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Il y a 100 ans, la naissance du « Grand Berlin »

Vue de Berlin aujourd‘hui. La superficie de la ville n‘a quasiment plus changé depuis la loi sur le Grand Berlin, en 1920.

Vue de Berlin aujourd‘hui. La superficie de la ville n‘a quasiment plus changé depuis la loi sur le Grand Berlin, en 1920. , © picture alliance / POP-EYE

05.05.2020 - Article

Avant le « Grand Londres » et le futur « Grand Paris » naissait il y a un siècle le « Grand Berlin ». Une vaste métropole prête à marquer les « Années folles ».

C’était une décision spectaculaire. Elle a dessiné la physionomie de Berlin jusqu’à nos jours. Il y a un siècle, le 27 avril 1920, l’assemblée de Prusse votait à une courte majorité la loi instituant le « Grand Berlin » (Groß-Berlin-Gesetz). Du jour au lendemain, elle multipliait la superficie de la ville par treize et sa population par deux. La capitale allemande devenait subitement la 3e métropole du monde derrière Londres et New York.

Berlin avait longtemps été une ville de taille relativement modeste. De fondation assez récente (elle est attestée depuis 1244), elle ne comptait qu’environ 10 000 habitants au XVIIe  siècle. C’est dans le sillage de l’industrialisation que tout changea au XIXe siècle.

Dès les années 1840, la métropole prussienne s’imposa comme un pôle des industries naissantes : construction mécanique, chemins de fer (Borsig), textile (auxquels devaient s’ajouter à la fin du siècle l’industrie électrique  avec Siemens et AEG). En 20 ans, sa population doubla : de 400 000 habitants en 1850, elle grimpa à 800 000 en 1871. En 1861, une première grande réforme urbanistique vint prendre acte de cette évolution. La superficie de Berlin passa par absorption de communes de 15 km2 à 60 km2

« Berlin la rouge », industrialisation et misère sociale

Un appartement berlinois en 1910
Un appartement berlinois en 1910© picture alliance/ akg

Ce n’était, toutefois, que le début de l’effervescence qui allait enflammer la ville. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle concentra les forces vives, mais aussi la misère sociale. La main-d’œuvre affluait pour s’entasser dans des habitats réduits. C’est l’époque où l’on construisit les grands immeubles de cinq étages aux multiples arrière-cours. Ils étaient habités de la cave au grenier. Les familles se serraient sur de petites surfaces. On ne tarda pas à re-baptiser Berlin « la plus grande cité-caserne du monde ».

Au tournant du siècle, les artistes de la Sécession berlinoise, et notamment Käthe Kollwitz, s’en émurent. Ils mirent crûment en lumière cette misère. Et sur le plan politique, « Berlin la rouge » faisait déjà bande à part dans un Empire allemand conservateur. 

Toutefois, non loin du centre ouvrier et artisan de Berlin incarné par les quartiers de Wedding ou Prenzlauer Berg, s’offrait un paysage tout différent. Les communes des alentours, aidées par le développement d’un réseau de chemin de fer performant entre le centre et la périphérie,

prospéraient. La bourgeoisie industrielle se faisait construire maisons et villas dans les banlieues tranquilles de l’ouest et du sud-ouest de la ville, à Lichterfelde, Friedenau, Westend, Dahlem, Zehlendorf ou Wannsee. Du point de vue des revenus fiscaux, la ville de Charlottenbourg pouvait être considérée comme la plus riche d’Allemagne… 

Pour remédier à ce déséquilibre, on commença dès le XIXe siècle à échafauder des projets de regroupements entre la métropole et sa banlieue. Bien entendu, la riche banlieue y était aussi hostile que le centre-est ouvrier y était favorable. Cet antagonisme bloqua tout projet pendant plusieurs décennies. 

Une association de communes fut néanmoins conclue en 1912. Et en 1920, à la faveur de la Première Guerre mondiale et de l’installation de la République, les choses finirent par se concrétiser. 

En mars 1920, le maire de Berlin, Adolf Wermuth, réunit les édiles des communes voisines, et il réussit la percée. Son argument était simple : seul le regroupement pouvait empêcher l’asphyxie financière des communes endettées par la guerre. La loi fut adoptée le 27 avril par 164 voix contre 148 et cinq abstentions. La gauche avait voté pour, les conservateurs et le Zentrum catholique contre.

Un changement de visage spectaculaire

Le résultat était spectaculaire. Berlin absorbait sept villes, 59 communes rurales et 27 quartiers environnants. Les cités de Spandau, Charlottenbourg, Wilmersdorf, Schöneberg, Neukölln, Lichtenberg et Köpenick devenaient des arrondissements de la métropole, qui en comptait vingt au total. La superficie passait de 60 km2 à 878 km2 et le nombre d’habitants de 1,9 à 3,8 millions d’habitants. Désormais, seule Los Angeles était plus vaste. Et seules Londres (7,5 millions d’habitants) et New York (5,6 millions) étaient plus peuplées.

La loi entra en vigueur le 1er octobre 1920. L’histoire du XXe siècle n’y changerait rien : les limites de Berlin n’allaient quasiment plus changer. Et dans les années 1920, le maire, Ernst Reuter, et son administration profitèrent de leurs nouveaux pouvoirs pour développer l’urbanisme. Eau, gaz, électricité : ils créèrent de grandes entreprises communales, et la Société des transports berlinois (BVG) qui devint la plus grande au monde. Ils prirent des mesures contre la crise du logement et l’insalubrité. Berlin était prête pour les « Années folles ». Au même moment, la culture berlinoise brillait de tous ses feux à travers la planète.

A.L.

Plusieurs expositions sont prévues à Berlin pour commémorer le centenaire de la loi sur le Grand Berlin. Plus d’informations sur le site de la mairie de Berlin (en allemand)

 

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