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Les jeunes Allemands face à la crise sanitaire : solidaires et respectueux

Contrairement à l'image qui est parfois donnée d'eux, les jeunes Allemands respectent scrupuleusement les mesures barrière contre le coronavirus, révèle une enquête

Contrairement à l'image qui est parfois donnée d'eux, les jeunes Allemands respectent scrupuleusement les mesures barrière contre le coronavirus, révèle une enquête. Mais la crise a encore accru le sentiment d'un conflit de génération entre les jeunes et leurs aînés, déjà très présent en Allemagne, © SVEN SIMON

23.10.2020 - Article

On les imagine insouciants, voire fêtards et irresponsables. Comment les jeunes vivent-ils la crise sanitaire en Allemagne ? Selon une vaste étude, ils respectent les mesures barrière autant que le reste de la population. Mais ils sont fort affectés par la crise.

La pandémie de COVID-19 déferle à nouveau sur l’Europe à un rythme inquiétant. Les contaminations ont souvent lieu lors de réunions amicales ou familiales, expliquent les épidémiologistes. On a vite fait de pointer du doigt les jeunes, décrits comme insouciants, fêtards, voire rebelles parce qu’ils sont moins touchés par le virus. Qu’en est-il réellement ? Comment les jeunes vivent-ils cette crise ? Une vaste enquête de la Fondation TUI apporte pour la première fois des réponses. Elles vont pour partie à l’encontre de l’impression générale.

Fausse impression d’insouciance, vraie souffrance

Les jeunes sont tout aussi respectueux des mesures barrière que leurs aînés, nous apprennent les sondeurs. 83 % des 16-26 ans les appliquent « totalement ou très largement », 2 % « pas du tout ». Ils le font principalement pour « protéger les autres » (89 %), pour « préserver leur propre santé » (79 %) et, dans une moindre mesure, « par peur des sanctions » (61 %). Ils n’y voient rien à redire, au contraire. 52 % les jugent « appropriées », 23 % « insuffisantes » et seulement 25 % « excessives ».1.011 jeunes ont répondu à l’enquête, réalisée au mois de septembre par l’institut You Gov.

« Les jeunes sont manifestement plus solidaires face à cette situation exceptionnelle qu’il n’apparaît dans le débat public », souligne Elke Hlawatschek, diretrice de la Fondation TUI. « Les images de ‘Corona-Party’ ne correspondent pas à la réalité des chiffres. Nous devrions reconnaître et valoriser la contribution des jeunes à la lutte contre la pandémie. »

Pour les auteurs, c’est d’autant plus important que les jeunes subissent davantage qu’on ne l’imagine la situation actuelle. Rester à la maison est ce qui leur pèse le plus. Entre 16 et 26 ans, un jeune sur cinq dit souffrir de devoir suivre les cours à la maison ou télétravailler. C’est même le cas de près d’un jeune sur trois (29 %) dans la tranche des 16-20 ans. Les adultes de plus de 27 ans, en revanche, ne sont que 6 % à trouver cette situation pénible.

La fermeture des centres sportifs et des restaurants ajoute un poids supplémentaire pour 40 % des 16-26 ans (35 % chez les 27 ans et plus). En revanche, les jeunes souffrent un peu moins que leurs aînés de la réduction des contacts sociaux (42 % des 16-26 ans en souffrent contre 52 % des 27 ans et plus) et des restrictions aux voyages (32 % / 36 %).

Eviter d’attiser le conflit des générations

L’enquête montre, par ailleurs, que la crise sanitaire a renforcé la perception d’un conflit des générations entre les jeunes et leurs aînés. 48 % des jeunes Allemands estimaient en septembre 2020 que les responsables politiques servaient surtout les intérêts des générations plus âgées. C’est 4 % de plus qu’en janvier 2020, date d’une première enquête de la Fondation TUI réalisée auprès de 6.000 jeunes dans plusieurs pays européens.

Ce conflit latent était déjà nettement plus marqué en Allemagne qu’en France ou en Espagne avant l’arrivée du virus. En janvier 2020, 21 % des Espagnols et 15 % des Français ne voyaient « aucun conflit des générations ». Ils n’étaient que 4 % en Allemagne. A l’inverse, 54 % des sondés observaient un tel conflit en Allemagne, contre 43 % en moyenne dans les autres pays envisagés.

« On ne peut que mettre en garde contre toute mise en concurrence entre les générations », face à cette crise, met en garde le politologue Marcus Spittler, qui a accompagné la réalisation de l’enquête sur le plan scientifique. « Les jeunes adultes font aujourd’hui leurs expériences de la socialisation les plus marquantes. Ils vont être durablement affectés par la pandémie. »

L’enquête, qui porte aussi sur le sentiment européen des jeunes, livre par ailleurs d’autres conclusions intéressantes quant à leurs préoccupations politiques. Elle révèle que le coronavirus n’a en rien détrôné aux yeux des 16-26 ans les grands enjeux du présent que sont la préservation du climat (51 % des sondés en septembre 2020) et la question de l’asile et des migrations (45 %).

En revanche, la crise sanitaire a attisé leur soif d’une Europe plus intégrée. La proportion de jeunes Allemands souhaitant voir se renforcer les liens avec les autres pays européens est passée de 40 % à 48 % entre 2017 et septembre 2020. Un chiffre suffit à résumer leur état d’esprit : 35 % approuvent le fait que l’Europe s’endette pour faire face aux conséquences de la crise, 14 % le désapprouvent.

A.L.

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