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L'automobile à un tournant

Usine BMW à Leipzig (Saxe)

Usine BMW à Leipzig (Saxe), © dpa

15.01.2020 - Article

Moteur électrique, voiture autonome : le secteur automobile, poids lourd du tissu industriel allemand, doit prendre dans la prochaine décennie un virage historique. C'était le thème aujourd'hui d'un sommet à la chancellerie.

Le moteur ronronne, mais au ralenti. À l'instar de la croissance allemande, qui a atteint 0,6 % en 2019 selon l'Office fédéral des statistiques, le secteur automobile allemand a vu son évolution freinée ces derniers mois. Les raisons sont multiples. Mais au-delà d'une baisse des ventes à l'étranger, le constat s'impose que ce poids lourd de l'industrie allemande doit négocier plus qu'un ralentissement conjoncturel : un virage structurel. Moteur électrique, voiture autonome : il faut inventer la voiture de demain. Et il faut aller vite pour rester en pole position sur le marché international.

Le sujet était ainsi aujourd'hui à l'ordre du jour d'un sommet à la chancellerie, à Berlin. La Fédération des constructeurs allemands VDA demande au gouvernement d'accompagner ces mutations, y compris financièrement. Elles requièrent, en effet, des investissements colossaux qui se chiffrent en milliards d'euros.

De plus, elles interviennent dans un contexte délicat. Outre les conséquences financières du « dieselgate », les constructeurs allemands doivent faire face au durcissement des normes européennes sur les gaz d'échappement (qui leur impose de renouveler rapidement leur gamme), ainsi qu'à la dégradation de la conjoncture mondiale qui fait baisser les ventes.

Formation, reconversion

Mais à court comme à moyen terme, la principale crainte concerne l'emploi. La fabrication de voitures électriques nécessite moins de composants et donc moins de main-d'œuvre. À cela s'ajoute l'automatisation des process, accélérée par la numérisation.  

Le secteur automobile, qui compte plusieurs centaines de milliers d'emplois directs et indirects en Allemagne, pourrait ainsi procéder à des vagues de licenciements. Audi, Daimler, BMW et, depuis hier, Opel viennent d'ouvrir la voie chez les constructeurs. De leur côté, nombre de sous-traitants prennent des mesures de chômage partiel.

Une étude de la Plateforme nationale pour l'électromobilité, publiée lundi, a ainsi précisé les risques. Ce groupe d'experts mis en place par le gouvernement estime que le secteur automobile pourrait perdre jusqu'à 410.000 emplois d'ici à 2030. C'est un « scénario pessimiste », précisent toutefois les auteurs. Car le virage que s'apprête à prendre l'automobile va détruire des emplois mais aussi en créer de nouveaux, par exemple dans des domaines comme l'intelligence artificielle. La Fédération VDA table d'ailleurs elle-même sur une perte de 80.000 à 90.000 emplois.

La mutation actuelle n'en reste pas moins historique. Et la question se pose de savoir comment l'accompagner. La plupart des constructeurs mettent en avant la nécessité de mesures de formation et de reconversion de leur main-d'œuvre. C'est une idée largement partagée. Le syndicat IG Metall appelle même à prendre une initiative très large en la matière.

En attendant, les pouvoirs publics ne devraient pas rester les bras croisés. Avant même le sommet de ce mercredi, le ministre allemand de l'Économie et de l'Énergie, Peter Altmaier, a annoncé son intention de nouer « un dialogue sur la transformation » intensif avec le secteur automobile.

A.L.


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