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Vers un droit au travail mobile en Allemagne ?

Un droit à 24 jours de télétravail par an ? La proposition fait débat en Allemagne

Un droit à 24 jours de télétravail par an ? La proposition fait débat en Allemagne, © dpa-tmn

06.10.2020 - Article

Le ministre du Travail, Hubertus Heil, veut tirer les leçons de l’expérience du télétravail, appréciée par la majorité des salariés concernés pendant la pandémie. Il propose de créer un droit au télétravail 24 jours par an, là où c’est possible. Sans faire l’unanimité.

Il aura été l’une des expériences les plus inattendues et les plus novatrices de l’année 2020. En Allemagne comme en France, de nombreux salariés ont découvert le télétravail à l’occasion de la pandémie. Des deux côtés du Rhin, il se pratiquait déjà. Il était même encouragé. Mais pas à cette échelle, loin de là. L’expérience grandeur nature a permis d’économiser plusieurs années d’expérimentation en pointant ses avantages et ses inconvénients. Et maintenant ? En Allemagne, le ministre du Travail et des Affaires sociales, Hubertus Heil, propose de créer un « droit au travail mobile » d’au moins 24 jours par an. « Là où c’est possible », précise-t-il. Son projet de loi suscite actuellement un débat.

L’avenir du travail

M. Heil part d’un constat simple : la majorité des salariés qui ont goûté au télétravail l’ont apprécié. Gain de temps dans les transports, meilleure concentration, efficacité dopée, meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée : l’expérience a satisfait à de degrés divers 87 % des pratiquants, si l’on en croit une enquête d’opinion commandée par le ministère allemand du Travail et des Affaires sociales. Le chiffre est significatif, surtout si l’on considère qu’en juillet et août, 36 % des salariés allemands continuaient à télétravailler, soit 14,6 millions de personnes. Un an plus tôt, ils n’étaient que 24 %.

Le premier objectif du ministre est donc d’offrir un nouveau droit aux salariés pour leur permettre de s‘épanouir. Il pense notamment aux parents. Les aider à mieux concilier vie professionnelle et parentalité est depuis longtemps une priorité du gouvernement allemand. « Les entreprises veulent des salariés flexibles. En contrepartie, elles doivent l’être aussi », souligne M. Heil. De plus, ajoute-t-il, en pleine révolution numérique, le télétravail fait partie intégrante du « monde du travail de demain ».

Concrètement, le projet de loi propose un droit au travail mobile de 24 jours par an. Une durée conçue par le ministre comme un minimum. L’important est que « tous les salariés aientle droit de négocier avec leur supérieur sur le télétravail », souligne-t-il. Les deux parties se trouveront sur un pied d’égalité. L’employeur ne pourra plus refuser le télétravail par principe. S’il s’y oppose, il devra motiver sa décision, par exemple parce que le poste ne se prête pas au travail à distance. Car bien entendu, précise le ministre, « un boulanger ne va pas faire cuire ses petits pains depuis chez lui. Mais il existe de nombreuses professions qui se prêtent au travail mobile ».

Besoin d‘encadrement

A l’heure où celui-ci a de toute façon le vent en poupe, M. Heil a toutefois un second objectif en tête : encadrer la pratique. Toutes les études montrent, en effet, que les salariés qui travaillent depuis chez eux ne travaillent pas moins, mais plus. Parfois avec des horaires atypiques ou à rallonge. En inscrivant la pratique dans la loi, M. Heil souhaite que le bénéfice du télétravail ne se retourne pas contre le salarié en prenant le pas sur sa vie privée. Le travail à domicile, « c’est un travail adapté à la vie », dit-il. Il s’agit aussi « d’empêcher que les limites s’effacent complètement entre le travail et la vie privée. »

Débat

Le ministre espère voir son projet discuté au Parlement cet automne, et se dit confiant. Son idée, toutefois, ne fait pas l’unanimité. La Confédération allemande des syndicats (DGB) applaudit un projet qui reprend l’une de ses revendications de longue date. Mais elle juge le nombre de jours promis insuffisant.

A l’inverse, le patronat, ainsi qu’au sein de la majorité, plusieurs personnalités de l’Union chrétienne-démocrate, rechignent à voir s‘imposer un tel droit. Leur argument : ne pas supprimer la souplesse et le « plaisir d‘expérimenter » qui ont été un gage de succès pendant le confinement. Certains jugent un tel droit « intrusif » pour l’entreprise. Beaucoup évoquent, par ailleurs, la fragilité actuelle du tissu de PME qui aspire davantage à des aides qu‘à de nouvelles contraintes.

Affaire à suivre, donc. Dans tous les cas, les partenaires sociaux au sein des entreprises restent libres d’ouvrir des négociations sur le télétravail si elles le souhaitent.

A.L.

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