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« Ces prochains jours seront critiques »

Manifestation pro-Palestine à Munich

Manifestation pro-Palestine à Munich, © picture alliance / ZUMAPRESS.com | Sachelle Babbar

17.05.2021 - Article

Le ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas s’exprime dans une interview accordée au quotidien Saarbrücker Zeitung.

Vous venez de vous entretenir longuement avec le pape François. Entre autres, vous avez certainement abordé les événements au Proche-Orient. A-t-il une idée comment désamorcer la situation ?

J’ai l’impression que le pape est, lui aussi, très préoccupé par la situation au Proche-Orient. Comme nous, il tente d’exploiter toutes les possibilités et tous les canaux de communication pour mettre un terme à ces terribles effusions de sang. Son grand souhait, qui est le nôtre également, est que la situation se détende et que le conflit au Proche-Orient trouve une solution pérenne.

Que peut faire l’Allemagne dans cette crise actuellement ?

En ce moment, tous les acteurs capables d’exercer une influence mobilisent leurs forces pour parvenir à une détente de la situation, notamment les États-Unis. Aussi, j’échange avec mes homologues d’Égypte ou de Jordanie et je suis en contact étroit avec mon homologue israélien. Nous devons éviter également que la situation ne se dégrade encore davantage, à présent que le ramadan est terminé. Ces prochains jours seront critiques.

La démarche d’Israël vous semble-t-elle appropriée ?

Plus d’un millier de tirs de roquettes sur des villes israéliennes, c’est tout de même une dimension considérable.

Et le Hamas ne montre jusqu’ici aucune volonté de cesser les bombardements. Dans une telle situation, Israël doit pouvoir se défendre.

Selon vous, qui est responsable de l’escalade ? Les deux côtés ? Ou faut-il pondérer ?

Dans un contexte déjà tendu, le Hamas a sciemment provoqué une escalade dramatique de la situation, avec des conséquences épouvantables pour la population israélienne et palestinienne. Cependant, le problème de fond reste bien entendu le conflit non résolu au Proche-Orient. Nous sommes convaincus que celui-ci ne pourra prendre fin que dans le cadre d’une solution à deux États. Or au fil des dernières années, on s’est plutôt éloigné de cette solution. Ainsi, de petites provocations, sur le Mont du Temple ou à Gaza, suffisent à déclencher des violences. Cela ne cessera pas tant qu’il n’y aura pas de solution politique, trop peu recherchée ces dernières années.

Au lieu de cela, Israël a conclu de nombreux accords avec le soutien du gouvernement Trump aux États-Unis. Une entrave à la solution du conflit ?

Non. L’amélioration des relations entre Israël et les Émirats arabes unis, Bahreïn et d’autres pays arabes est sans aucun doute un pas dans la bonne direction. Ce processus doit continuer. Mais seuls les Israéliens et les Palestiniens sont à même de résoudre l’essence du conflit au Proche-Orient.

Seulement, cela fait des années que ces deux parties refusent de se réunir autour d’une table pour négocier face à face. Il est impératif d’en revenir là.

Mais le rapprochement d’Israël avec les pays arabes n’a-t-il pas renforcé davantage l’impuissance des Palestiniens, leur sentiment d’être oubliés, tout en favorisant un sentiment d’invulnérabilité, voire une certaine arrogance du côté israélien ?

D’après ce que je sais, l’idée d’Israël était de profiter du rapprochement avec les autres pays arabes pour aborder également les Palestiniens et, dans un second temps, détendre leurs relations. Hélas, rien de cela n’est visible pour l’instant. Côté palestinien, de nombreux problèmes persistent, malheureusement. Le report des élections dans les territoires palestiniens n’en est qu’un exemple.

Quand on connaît les postes de contrôle entre Bethléem et Jérusalem, quand on a vu le mur avec la Cisjordanie, on imagine bien comment cette exiguïté attise la rancune parmi la jeunesse palestinienne. Selon vous, quelle est la responsabilité d’Israël dans cette situation ?

C’est précisément parce que la situation est si difficile que nous avons toujours particulièrement œuvré pour des mesures de confiance entre Israéliens et Palestiniens. Les possibilités ne manquent pas dans la vie pratique, des deux côtés de la clôture, par exemple dans le domaine des soins de santé ou pour la livraison de vaccins.

En Allemagne, des synagogues ont déjà été attaquées. Comment pouvons-nous éviter une escalade du conflit dans les rues de notre pays ?

En affichant clairement notre solidarité avec Israël et en intervenant lorsque nous voyons brûler des drapeaux israéliens et proférer des menaces devant des synagogues. Il est assez grave qu’au XXIe siècle en Allemagne, il soit nécessaire de faire protéger des institutions juives par la police. L’État doit faire comprendre que ces violences liées au conflit au Proche-Orient sont inadmissibles dans nos rues, et il doit user de tous les moyens à sa disposition pour s’y opposer. Nous devons rester vigilants. Ici aussi, les prochains jours pourraient être critiques.

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