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L’aéroport de Berlin-Tegel en bout de piste 

L’aéroport de Berlin-Tegel s’apprête à fermer ses portes de manière temporaire, et peut-être définitive

L’aéroport de Berlin-Tegel s’apprête à fermer ses portes de manière temporaire, et peut-être définitive, © Ralph Goldmann

26.05.2020 - Article

En raison du coronavirus, tous les terminaux fermeront provisoirement leurs portes à partir du 15 juin. Mais le provisoire pourrait être définitif. Au regret de nombreux voyageurs qui apprécient cet aéroport pratique, hérité du « pont aérien » de 1948.

La crise du coronavirus va-t-elle accélérer la fermeture de l’aéroport de Berlin-Tegel ? Enterrer en catimini cet enfant du pont aérien de 1948 auquel beaucoup de Berlinois sont attachés ? Ce n’est pas impossible. Comme c’est le cas pour Orly en France, l’effondrement du trafic aérien va conduire à la fermeture provisoire de l’aéroport berlinois à partir du 15 juin. L’État fédéral et les länder de Berlin et du Brandebourg ont donné leur feu vert le 20 mai. 

Les portes devraient rester closes jusqu’à la fin juillet. L’objectif est de réduire les coûts, très importants alors que l’activité est quasi-nulle. Les vols seront redirigés vers l’aéroport de Schönefeld. Ensemble, Tegel (nord-ouest de Berlin) et Schönefeld (au sud-est de la ville, dans le Brandebourg) n’accueillent plus qu’un ou deux milliers de passagers quotidiens au lieu des quelque 100 000 habituels. 

Halls déserts

Le silence est palpable. À Tegel, le terminal principal (terminal A) est fermé depuis la mi-mars. Les rares voyageurs transitent par une annexe, le terminal C. Les allées circulaires habituellement grouillantes de touristes et de valises ne sont plus qu’un hall désert. Sur le tarmac, le chant des oiseaux a remplacé le bruit des moteurs d’avion. 

Néanmoins, quelques Berlinois sont là. Les vigiles sont obligés de les repousser. Ils viennent prendre des photos. Poussés par la curiosité ou par la nostalgie, ils viennent capter cette atmosphère de vacuité crépusculaire. Car pour eux, la suite ne fait pas de doute : la fermeture provisoire signe la mort définitive de l’aéroport de Berlin-Tegel

Fin programmée

La fermeture définitive de l’aéroport de Tegel est, en effet, programmée. Et depuis plusieurs années avec la perspective d’ouverture d’un nouvel aéroport Willy Brandt-Berlin-Brandebourg (BER). Seuls les neuf ans de retard pris par ce projet ont prolongé l’exploitation. Mais Tegel et son célèbre terminal en forme d’hexagone (ou de toile d’araignée) suffoquent. Prévus pour accueillir six millions de passagers, ils en ont vu passer l’an dernier…24 millions. La construction de nouveaux terminaux montre ses limites. L’exploitation du premier aéroport berlinois (et quatrième aéroport d’Allemagne après Francfort, Munich et Düsseldorf) est devenue un défi quotidien.

Tegel, un aéroport apprécié car à taille humaine
Tegel, un aéroport apprécié car à taille humaine© dpa-Zentralbild

Pourtant, sa fermeture est loin de faire l’unanimité. Prévue pour novembre 2020, après l’entrée en service prévue du BER au 31 octobre, elle mobilise depuis des années contre elle. Car nombreux sont les Berlinois et les touristes qui plébiscitent cet aéroport à taille humaine, relativement proche du centre-ville. Ils apprécient le fait que l’on ne s’y perde pas et que les bagages soient livrés rapidement. Ils s’identifient aussi au symbole. Un symbole de liberté : Tegel est un héritage du pont aérien qui sauva Berlin-Ouest en pleine Guerre froide, en 1948 (lire ci-dessous). 

Un référendum a été organisé en 2017. Le « non à la fermeture » a gagné d’une courte tête. Néanmoins, le vote n’étant pas contraignant, les autorités ont maintenu leur position. Pour le Sénat de Berlin, la poursuite de l’activité serait une erreur économique et écologique. 

Quelle que soit la date, le sort de Berlin-Tegel est donc scellé. La reconversion du site est même déjà en projet. Ses 460 hectares devraient voir surgir un centre industriel et scientifique baptisé « Urban Tech Republic » et mêlant start-up, centres de recherche et logements. 

A.L.

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