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Allocution d’ouverture d’Annalena Baerbock pour la conférence « l’égalité des sexes aujourd’hui pour un avenir durable » lors de la journée internationale des femmes 2022

Annalena Baerbock, ministre fédérale des Affaires étrangères

Annalena Baerbock, ministre fédérale des Affaires étrangères, © BÜNDNIS 90/LES VERTS

09.03.2022 - Article

Dans nos cœurs, nous sommes aujourd’hui auprès des courageuses femmes d’Ukraine.
Voici ce que je veux leur dire :
Nous vous voyons. Nous sommes à vos côtés. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, au plan humanitaire comme avec le message déterminé que nous adressons au président Vladimir Poutine pour qu’il arrête cette guerre abjecte.
Et aux courageuses femmes de Russie et du Bélarus, je veux dire ceci :
Nous vous voyons aussi. Cette guerre n’est pas votre guerre. Vos fils doivent mener un combat qu’ils n’ont pas choisi. C’est emplis d’une profonde reconnaissance que nous regardons toutes celles qui manifestent en Russie et au Bélarus contre cette agression inacceptable. Certaines sont jeunes. D’autres sont des grands-mères qui ont elles-mêmes connu la guerre. Vous descendez malgré tout dans la rue et risquez votre propre liberté pour défendre la paix et la justice. Aussi je m’incline devant votre courage.
Svetlana,
Nisreen,
Chan,
Habiba,
Le courage et la détermination, c’est ce que je remarque en vous qui participez à cette conférence aujourd’hui.
« Je n’étais qu’une femme au foyer. » C’est comme cela que vous avez présenté les choses, Svetlana.
Lorsque vous avez repris la campagne de votre mari emprisonné, le pouvoir bélarussien a tenté de vous dénigrer. Une femme serait trop faible pour diriger un pays, ont-ils dit. Je dois dire que j’ai rarement rencontré une personne aussi forte que vous. Être candidate à l’élection présidentielle pendant que votre mari est en prison et sans pouvoir répondre à vos enfants qui vous demandent quand leur papa rentre à la maison... Voilà qui défie mon imagination.
Vous toutes ici menez ce combat avec une grande résolution. Pour les femmes, cette lutte demande une dose supplémentaire de courage. Oui, les hommes aussi luttent pour la liberté. Les pères aussi s’inquiètent de leurs enfants. Mais les femmes ont un adversaire supplémentaire.

  • Souvent, elles sont exposées à un sexisme affiché - comme dans l’exemple cité à propos de vous, Svetlana.
  • Les femmes sont beaucoup plus fortement harcelées et calomniées que les hommes, y compris sur Internet.
  • Partout dans le monde, les femmes sont non seulement stigmatisées, mais aussi exclues et victimes d’abus.
  • Dans le monde, une femme sur trois a subi des actes de violence physique ou sexuelle de la part d’un partenaire ou d’un tiers. Nous ne pouvons pas et nous ne devons pas l’accepter.

Nous avons tous droit au respect de nos droits et libertés, que nous soyons hommes ou femmes, quelle que soit la manière dont nous définissons notre appartenance sexuelle. Nous nous y sommes engagés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Et c’est bien pour cette raison que l’Allemagne poursuit une politique étrangère féministe.
Tant que l’égalité et notre Déclaration universelle des droits de l'homme ne prévaudront pas pour tous et toutes, nous poursuivrons cette politique étrangère féministe. Beaucoup m’ont demandé ce que cela voulait dire, au fond. On me demande : est-ce que seules des femmes dirigeront le pays maintenant ? 

Non, c’est exactement l’inverse :
une politique étrangère féministe n’exclue pas, elle intègre.
Il ne s’agit pas d’entendre moins de voix, mais d’en entendre PLUS.
Il s’agit d’écouter toutes les voix de la société.
Par ailleurs, ce n’est pas un « sujet de femmes ». Car nous en profitons tous !
Si la moitié d’une population ne peut pas participer sur un pied d’égalité à la société, alors jamais cette société ne pourra exploiter pleinement son potentiel. Et si la moitié de la population mondiale est exclue, il est impossible d’obtenir une paix et une sécurité durables.
Lorsque je me suis rendu sur la ligne de contact dans l’est de l’Ukraine, des femmes m’ont dit : « Tant que les femmes ne sont pas en sécurité, personne n’est en sécurité dans une société. » Une politique étrangère féministe, c’est plus qu’une simple thématique : c’est une approche globale de notre politique étrangère. 

Elle a trois dimensions, les trois r :

  • respect des droits
  • représentation
  • ressources.

Respect des droits : nous devons agir contre les violations des droits, tout le temps et partout.
Chan,
Habiba,
Nisreen,
vous ne le savez que trop bien, ces violations sont souvent commises en période de guerre et de conflit. Les femmes et les filles sont alors exposées à la violence sexuelle, à la violence domestique et à la traite des êtres humains. Les crises ne frappent pas tous les genres de la même façon. Et comme les femmes sont particulièrement touchées, nos mesures politiques doivent tenir compte de leurs besoins et de leurs droits. Et nous devons leur donner la parole lorsque nous élaborons nos solutions !
C’est la deuxième dimension : la représentation.
Les études sont éloquentes : les processus de paix, par exemple, sont beaucoup plus efficaces et durables lorsqu’ils sont inclusifs. Nous profitons tous et toutes d’une meilleure représentativité.
Les ressources, troisième r.
Nous devons faire en sorte que les femmes aient accès à ce dont elles ont besoin : finances, soins médicaux. Mais nous devons aussi mobiliser suffisamment nos propres ressources pour promouvoir l’égalité des sexes.
Ce qui m’amène à mon dernier point :
nous devons améliorer notre capacité à critiquer notre propre action.

Nous devons mieux écouter. C’est pourquoi je suis ici aujourd’hui. C’est pour cela que je vous ai invitées : pour écouter.
Pour intégrer et non pour exclure ; pour écouter PLUS de voix, et pas moins, et pour mettre en valeur celles qui sont au centre - qu’elles soient femmes au foyer, grand-mères, femmes politiques ou militantes.

 

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