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« Her Turn » – promotion de journalistes iraquiennes

Illustration de l’article « Les millionnaires »

Illustration de l’article « Les millionnaires », © Marén Gröschel

29.06.2021 - Article

En Iraq, les femmes journalistes restent peu nombreuses. Le projet « Her Turn  » aide les Iraquiennes à approfondir leurs connaissances journalistiques, ce qui leur donne davantage d’assurance pour s’affirmer dans un domaine majoritairement masculin.

Le ministère fédéral des Affaires étrangères alloue 125 000 euros dans le cadre de la politique culturelle et éducative à l’étranger pour soutenir le projet de la fondation taz panterstiftung. 18 journalistes iraquiennes débattent dans des ateliers en ligne avec des spécialistes allemands et iraquiens de sujets tels que le climat, la corruption, les droits de l’homme ou l’incitation à la haine sur Internet. Les participantes ont ainsi la possibilité d’approfondir leurs connaissances journalistiques. À plus longue échéance, il est prévu de les inviter à Berlin pour une réunion de contact. Le 24 juin, le quotidien allemand «  taz » a publié un supplément spécial contenant sept articles de journalistes participantes. Nous vous présentons ci-dessous l’article de Leila Ahmad intitulé « Les millionnaires ». Tous les textes sont disponibles ici (en allemand).

Les millionnaires

Depuis des années, la région du Kurdistan est en proie à une crise financière. Cela n’empêche pas deux femmes, pourtant analphabètes, de gagner des masses de dinars.

Aska Abdullah Raza est assise, pieds nus, devant sa maison. Le béton gris sous ses pieds est fissuré et le balai posé contre le mur a lui aussi vu des jours meilleurs. On pourrait penser que cette femme âgée d’une petite soixantaine est quelqu’un de tout à fait ordinaire, avant qu’elle dise : « Avec l’agriculture et l’élevage, j’ai gagné tellement d’argent que même la pelleteuse de Saddam Hussein ne suffirait pas à charger tous mes sous. »

Rezan Mohammed, robe noire, foulard coloré, se tient sur la place située devant la citadelle d’Erbil. Devant elle, des chaînes avec des pierres précieuses sont soigneusement étalées sur une table. On pourrait penser que cette femme de 29 ans est une simple vendeuse. « En fait », dit-elle, « je prépare en grand style des légumes marinés au vinaigre. Mon chiffre d’affaires annuel est si élevé que je me suis mise à vendre, également sur Internet, des colliers, bracelets, boucles d’oreilles et autres bijoux féminins. »

Les deux femmes partagent deux caractéristiques qui font qu’elles sortent du commun : non seulement la région du Kurdistan souffre déjà depuis des années d’une crise financière et économique et on ne rencontrait il y a quelques années encore pratiquement que des hommes sur le bazar et dans le monde des affaires, mais par ailleurs, elles ne savent ni lire ni écrire.

Selon le syndicat ouvrier de la région du Kurdistan, les femmes analphabètes sont les premières à connaître une situation précaire. Pour Aska Abdullah Raza aussi, la situation n’était pas rose au départ. « Mes sept frères et sœurs et mes parents ont été emportés de bonne heure par la maladie », raconte-t-elle, en précisant qu’à aucun moment elle n’a eu l’idée d’abandonner. Au contraire, elle a commencé à travailler dans l’agriculture, l’élevage et le tissage de tapis. « J’aurais aimé apprendre à lire et à écrire, comme cela je pourrais encore mieux mener mes affaires aujourd’hui », explique-t-elle.

C’est pareil pour Rezan Mohammed, qui a dû, elle aussi, quitter l’école très tôt pour s’occuper de sa mère malade. Aujourd’hui, elle soutient financièrement ses frères et sœurs et ses parents.

Ces deux histoires à succès n’arrivent, bien sûr, pas tous les jours, mais Ahmed Mohammad, membre du syndicat ouvrier de la région du Kurdistan, croit quand même que « les femmes jouent un rôle important dans la reconstruction et la relance du marché du travail, que ce soit en tant que travailleuses indépendantes ou ouvrières dans les usines. »

Toutefois, il est vrai aussi que l’on attend en particulier des femmes socialement défavorisées qu’elles travaillent. Elles sont très peu nombreuses à gagner autant qu’Aska Abudullah Raza, que son succès ne met pas à l’abri des critiques d’ailleurs, surtout parce qu’elle ne s’est jamais mariée. « Pourquoi as-tu besoin de toute cette fortune alors que tu n’as pas d’enfants, me demande-t-on. »

Et que répond-elle à cela ? « Je fais don chaque année de cinq millions de dinars à des familles pauvres. J’ai acheté une mosquée pour un village, et après ma mort, toute ma fortune sera distribuée à des familles pauvres. »

Si elle était présidente, la journaliste Leila Ahmad, originaire de Kalar-Bingrd, lutterait pour renforcer les droits des femmes et pour que toute justification de la violence disparaisse des programmes d’enseignement.

 

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