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Brexit : « Nous voulons un partenariat qui soit le plus étroit possible »

Le 31 janvier 2020, la Grande-Bretagne quitte l'Europe

Le 31 janvier 2020, la Grande-Bretagne quitte l'Europe, © dpa/picture-alliance

31.01.2020 - Article

Lettre d’adieux de Heiko Maas, ministre fédéral des Affaires étrangères, aux Britanniques. Publiée sur www.zeit.de, le 29 janvier 2020.

Chers Britanniques,

Le ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas et le Premierministre britannique Boris Johnson
Le ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas et le Premierministre britannique Boris Johnson© Florian Gaertner/photothek.net

« Keep calm and carry on », marmonnent certains d’entre vous. Mais cela nous est difficile. Brexit ou pas, cette sérénité britannique vous appartient. Ou, comme diraient les Allemands avec leur franc parler : cela fait mal de vous voir partir. Pas seulement parce que l’Union européenne perd 66 millions de citoyens et l’une de ses économies les plus fortes. « Global Britain », vous l’avez toujours été, et cela a fait du bien à l’UE. Votre pragmatisme, votre tolérance, votre humour, même votre obstination à vouloir perpétuer l’exception britannique : tout cela nous manquera terriblement lorsque, dans quelques heures, vous quitterez l’Union européenne.

Il est vrai que tout n’a pas toujours été facile entre nous, surtout depuis le référendum sur le Brexit. Réunions de nuit pénibles à Bruxelles, débats parlementaires quasi interminables à Westminster, les « Oordeeeer  » de plus en plus désespérés de votre Mister Speaker : beaucoup trop longtemps, le Brexit a ressemblé au hit punk rock de mon enfance : « Should I Stay or Should I Go? ».

Heureusement, les choses ont changé. Personne n’est tombé de la falaise d’un Brexit désordonné. Presque 5 millions de personnes qui, se reposant sur la libre circulation au sein de l’UE, ont construit leur vie au Royaume Uni ou dans un autre État membre, conservent à vie leur droit de vivre, de travailler ou d’étudier dans l’autre pays. Avec la phase de transition jusque fin 2020, nos entreprises auront plus de temps pour s’adapter à la nouvelle situation. Et grâce à la réglementation spéciale pour la frontière irlandaise, nous avons préservé ce que nous avions obtenu au prix de grands efforts il y a 20 ans : la paix en Irlande du Nord.

Ainsi, aujourd’hui, le Brexit ressemble pour moi plutôt à « Hello, Goodbye » des Beatles, avec une emphase sur « Hello  », un nouveau départ. Il est clair que notre relation ne sera plus la même. Elle sera inévitablement moins intense, moins engageante qu’au sein de l’UE. Mais son intensité va dépendre de nous. En ce qui concerne l’Allemagne, je peux dire que nous voulons un partenariat qui soit le plus étroit possible avec le Royaume Uni, y compris demain. Après tout, nous partageons non seulement ce continent, mais aussi les mêmes valeurs européennes qui doivent s’affirmer face à des oppositions de plus en plus vives dans le monde. Qu’il s’agisse de la protection du climat, des droits de l’Homme, des technologies d’avenir ou de la sécurité européenne, nous continuons à jouer dans la même équipe !

Il nous reste onze mois pour bâtir l’avenir. D’ici la fin de l’année, nous devrons clarifier ce à quoi ressemblera notre relation future. Libre échange, concurrence équitable, voyages sans visa, possibilités de séjour et de travail pour les personnes dans nos pays, échanges entre nos universités, protection contre le terrorisme et la criminalité organisée, gestion commune des crises internationales : il ne s’agit là que de quelques exemples des choses qu’il nous faudra réglementer. Nous ne réussirons cette tâche herculéenne que si nous sommes francs et justes les uns envers les autres.

À propos de franchise : nous voulons tous zéro droit de douane et zéro barrière commerciale. Mais cela veut aussi dire : zéro dumping et zéro concurrence inéquitable. Et sans normes similaires dans le domaine de la protection des travailleurs et des consommateurs, mais aussi de l’environnement, il ne pourra y avoir d’accès intégral au plus grand marché intérieur au monde.

Ces jours ci, on entend parfois dire qu’au cours des négociations à venir, le Royaume Uni devrait être puni pour son retrait de l’Union européenne. Je suis d’avis que cela serait une grave erreur. Si nous voulions nuire à ceux qui se détournent, au final, nous ne parviendrons ni à convertir les Britanniques, ni à convaincre le reste des Européens. En revanche, il est politiquement judicieux et fair play, au sens britannique du terme, de mener les négociations de manière à ce qu’elles ne nuisent pas à l’Union européenne.

Les crises dont nous avons été témoins ces derniers jours m’ont montré une fois de plus ce que nous pouvons accomplir si nous unissons nos forces. Les Britanniques et les Allemands travaillent main dans la main avec la France et l’Union européenne pour empêcher que l’Iran ne se dote de l’arme nucléaire. Et nous partageons les mêmes objectifs stratégiques : la paix en Libye, au Sahel, en Syrie, en Ukraine et la stabilité dans les Balkans occidentaux. Le 31 janvier ne doit en aucun cas changer cela, car si nous laissons quiconque semer la division entre nous, l’influence de tous les Européens diminuera, des deux côtés de la Manche.

Ce qu’il nous faut, ce sont des nouvelles formes inclusives de coopération, notamment dans la politique étrangère et de sécurité. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé il y a quelques mois un Conseil de sécurité européen – pour que nous nous concertions sur les questions stratégiques de la sécurité européenne, pour réagir plus rapidement aux crises, et aussi, pour que le Royaume Uni et l’Union européenne restent unis après le Brexit. Nous œuvrons aux côtés de la France pour concrétiser cette idée le plus vite possible, car nous posons ainsi les jalons de notre future relation.

« You say Goodbye, I say Hello », disent les Beatles dans leur chanson. Le « Goodbye », nous l’avons bien réglé. Et si, un jour ou l’autre, il s’avère que c’est un « au revoir », sachez que vous aurez toujours une place – autour de notre table à Bruxelles et dans nos cœurs.

Attelons nous donc maintenant au « Hello  », à notre avenir. Séparés, mais ensemble.

Goodbye, hello, le Royaume-Uni !

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