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Ce que l’Europe peut apprendre de la crise du coronavirus

Heiko Maas, ministre fédéral des Affaires étrangères

Heiko Maas, ministre fédéral des Affaires étrangères, © Thomas Imo/photothek.net

15.04.2020 - Article

Tribune du ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas publiée dans Welt am Sonntag

« ... il est possible de dire que la peste fut notre affaire à tous », écrit Albert Camus dans La Peste, un classique de la littérature. Ce livre connaît actuellement un regain d’intérêt : nous avons compris que le coronavirus est bien notre affaire à tous, et ce, à l’échelle mondiale. Il n’y a pas encore de vaccin ni de remède, pour personne. Le virus ne fait pas de distinction entre pauvres et riches, entre les couleurs de peau ou les nationalités. Il peut frapper n’importe qui et ignore les frontières.

Dans le monde entier, les pays ont donc pris des mesures absolument impensables il y a encore quelques semaines : les contacts sociaux ont été massivement restreints, les frontières fermées et une grande partie des entreprises et des avions sont à l’arrêt.

Ce sont les mesures qu’il fallait et qu’il faut prendre, car rien n’est plus important que de sauver des vies humaines. Le premier devoir de chaque pays est de contrôler d’abord la crise chez lui. Ensuite seulement, nous pouvons aider les autres comme nous l’avons fait par exemple en accueillant dans des hôpitaux allemands des patients gravement malades qui venaient d’Italie et de France.

Cependant, pour vaincre durablement le virus, nous devons en venir à bout en Europe et dans le monde entier. Car tôt ou tard, il nous reviendra comme un boomerang s’il continue de proliférer de manière incontrôlée dans les autres pays. Si des pays et des régions tout entières basculent dans des crises économiques ou humanitaires, nous ne réussirons pas non plus à reprendre durablement le dessus.

Un pays exportateur comme l’Allemagne a tout particulièrement besoin d’une Europe en bonne santé et d’une économie mondiale qui marche. Ce n’est donc pas seulement un acte de solidarité européenne mais aussi de pure raison économique quand l’Union européenne prévoit la plus grande aide de son histoire en débloquant plus de 500 milliards d’euros.

Nous voulons que l’Europe sorte de cette crise en étant plus forte, plus solidaire et plus souveraine qu’avant. C’est pourquoi le budget européen doit prévoir un véritable programme de relance en Europe pour les sept prochaines années. Nous allons donc le revoir et investir désormais massivement dans l’avenir, c’est-à-dire dans la lutte contre le changement climatique, la souveraineté technologique et des systèmes de soins et de protection sociale capables de résister aux crises.

Ces orientations devront être fixées pendant notre présidence du Conseil de l’UE dont le but sera de surmonter la crise du coronavirus et ses conséquences. Dès que la situation se sera améliorée, l’une des premières mesures à prendre consistera à lever progressivement et de manière coordonnée les restrictions concernant la libre circulation des personnes et le marché intérieur. Il est important de tirer des enseignements de la crise, par exemple en optimisant la protection civile de l’UE ainsi que la production et l’approvisionnement communs de produits médicaux vitaux. Et il faudra corriger les dysfonctionnements que cette crise a impitoyablement révélés. Je pense en particulier aux limitations de la démocratie et des règles de l’État de droit sous prétexte de lutter contre le coronavirus et qui ne sont pas acceptables en Europe. Celui qui porte atteinte aux valeurs fondamentales de l’Union européenne ne devrait pas s’attendre à pouvoir bénéficier sans restriction des avantages financiers de l’Union.

Au niveau international, il apparaît de plus en plus que les manifestations d’égoïsme, que ce soit dans la concurrence pour les masques de protection ou l’approvisionnement en médicaments, aggravent la crise pour tout le monde. Nous avons donc convenu dans le cadre du G7 de coopérer plus étroitement pour développer et distribuer les produits médicaux et maintenir les chaînes d’approvisionnement ouvertes.

Le contexte est loin d’être simple. Car il faut garder ses distances, non seulement à titre personnel mais aussi dans la lutte diplomatique contre le coronavirus. Voyager ou avoir des contacts directs est impossible. Je communique d’autant plus souvent avec mes homologues par téléphone ou vidéo, que ce soit au sujet du rapatriement de centaines de milliers de touristes allemands ou de la levée de restrictions concernant l’exportation de médicaments vitaux.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies, dont on a particulièrement besoin dans cette crise, tient lui aussi des réunions virtuelles. Les guerres et les conflits sont un terreau propice au virus. Nous soutenons le secrétaire général des Nations Unies António Guterres qui appelle à un cessez-le-feu mondial et avons inscrit la crise à l’ordre du jour du Conseil de sécurité. Si nous ne réagissons pas rapidement, le virus affectera la paix et la stabilité dans le monde. Nous voulons diriger le regard de la communauté internationale là où la crise sanitaire risque d’ores et déjà d’amplifier les crises sécuritaires. Ce sera l’une des priorités de notre présidence du Conseil de sécurité au mois de juillet.

L’un des meilleurs investissements dans la lutte contre la pandémie consiste à renforcer les Nations Unies, et en premier lieu l’Organisation mondiale de la santé sous-financée, notamment pour mettre au point et distribuer des tests et des vaccins. Nous allons discuter cette semaine sur le « comment » de ce projet lorsque l’« Alliance pour le multilatéralisme » que nous avons fondée se penchera également sur cette question.

Les causes de cette crise doivent être également examinées. Cela ne sert cependant à rien de se renvoyer les accusations. Il ne s’agit pas de décréter quel est le meilleur « système » mais de remporter ensemble la lutte contre le virus.

Les démocraties du monde entier ont réagi rapidement et avec détermination. En l’espace d’une semaine, le Bundestag a voté un plan d’aide sans précédent. Notre État social et notre système de santé sont apparus sous leur meilleur jour. Mais ce qui compte encore davantage, c’est que des millions de personnes ont montré qu’elles étaient prêtes à renoncer pendant un certain temps à certaines libertés, car la vie et la santé de leurs concitoyens étaient en danger. Nous avons besoin de cette solidarité pour vaincre le virus, en Allemagne, en Europe et dans le monde entier.

La vague de solidarité à laquelle nous assistons actuellement en Allemagne et dans beaucoup d’autres pays me montre que la grande majorité semble l’avoir compris. Cela donne de l’espoir.

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