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« Pour une politique africaine globale dans le contexte mondial »

Heiko Maas, ministre fédéral des Affaires étrangères

Heiko Maas, ministre fédéral des Affaires étrangères, © Thomas Imo/photothek.net

01.03.2021 - Article

Discours du ministre fédéral des Affaires étrangères, Heiko Maas, lors du débat convenu au Bundestag, le 24 février 2021.

Notre débat d’aujourd’hui ne témoigne pas seulement d’un intérêt politique accru mais également d’un intérêt de l’opinion publique pour l’Afrique ici en Allemagne. Le fait de discuter de l’Afrique en pleine pandémie mondiale nous rappelle avant tout combien le destin de l’Europe et celui de l’Afrique sont étroitement liés, tout spécialement en ces temps de pandémie mondiale.

C’est pourquoi, nous l’avons dit d’emblée, la pandémie fera l’effet d’un boomerang si nous ne parvenons pas à la maîtriser partout dans le monde. C’est vrai pour nous en Europe, tout particulièrement en ce qui concerne l’Afrique. Je me réjouis donc que l’initiative COVAX ait commencé ce mois-ci à livrer les premières doses de vaccin, et ce également en Afrique. Lors du sommet du G7, l’Allemagne a débloqué 1,5 milliard d’euros pour poursuivre la lutte contre la pandémie à l’échelle mondiale, une somme dont on ne saurait trop souligner l’importance étant donné les effets produits sur le plan de la politique de santé mais aussi de la politique étrangère.

Un grand merci donc au ministre fédéral des Finances et aux spécialistes du budget au Bundestag pour leur engagement.

Mesdames, Messieurs, la manière dont nous aidons nos partenaires africains aujourd’hui à gérer directement la pandémie et ses répercussions déterminera notre partenariat pendant des années. Il s’agit finalement aussi de montrer qu’une approche multilatérale comme COVAX est plus fructueuse qu’une compétition tous azimuts.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faille considérer l’Afrique uniquement à travers la lorgnette de la concurrence avec des pays comme la Chine, la Turquie ou les États du Golfe. Au contraire ! L’Afrique ne convient pas comme « Grand Jeu » du 21e siècle, nous le savons tous. Nous sommes fermement convaincus que seules des relations équilibrées – qu’il est tout à fait possible d’améliorer d’ailleurs – sont utiles aux deux parties. En effet, les Européens et les Africains dépendent directement les uns des autres pour toutes les grandes questions d’avenir : le changement climatique, la sécurité, les migrations, le développement durable.

L’objectif du sommet de l’UE prévu avec les nouveaux dirigeants de l’Union africaine doit donc être un partenariat d’avenir auquel nous donnerons corps avec des initiatives très concrètes. Je pense ici notamment – comment pourrait-il en être autrement en cette période ? – à un soutien ciblé des systèmes de santé africains, à une coopération encore plus étroite dans les innovations numériques et les énergies renouvelables – une question que tous les partenaires africains ne cessent d’aborder avec nous –, et enfin à l’Afrique pour son courageux projet d’avenir qu’est la zone de libre-échange continentale, un projet qui pourrait devenir le turbo de l’intégration économique en Afrique.

Mesdames, Messieurs, l’Allemagne et l’Europe ont d’ores et déjà fait pas mal de choses en Afrique : 40 pour cent des investissements opérés en Afrique viennent des pays de l’Union européenne. On a parfois l’impression que la Chine est la seule à investir en Afrique, mais ce n’est pas le cas justement, et c’est ce que l’on constate en regardant les faits. Plus de la moitié de l’aide au développement vient de ces pays. Mais surtout, l’Europe est le premier partenaire de l’Afrique en matière de paix et de sécurité. Dans ce domaine précisément, il y a beaucoup à faire en Afrique. Il suffit de voir les missions de paix communes et les investissements croissants dans les domaines de la formation, des équipements et de l’assistance-conseil destinés aux forces de sécurité dans les pays d’Afrique les plus divers.

Les réformes structurelles et le renforcement du contrôle civil sur les forces de sécurité sur place jouent toujours un très grand rôle dans nos missions de formation. Et c’est grâce à cet engagement vraiment très large, Mesdames, Messieurs, que nos possibilités d’agir sur le plan politique en Afrique et avec l’Afrique ont nettement augmenté ces dernières années.

En tant qu’initiateur du processus de Berlin, nous avons décidé en toute connaissance de cause de prendre des responsabilités, par exemple dans le processus de paix libyen. Enfin, après une longue période extrêmement difficile – je ne cherche nullement à le nier –, des résultats positifs commencent à se faire sentir avec l’élection, toute récente, de dirigeants politiques appelés à rester à la tête du pays jusqu’aux élections de décembre. Il est certain que, concernant la Libye, cela ne constitue nullement une garantie de paix durable, mais les succès remportés jusqu’ici nous confortent dans notre engagement.

Le profil politique de l’Allemagne s’est également affirmé dans la Corne de l’Afrique. Notre insistance concernant l’accès de l’aide humanitaire à la région en conflit du Tigré produit lentement ses effets, également auprès du gouvernement éthiopien. Cela dit, je me dois de préciser que nous sommes encore loin d’en être là où nous le voulons, nous mais aussi beaucoup d’autres pays européens et les organisations internationales. Nous jouons également un rôle central dans le cadre du soutien apporté à la transition politique au Soudan ; en tant qu’initiateur de Friends of Sudan et organisateur de la Conférence de partenariat internationale de juin dernier, nous l’avons plus que démontré. L’Allemagne en particulier jouit d’une grande confiance dans la région, comme l’atteste la nomination d’un Allemand, Volker Perthes, – que les spécialistes de la politique étrangère réunis ici connaissent bien – à la tête de la mission civile des Nations Unies à Khartoum, dont nous avons été les cofondateurs l’année dernière.

Ces dernières années, notre engagement politique s’est également multiplié dans le Sahel et dans la région du lac Tchad. De concert avec la France, l’Union européenne et les pays du G5, nous avons créé le partenariat pour la sécurité et la stabilité afin de mieux coordonner sur place l’engagement international pour renforcer la stabilité. Cela demeure une nécessité. Lors du sommet sur le Sahel la semaine dernière au Tchad, tous les partenaires se sont accordés sur un « renforcement des capacités civiles ». Il s’agit essentiellement d’un retour de l’État avec tout ce que cela implique. Il faut pour cela des forces de police qui protègent la population contre le crime, des ingénieurs qui réparent les routes et les canalisations d’eau, et des juges qui rendent la justice sans se laisser corrompre.

Mesdames, Messieurs, le capital politique que nous investissons en Afrique renforce, bien entendu, les attentes à notre égard. Pour les satisfaire, j’estime que deux choses sont nécessaires : l’humilité et la confiance en l’avenir. Nous avons besoin d’humilité surtout en ce qui concerne l’injustice du passé colonial, et explicitement aussi celui de notre propre pays. Les effets du colonialisme se font sentir jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à notre époque. Nous sommes d’autant plus déterminés à avancer dans l’éclaircissement de tous ces points.

Et nous avons besoin de confiance avant tout dans ce que l’Europe et l’Afrique peuvent et pourront s’offrir mutuellement. Lorsque d’autres proposent des armes, des mercenaires et une spirale de l’endettement déguisée en prêts bon marché, nous proposons un vivre-ensemble partenarial, démocratique et axé sur le bien de tous. Lorsque les États autoritaires propagent des désinformations de manière ciblée, c’est là justement que nous devons contrer encore plus fort avec des faits. C’est ce que nous faisons, par exemple, par l’intermédiaire de nos centres d’information régionaux des ambassades d’Allemagne, comme celui qui est en train de se créer à Bamako.

Mesdames, Messieurs, la politique africaine globale qui, selon moi, en résulte a besoin de personnes qui la mettent en œuvre. Au ministère fédéral des Affaires étrangères, nous recrutons actuellement d’arrache-pied de nouvelles et nouveaux collègues pour nos représentations à l’étranger en Afrique. Ils occuperont les postes que le Bundestag a ajoutés dans son dernier budget, ce dont je le remercie très sincèrement. Ces nouveaux collègues sont nécessaires afin de pouvoir concrétiser sur place, de manière permanente et durable, notre engagement accru.

Merci de votre attention. « 

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