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Vade retro, Instagram ?

Déconnecté de la vie réelle, addictif, déprimant : selon la journaliste Nena Schrink, le réseau social Instagram « détruit nos vies »

Déconnecté de la vie réelle, addictif, déprimant : selon la journaliste Nena Schrink, le réseau social Instagram « détruit nos vies », © dpa-tmn

12.02.2020 - Article

Après s’être essayée comme influenceuse, la journaliste Nena Schink décrit dans un livre comment le réseau social « détruit nos vies ».

Faut-il avoir peur d’Instagram ? En Allemagne, une jeune journaliste économique de 27 ans, Nena Schink, connaît un certain succès de librairie avec un ouvrage qui vient de paraître : «  Unfollow : Wie Instagram unsere Leben zerstört », litt. « Unfollow : comment Instagram détruit nos vies », Eden Books, 2020). Elle y dénonce les dangers du réseau social à la mode qu’elle juge addictif, chronophage, déconnecté du monde réel et déprimant. Elle invite sa génération à chercher l’épanouissement dans le monde réel.

Le livre est basé sur une expérience personnelle. À l’automne 2017, Nena Schink décide de tenter l’aventure et devient « influenceuse ». Elle passe vite le cap des 5000 « followers », et se voit offrir un sac de 700 € par une marque.

La journaliste et influenceuse Nena Schrink. Dans un livre intitulé Unfollow, paru il y a quelques jours, elle dénonce la « dépendance » qu’engendre le réseau social Instagram
La journaliste et influenceuse Nena Schrink. Dans un livre intitulé « Unfollow », paru il y a quelques jours, elle dénonce la « dépendance » qu’engendre le réseau social Instagram© dpa

Le réseau occupe une part croissante de sa vie. Après chaque post, explique-t-elle, elle passe une heure à guetter les « like  », jusqu’à atteindre un minimum de 150 validations. Elle surfe deux heures par jour sur Instagram. Deux heures par jour soit… « 14 heures par semaine, 672 heures par an, 28 jours par an, cinq ans à l’échelle de la durée d’une vie », comptabilise-t-elle aujourd’hui.

Mais ce n’est pas tout. Pour avoir du succès sur Instagram, la jeune femme met en scène sa vie privée. Jusqu’au jour où ses proches lui font comprendre qu’elle finit par organiser sa vie autour des posts qu’elle pourrait publier, au lieu de poster simplement des tranches de vie.

Illusion virtuelle

Instagram est le règne de la mise en scène, dénonce-t-elle aujourd’hui. Le réseau « Facebook a été fondé pour rester en contact avec ses amis. LinkedIN pour avancer professionnellement. Mais Instagram ne repose sur rien d’autre que la captation de l’attention des autres. Dès lors, […] c’est le règne de la frime ».

Ainsi, « la vie professionnelle » d’un influenceur « tourne entièrement autour de la mise en scène offensive de sa vie privée ». Un comportement qui, note-t-elle, contraste avec celui des « véritables vedettes qui, comme Beyoncé ou Julia Robert, se montrent remarquablement silencieuses sur Instagram. Julia Robert atteint tout juste les 168 publications ».

Or, cette mise en scène a des effets pervers, argue la jeune femme. Des effets qui touchent particulièrement les femmes. Car si la comparaison a toujours régné entre elles, Instagram crée une situation nouvelle : le modèle n’est plus une autre femme, mais une « façade » grimée et retouchée. Avec tout ce que cela engendre de risques : dépressions, troubles alimentaires, etc.

Addictif, chronophage, déprimant

Pour Nena Schink, l’illusion a pris fin le jour où elle a posté une photo d’elle en bikini sur une matelas gonflable en forme de pastèque… Aujourd’hui, elle souhaite donc faire « tomber les masques ». Elle ne prône pas la déconnexion totale, mais la mesure. Elle veut inviter les jeunes de sa génération à retrouver le sens et le goût de la réalité.

Elle-même a placé son profil en mode « privé » et installé un minuteur pour ne pas dépasser 30 minutes sur le réseau par jour. Elle reste vigilante et « compare volontiers [s]on activité sur Instagram à [s]on goût pour la cigarette ». « L’une nuit à mon âme », dit-elle, « l’autre à mon corps ».

A.L.

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