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L’Europe vue par un journaliste allemand

Berlin : la Spree et la cathédrale.

Berlin : la Spree et la cathédrale., © f11photo - stock.adobe.com

12.03.2020 - Article

Selon Ulrich Ladurner (Die Zeit), en dépit des efforts que cela représente, l'UE doit pouvoir et vouloir représenter les intérêts européens dans le monde.

Nous avons interrogé des journalistes de pays européens sur l’avenir de l’Europe. Découvrez ici la réponse d’Ulrich Ladurner de l’hebdomadaire allemand Die Zeit.

« Les Allemands sont des Européens convaincus parce qu’ils ont tiré les bonnes leçons de leur histoire » est une phrase que l’on entend souvent. Aussi juste soit-elle, on peut l’interpréter différemment. L’Europe a permis aux Allemands d’échapper à leur propre histoire. C'est un peu exagéré. Mais dans aucun autre pays européen, l’Europe n’est comprise aussi clairement comme un projet servant à surmonter l’État-nation. Comme si c’était la cause de tous les maux. On oublie pourtant que de nombreux Européens, au nom de leur nation, ont résisté aux nazis. Compte tenu de cela, l’Allemagne devrait faire preuve d’un peu plus de réalisme et de discernement. Les attentes des Allemands vis-à-vis de l’Europe sont très souvent différentes de celles des autres Européens. L’Allemagne ferait bien d’élargir son horizon.

L’Union européenne est peut-être sur la voie d’un État fédéral mais le chemin qui y conduit est long et ardu, et il n’est absolument pas sûr que cet objectif soit atteint un jour. L’Union européenne est typiquement un « chantier permanent » dont on ignore l’issue inconnue. Il ne sert donc à rien de parler de cet objectif ; il est plus utile de s’attaquer aux tâches actuelles. Les enjeux sont évidents pour tout le monde : le climat, la transition numérique, les flux migratoires et la défense.

On ne cesse de répéter que ces questions ne peuvent être résolues qu’ensemble, au niveau européen. C’est toutefois un dogme auquel il faut donner corps. Là aussi, il faut faire preuve de réalisme. L’Union européenne ne sera pas en mesure d’apporter demain LA solution à ces questions. Mais elle progressera. Peut-être à petits pas, mais elle avancera. Pour cela, les Européens doivent avoir le sentiment que, malgré la lenteur, malgré toutes les difficultés, l’UE acquiert les compétences nécessaires pour représenter efficacement ses intérêts dans le monde. L’Europe doit être souveraine si elle veut rester libre.

Chaque jour apporte une réponse partielle sur la manière d’atteindre cette souveraineté. Il ne faut pas s’attendre à davantage, mais pas à moins non plus. Les impatients devraient se souvenir d’une chose : l’Europe est l’idée que les États-nations coopèrent, parfois de manière intensive, parfois moins, pour obtenir un bénéfice mutuel. Cela peut paraître prosaïque mais il n’y a pas de meilleure idée jusqu’à maintenant.« 

Ulrich Ladurner, né en 1962 dans le Tyrol du Sud, est correspondant étranger de l’hebdomadaire Die Zeit depuis 2009. Pendant plus de vingt ans, il a été reporter de guerre. Depuis 2016, il est le correspondant européen de Die Zeit à Bruxelles. Il est également l’auteur de nombreux livres.

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