéré jusqu’au siège du Parti social-démocrate (SPD). Il en devient l’un des membres dirigeants à Berlin.

Social-démocratie et progrès social

Le Conseil des délégués du peuples lors de la Révolution de 1918 (11 novembre 1918). Friedrich Ebert est le 3e en partant de la gauche.
 Le Conseil des délégués du peuples lors de la Révolution de 1918 (11 novembre 1918). Friedrich Ebert est le 3e en partant de la gauche.© (c) picture-alliance / akg-images | akg-images
est le contraire d’un théoricien. Il croit au pragmatisme, et oriente ses combats vers l’amélioration concrète des conditions de vie des travailleurs. Il représente bien cette deuxième génération de sociaux-démocrates qui prône le réformisme plutôt que la révolution. En 1912, il est élu député au Reichstag. L’année suivante, il succède à August Bebel (1840-1913), le « pape » de la jeune social-démocratie allemande, à la tête du parti. Hostile à la guerre, il rejoint cependant l’Union sacrée et vote les crédits militaires.

Son heure arrive à la fin de la Première Guerre mondiale. Le 9 novembre 1918, le chancelier Max de Bade lui remet les clés de l’Empire, tandis que l’empereur Guillaume II se réfugie aux Pays-Bas. La République est proclamée à Berlin. Mais Ebert ne reste pas longtemps chancelier. Il installe autour de lui un comité de délégués du peuple avec une mission : installer la démocratie et poser les fondements de la République.

 

Dans des circonstances extrêmement tempétueuses, la République de Weimar naît ainsi pierre après pierre. Les premières élections démocratiques ont lieu en janvier 1919, avec pour la première fois le droit de vote accordé aux femmes. Elles débouchent sur une assemblée constituante qui se réunit à Weimar le 6 février 1919, et élit Friedrich Ebert président. Une Constitution verra le jour quelques mois plus tard.

Friedrich Ebert emploie toute son énergie à construire une démocratie stable. Il a été l’homme qu’il fallait, à la bonne place, au bon moment, jugent aujourd’hui la plupart des historiens. C’est un homme de dialogue et de compromis. Il fait tout pour réunir un consensus autour de sa politique. Il promeut aussi le progrès social.

Un capitaine aux milieux des tempêtes

Et il tient fermement la barre dans les multiples tempêtes qui secouent la jeune République : le rejet de la défaite par une grande partie de la population, les conséquences du traité de Versailles et des Réparations, l’occupation de la Ruhr et l’hyperinflation, les troubles fomentés par les extrêmes à droite et à gauche du spectre politique, le putsch de la brasserie.

Il fait lui-même l’objet d’une terrible campagne de haine organisée par l’extrême droite qui lui reproche ses origines. Il intente quelque 200 procès devant les tribunaux. A sa mort prématurée en 1925, à 54 ans, la République de Weimar est bien engagée sur le chemin de la stabilisation.

Une partie de l’héritage de Friedrich Ebert reste toutefois controversée : son attitude répressive face aux spartakistes au lendemain de la révolution de novembre 1918. Résolument réformiste, redoutant qu’une guerre civile n’éclate à la veille des premières élections démocratiques, le futur président réprime dans le sang avec les corps francs l’insurrection spartakiste de janvier 1919. Quelques jours après cet épisode sanglant, les leaders du mouvement révolutionnaire, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, sont assassinés.

A.L.

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