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« Réfléchir à l’évolution de l’UE »

L’idée européenne est-elle encore sexy aujourd’hui ?

L’idée européenne est-elle encore sexy aujourd’hui ?, © picture alliance / SvenSimon | Frank Hoermann/SVEN SIMON

28.09.2021 - Article

Clara Föller est la présidente des Jeunes Européens fédéralistes en Allemagne. Elle explique ici pourquoi elle s’engage et ce que lui a manqué dans la campagne électorale.
 

Clara Föller, présidente des JEF en Allemagne
Clara Föller, présidente des JEF en Allemagne© Privée
Mme Föller, qui sont les Jeunes Européens fédéralistes et qu’est-ce qui les incite les jeunes à s’y egager ?

Nous nous voyons comme des défenseurs de l’idée européenne et voulons diffuser l’idée européenne dans la société, notamment chez les jeunes. Nous militons en faveur d’une démocratie européenne et d’un État fédéral européen. Notre association existe depuis 70 ans, elle est indépendante des partis et n’est rattaché à aucune communauté religieuse. Actuellement, les JEF comptent 30.000 membres dans toute l’Europe. Ces dernières années, beaucoup nous ont rejoints en raison du Brexit ou de l’élection de Donald Trump. Ils ne veulent plus être spectateurs et souhaitent s’impliquer dans les questions internationales.

L’idée européenne est-elle encore sexy aujourd’hui ?

Bien sûr, plus sexy que jamais ! La perception de ce qu’elle signifie a peut-être un peu changé. La première génération des JEF faisait encore tomber des barrières il y a 70 ans. Cette étape est derrière nous aujourd’hui. Pouvoir voyager librement dans toute l’Europe fait partie de l’identité de notre génération – à condition qu’il n’y ait pas de pandémie. Nous aimons la diversité, les échanges avec les autres Européens. Parallèlement, on a pris conscience que cette Union européenne a aussi des faiblesses auxquelles nous devons nous atteler.

Dans quel état est actuellement l’Europe à vos yeux ?

Il y a des réussites, bien sûr. Il faut saluer la réaction à la crise sanitaire avec le plan de relance européen et le Pacte vert. En même temps, on voit que l’intégration européenne stagne depuis près de 20 ans. Au début des années 2000, il y a eu une Convention constitutionnelle qui a échoué et il ne s’est pas passé grand-chose depuis. On a essayé des sauver certaines choses avec le Traité de Lisbonne, mais ce n’était pas le grand projet prévu. Je regrette cette évolution et la trouve dangereuse.

Qu’est-ce qui manque exactement à vos yeux ?

Il est dramatique qu’un État membre puisse empêcher l’UE d’agir en usant de son véto et en faisant fi des intérêts des 26 autres pays. Les insuffisances de la politique extérieure de l’UE, comme on vient de le voir avec la crise en Afghanistan, sont terrifiantes. Nous aurions bien besoin d’un ministère européen des Affaires étrangères. Sans parler de la réforme du droit d’asile européen. Ce qui se passe aux frontières extérieures de l’UE est scandaleux. C’est en totale contradiction avec les valeurs de l’Union et sape notre crédibilité dans le monde. Et ce ne sont là que trois exemples parmi beaucoup d’autres.

Pourquoi cette stagnation est-elle dangereuse ?

Pour deux raisons. Tout d’abord, parce que nous ne sommes plus en mesure de réagir aux défis mondiaux actuels. Il est pourtant clair que les petits États nationaux européens ne vont pas loin dans un monde globalisé. Croire que l’on peut résoudre les problèmes au niveau national est une chimère. D’autre part, l’UE n’est, à mon avis, pas assez solide pour ne pas risquer de se désintégrer. Ce n’est qu’en sortant les réformes de l’enlisement que l’on pourra y pallier.

Malgré le besoin d’agir, l’UE ne joue pratiquement aucun rôle dans la campagne pour les élections au Bundestag. Qu’en pensez-vous ?

C’est malheureusement vrai. Les programmes électoraux contiennent une véritable profession de foi en faveur de l’UE et de l’idée européenne, du moins pour les grands partis influents. Le parti Alternative pour l‘Allemagne souhaite que l’Allemagne sorte de l’UE, mais c’est l’exception. Sinon, on se tourne beaucoup vers l’UE au niveau théorique, avec plus d’éléments démocratiques. Mais on ne le sent pas dans la campagne électorale. Sur les questions européennes, si tant est qu’ils les abordent, les candidates et candidats se présentent de manière pragmatique, sans aucune Inspiration.

Que souhaiteriez-vous ?

Que les partis montrent clairement et expriment avec enthousiasme comment et où nous, en tant que pays le plus peuplé de l’UE, voulons nous investir. Que nous défendons des valeurs démocratiques menacées partout dans le monde, y compris en Europe d’ailleurs. Vous avez mentionné la Pologne et la Hongrie. Je souhaite en outre que nous réfléchissions à l’évolution de l’Europe. L’Allemagne devrait donner le ton et proposer des idées. Nos voisins européens suivent les élections de près. Que l’Europe n’y joue pratiquement aucun rôle me paraît anormal et inquiétant.

Quels sujets doivent être plus abordés selon vous ?

J’aimerais que nous pensions aussi à l’Europe quand nous abordons des sujets nationaux, que nous réfléchissions systématiquement aux coopérations possibles avec et au sein de l’UE. Quel est notre rôle à cet égard ? Où et comment pouvons-nous entraîner les autres pays ? Mais aussi, que pouvons-nous apprendre des autres ? Cela vaut pour des sujets comme le réchauffement climatique ou encore les questions sociales, la mobilité, l’éducation, etc.

Vous dites que l’Europe pourrait aussi se désintégrer. Considérez-vous ce scénario comme probable ?

Je ne considère pas en tout cas l’UE comme définitivement acquise. Nous devons travailler dur et nous engager pour ce projet commun qu’est l’Europe, avec toutes ses valeurs. C’est le message que j’aurais aimé entendre pendant la campagne électorale.

Propos recueillis par Friederike Bauer
© deutschland.de

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