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L’Allemagne rend hommage aux travailleurs immigrés de la première heure

La chancelière Angela Merkel a rendu hommage cette semaine aux travailleurs immigrés de la première heure en remettant le Prix Talisman de l’intégration

La chancelière Angela Merkel a rendu hommage cette semaine aux travailleurs immigrés de la première heure en remettant le Prix Talisman de l’intégration, © Gouvernement fédéral/ Denzel

03.09.2021 - Article

Ils étaient venus pour un an, deux ans. Et beaucoup sont restés. Dans des conditions difficiles, les premiers «  Gastarbeiter », italiens, espagnols ou turcs, ont contribué à la prospérité de la République fédérale. Cette semaine, l’Allemagne leur a rendu hommage.

Le 30 octobre 1961 était signé près de Bonn l’accord germano-turc de recrutement de main-d’œuvre. Soixante ans plus tard, la chancelière Angela Merkel a rendu hommage cette semaine à Berlin aux milliers de travailleurs immigrés (Gastarbeiter) de la première heure. Ils ont contribué au « miracle économique » et à la prospérité de l’Allemagne. Ils ont ouvert la voie de la réussite à la génération suivante au sein de la société allemande. Quatre d’entre eux ont reçu, en présence de leurs enfants, le Talisman de l’intégration. Un prix qui honore leur parcours de vie. Mais aussi, à travers eux, la contribution de l’ensemble des travailleurs immigrés.

Des conditions difficiles pour les premiers « Gastarbeiter  »

Travailleurs immigrés à Remscheid, dans la Ruhr, lisant le journal « Remscheider Generalanzeiger » en 1965
Travailleurs immigrés à Remscheid, dans la Ruhr, lisant le journal « Remscheider Generalanzeiger » en 1965© picture-alliance/ dpa | DB Wolfgang Weihs

Les choses n’ont pas été faciles pour les premiers arrivés en Allemagne, a déclaré la chancelière. Dans les années 1960, la politique d’intégration, avec ses classes d’assimilation à la société civile, ses cours de langue et ses services de conseil, n’existait pas. L’Allemagne ne se considérait pas comme une terre d’immigration. Ce sont les entreprises et les syndicats qui ont été les moteurs de l’intégration. Les travailleurs immigrés occupaient des milliers d’emplois peu ou non qualifiés dans l’agriculture, le bâtiment, la sidérurgie, l’automobile ou encore l’industrie minière. Ils ne menaient pas une vie facile : ils parlaient peu l’allemand et étaient logés dans des baraquements, loin de leurs familles. Le regroupement familial, qui sera facilité dans les années 1970, était alors interdit.

Reconnaissance

La tâche accomplie par la première génération d’immigrants était « herculéenne », a souligné Annette Widmann-Mauz, déléguée du gouvernement à l’Intégration. Elle leur vaut aujourd’hui « tout notre respect et toute notre reconnaissance ». Car malgré les difficultés, les immigrants, leurs enfants et leurs petits-enfants ont contribué à faire de l’Allemagne un pays prospère au cœur de l’Europe. « Ces femmes et ces hommes, arrivés avec juste une valise, ont travaillé dur et contribué à faire de l’Allemagne la puissance économique européenne qu’elle est aujourd’hui », a-t-elle déclaré.

La Turquie, où régnait un chômage important, n’était pas le premier pays à signer un accord de recrutement avec la République fédérale. L’Italie avait ouvert la voie en 1955. Manquant de bras pour faire tourner ses usines en plein « miracle économique », l’Allemagne a signé dans les années 1950 et 1960 des accords de recrutement de main-d’œuvre avec la Grèce, l’Espagne, la Turquie, le Maroc, le Portugal, la Tunisie, l’ex-Yougoslavie et, pour la RDA, avec la Pologne, la Hongrie, le Vietnam, Cuba, l’Angola et le Mozambique. Des milliers de « travailleurs invités » ont ainsi pris le chemin du nord, jusqu’à ce que le premier choc pétrolier pousse les autorités à donner un coup d’arrêt en 1973.

L’accord germano-turc n’envisageait pas une immigration pérenne des travailleurs : la durée de séjour était plafonnée à deux ans, et l’accord prévoyait un système de rotation. Cependant, les Turcs étaient appréciés car ils représentaient une main-d’œuvre efficace, travailleuse et docile, qui ne faisait planer aucune menace syndicale. À la demande du patronat, le plafonnement de la durée de séjour fut abrogée dès 1964.
Les recrutements étaient organisés par l’Agence fédérale pour l’emploi. Le nombre de Gastarbeiter turcs n’augmenta que progressivement pour s’accélérer au début des années 1970. En 1973, lorsque le gouvernement allemand mit fin au recrutement sur fond de choc pétrolier et de crise économique, la République fédérale comptait 894 000 Turcs. Dans les années 1970, le regroupement familial permit à leurs épouses et à leurs enfants d’immigrer à leur tour en Allemagne. Et près d’un million d’enfants sont ensuite nés de parents turcs sur le sol allemand.

Aujourd’hui, à la deuxième ou troisième génération, les descendants de ces pionniers sont nombreux à occuper des situations en vue dans la société allemande. On trouve parmi aux le cinéaste Fatih Akin, le footballeur Mesut Özil, le responsable politique Cem Özdemir ou la sociologue Nikla Kelek.

A.L.

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