Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

A Berlin, les migrations forcées d’hier à aujourd’hui

Un Centre de documentation sur « l’exode, l’expulsion et la réconciliation » s'apprête à ouvrir ses portes à Berlin

Un Centre de documentation sur « l’exode, l’expulsion et la réconciliation » s'apprête à ouvrir ses portes à Berlin, © dpa

22.06.2021 - Article

Angela Merkel a inauguré hier à Berlin un centre de documentation sur les migrations forcées. Il éclaire l’histoire des Allemands expulsés d’Europe de l’Est à la fin de la dictature nazie et jette des ponts jusqu’aux exodes contemporains.

C’est un projet qui était en germe depuis plus de vingt ans. Sa réalisation a fait l’objet d’âpres débats publics pendant de longues années en Allemagne et en Europe centrale. Mercredi 23 juin, un centre de documentation sur l’expulsion des Allemands d’Europe de l’Est à la fin de la dictature nazie ouvrira ses portes dans le centre de Berlin. Il est baptisé Centre sur « l’exode, l’expulsion et la réconciliation » et a été inauguré lundi par la chancelière Angela Merkel. Il retrace l’histoire des migrations forcées jusqu’à nos jours dans une perspective volontairement large.

Un chapitre méconnu

Janvier 1946. Réfugiés allemands fuyant les territoires de l’Est (aujourd'hui situés principalement en Pologne et en République tchèque)
Janvier 1946. Réfugiés allemands fuyant les territoires de l’Est (aujourd'hui situés principalement en Pologne et en République tchèque)© picture alliance / akg-images | akg-images

Ce nouveau venu parmi les lieux de commémoration berlinois éclaire un chapitre assez méconnu de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Au crépuscule de la dictature nazie, entre 12 et 14 millions d’Allemands ont été expulsés des territoires de l’Est où vivaient de longue date d’importantes minorités allemandes. Ces territoires (Poméranie, Prusse, Silésie, Sudètes, etc.) sont aujourd’hui principalement situés en Pologne et en République tchèque, mais ils s’étendent jusqu’en Russie.

Ces expulsions ont été l’un des plus vastes déplacements forcés de population de la fin du second conflit mondial. Outre le traumatisme pour les familles, elles ont confronté la jeune République fédérale et la RDA à un défi gigantesque : intégrer ces millions de réfugiés en peu de temps, dans des pays dévastés à tous égards.

Eclipsé par les atrocités nazies et par la Shoah, ce chapitre est resté tabou jusqu’en 1990. Au moment de la Réunification, l’idée a germé au sein de la Fédération des expulsés (Bund der Vertriebenen, BdV) d’honorer dans le concert de la mémoire collective la souffrance de ces personnes déplacées. En 1999, un Centre contre les expulsions a vu le jour à Berlin sous la houlette de la présidente du BdV, Erika Steinbach. En 2008, le Bundestag a approuvé la création d’« un signe visible » contre les expulsions dans la capitale.

Débats et perspectives actuelles

La décision des parlementaires a ouvert la voie à l’institution qui voit le jour. Cependant, l’idée de créer un lieu qui honore les victimes allemandes de la guerre ayant, dès l’origine, alimenté un vif débat dans l’opinion publique en Allemagne et dans les pays d’Europe de l’Est, il a fallu éviter un écueil majeur : celui qui aurait consisté à honorer les victimes allemandes de manière unilatérale.

La conception de ce nouveau « lieu de pédagogie et de mémoire » a répondu à l’enjeu en se plaçant sous le signe de la « réconciliation ». L’exposition permanente met au centre l’expérience de l’exode et de l’expulsion, ainsi que ses causes : les guerres et les conflits armés. Elle rappelle ainsi clairement que l’Allemagne est à l’origine de la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, elle élargit l’horizon en présentant l’histoire des migrations forcées dans une perspective mondiale au XXe et au XXIe siècle.

Au total, près de 700 objets répartis sur deux étages et 1.300 m2 donnent la parole aux réfugiés allemands d’Europe de l’Est. Ils empêchent que la disparition des témoins ne rompe le fil de la mémoire. Simultanément, le regard se tourne vers le présent et l’avenir. Le sort des Allemands expulsés de Silésie trouve un écho actuel dans la fuite des réfugiés du Myanmar ou dans la quête des Syriens fuyant la guerre civile pour rejoindre l’Europe. Chacun se voit invité à s’interroger sur ce qu’est une patrie, un lieu où l’on se sent chez soi.

C’est « un devoir pour l’ensemble de la société d’entretenir une politique mémorielle vivante, en particulier à destination des jeunes générations qui n’auront plus le privilège de parler avec les témoins directs », a souligné la chancelière Angela Merkel lors de l’inauguration. Par ailleurs, nous vivons aussi à une époque où « le nombre de personnes déplacées à travers le monde est plus élevé que jamais ».

Le centre de documentation sur « l’exode, l’expulsion et la réconciliation » jette ainsi des ponts qui relient l’Humanité, celle d’hier et celle d’aujourd’hui. Et son adresse parle pour lui : il est situé à un jet de pierre du mémorial Topographie de la terreur et du futur Musée de l’exil.

A.L.

Plus d’informations :

Office de presse et d'information du gouvernement fédéral (en allemand)

Discours de la chancelière Angela Merkel (texte en allemand)

Journée de commémoration (en allemand)

Déclaration de la ministre adjointe à la Culture, Monika Grütters (en allemand)

Retour en haut de page