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« Nous avons retrouvé une voix commune »

Heiko Maas, ministre fédéral des Affaires étrangères

Heiko Maas, ministre fédéral des Affaires étrangères, © Thomas Imo/photothek.net

29.04.2021 - Article

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas en interview avec t-online à propos des relations transatlantiques.

Monsieur Maas, lorsque nous avons mené notre dernière interview à la fin de la présidence de Donald Trump, vous espériez une normalisation des relations germano-américaines de la part d’un nouveau président américain, en l’occurrence Joe Biden. Ces relations sont-elles désormais normales ?

Non, elles ne sont pas normales, elles sont excellentes. Joe Biden a tenu parole : « America is back ». C’est bien plus qu’un slogan : nous le vivons très concrètement jour après jour dans le cadre de la politique extérieure. Nous avons retrouvé une voix commune sur toutes les grandes orientations politiques – de nos réponses aux provocations russes à la lutte mondiale contre le changement climatique, en passant par l’engagement pour les droits de l’homme à l’échelle internationale. J’ai le sentiment d’avoir déjà bien plus parlé avec mon nouvel homologue Tony Blinken qu’avec son prédécesseur durant toute la période pendant laquelle il a été en fonctions. Et nos entretiens sont à la fois sincères et constructifs, même lorsque nous ne partageons pas la même opinion.

Quelle a été, du point de vue allemand, la décision la plus importante au cours des 100 premiers jours de la présidence Biden ?

Le retour des États-Unis dans l’accord de Paris sur le climat. Nous avons enfin de nouveau affaire à un gouvernement américain qui progresse dans la lutte contre le changement climatique. Avec John Kerry, les États-Unis ont nommé au poste d’envoyé spécial pour le climat une personnalité mondialement respectée. Et le sommet virtuel sur le climat que les États-Unis viennent d’organiser a déjà apporté de premiers résultats concrets : plusieurs États se sont fixé des objectifs ambitieux en matière d’émission – dont nous-mêmes en tant qu’Union européenne.

Sous la présidence Biden, le ton diplomatique s’est amélioré. Mais indépendamment de la politique climatique, quels sont, d’après vous, les véritables différences de fond par rapport à l’administration Trump ?

Je ne sais vraiment pas par où commencer : en ce moment même, nous menons des négociations particulièrement intenses sur un retour des États-Unis au sein de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Mais le retour opéré par les États-Unis vers le multilatéralisme, les alliances et les partenaires s’applique à tous les domaines de la politique extérieure : l’adhésion des États-Unis à l’alliance COVAX pour un accès mondial aux vaccins, la prolongation du traité de désarmement New Start avec la Russie : voilà autant d’étapes tangibles qui servent également les intérêts allemands et européens.

Nombreux sont ceux qui, en Allemagne, ont espéré que Monsieur Biden mettrait un terme à la politique trumpienne de l’« America-First ». Dans les faits, le nouveau gouvernement américain a néanmoins lui aussi un comportement protectionniste et ne fournit par exemple aucun vaccin contre le coronavirus à l’Europe. Les Allemands ont-ils trop attendu du nouveau gouvernement américain ?

Je ne le crois pas. Il est tout à fait clair que même maintenant, nos intérêts ne peuvent pas toujours être strictement les mêmes. Mais le ton est tout autre qu’avec le slogan « America First  ». Cela vaut également pour les vaccins. La coopération entre Biontech et le partenaire américain Pfizer est une remarquable success story. Et même s’il est vrai que l’Europe exporte un grand nombre de doses de vaccin contrairement aux États-Unis, il ne faut pas oublier que ces derniers livrent de précieux composants vaccinaux à l’UE. Et je le répète : le gouvernement Biden a rejoint la plateforme vaccinale COVAX, qui a d’ores et déjà fourni des doses de vaccin à près de 120 pays pauvres. À l’heure actuelle, les États-Unis sont le principal donateur au sein de cette plateforme. Et l’Allemagne occupe la deuxième place.

Sous la présidence de Joe Biden, les États-Unis exercent à nouveau un rôle international dans la gouvernance mondiale, ce qui a pour effet de renforcer les conflits avec la Russie et la Chine. Le gouvernement américain s’attend-t-il à que l’Allemagne nage désormais dans les mêmes eaux et dans le même sens que les États-Unis en matière de politique extérieure, et qu’elle renonce à sa position de conciliateur entre les grandes puissances ?

La Chine constitue, encore et toujours, la priorité absolue dans la politique extérieure américaine. Les attentes envers les partenaires sont à la hauteur de cette priorité. Mais le gouvernement Biden ne mise pas sur le chantage, il mise sur la coopération. Et indépendamment de cela, nos points de vue sur la Chine se sont rapprochés. Le gouvernement Biden a repris à son compte une formule que nous utilisons depuis longtemps au sein de l’UE : la Chine est à la fois un partenaire, un concurrent et un rival systémique. D’un côté, nous avons besoin de coopérer sur des sujets tels que le climat ou la lutte contre la pandémie, à laquelle seules des solutions globales peuvent être apportées. De l’autre côté, face à des violations graves des droits humains comme au Xinjiang ou à des évolutions telles qu’à Hongkong, nous devons faire front ensemble contre la Chine. Et c’est bien ce que nous faisons, comme cela a dernièrement été le cas au mois de mars dernier avec nos sanctions coordonnées à l’encontre d’officiels chinois au Xinjiang.

Joe Biden menace lui aussi l’Allemagne de sanctions en raison de Nord Stream 2. Pourquoi le gouvernement fédéral contrarie-t-il le processus de réconciliation avec les États-Unis en maintenant ce projet de gazoduc en mer Baltique, alors qu’il n’est absolument pas vital pour notre approvisionnement en gaz ?

Nous sommes toujours d’avis que Nord Stream 2 a sa raison d’être en termes de politique énergétique. Mais il est évident que nous ne saurions aborder ce projet indépendamment du comportement de la Russie. Malheureusement, on a de plus en plus tendance à enjoliver Nord Stream 2 pour en faire une panacée qui permettrait de faire entendre raison à la Russie. Voilà qui passe à côté de la réalité, surtout si non seulement l’Europe continue de se procurer du gaz russe en passant par l’Ukraine et la Turquie, mais qu’encore les États-Unis achètent de grandes quantités de pétrole à la Russie.

Les États-Unis et l’OTAN ont sonné le glas de leur déploiement en Afghanistan, et la Bundeswehr veut également se retirer. Quelle est la date prévue pour le départ d’Afghanistan du dernier soldat allemand ?

Au sein de l’OTAN, nous nous sommes entendu sur un retrait méthodique d’ici septembre prochain. C’est sur cette décision que reposent les projets de la Bundeswehr. La date précise du retrait des troupes dépend d’un grand nombre de facteurs. La Bundeswehr est en contact étroit, à ce sujet, avec nos partenaires de l’OTAN et bien sûr avec le gouvernement et l’armée afghans. Notre priorité numéro un est d’assurer à tout moment la sécurité de toutes les soldates et de tous les soldats ainsi que du personnel civil. Voilà les éléments sur lesquels la Bundeswehr aligne ses projets.

Les talibans vont sans doute s’engouffrer dans la brèche après le départ des Occidentaux. L’Allemagne est-elle prête à accepter qu’au terme de presque 20 années de travail de reconstruction, les Islamistes reprennent les rênes du pouvoir et discriminent les femmes, les laïcs et les minorités ?

Je ne veux pas minimiser ce danger. Mais le retrait militaire ne signe certainement pas la fin de notre engagement global. L’Allemagne n’est pas seulement numéro deux en termes de troupes, c’est également le deuxième donateur civil. Nous voulons continuer d’aider l’Afghanistan avec notre coopération au développement. Et nous poursuivrons nos efforts diplomatiques pour soutenir le processus de paix entre les parties afghanes. Il va sans dire qu’après des décennies de conflit, ces négociations sont laborieuses et douloureuses. Il n’y aura pas de coup de baguette magique.

Quand rendrez-vous visite à votre homologue Antony Blinken à Washington ?

Dès que les circonstances le permettront. Nous entretenons d’intenses contacts et nous sommes récemment rencontrés à Bruxelles. Nous inscrirons certainement à notre programme dans un avenir relativement proche une visite à Washington.

Interview : Florian Harms
t-online.de

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