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« Nous sommes le peuple »

Des affiches de 1989 au Deutsches Historisches Museum à Berlin

Des affiches de 1989 au Deutsches Historisches Museum à Berlin, © picture-alliance

29.09.2021 - Article

Ce slogan de la révolution pacifique de 1989, qui a ouvert la voie à la réunification, était un appel contre la division et pour la non-violence.

La chute du Mur le 9 novembre 1989 à Berlin – et, ainsi, la suppression d’une frontière qui divisait l’Allemagne depuis 40 ans– est la conséquence de la révolution pacifique qui l’a précédée. À l’époque, personne ne parlait de « révolution pacifique », cette expression n’est apparue que plus tard pour qualifier les protestations, les manifestations et la vague d’émigration qu’a connues la RDA. Leur issue était alors incertaine. La RDA était une dictature dotée de l’un des plus importants appareils sécuritaires au monde et prête à riposter. La résistance, l’opposition, la simple critique de la situation à l’école, à l’université ou en entreprise provoquait des répressions en tous genres : emprisonnement, condamnations, obligation de quitter le pays ou opposition aux études choisies par les jeunes, limitations des déplacements au sein du bloc soviétique et même délivrance de nouvelles cartes d’identité appelées « PM12 » limitant les déplacements en RDA même.

Une révolution sans violence

« Freiheit » (Liberté) était la grande revendication de la manifestation du lundi le 9 octobre 1989 à Leipzig qui est restée dans l’Histoire
«  Freiheit  » (Liberté) était la grande revendication de la manifestation du lundi le 9 octobre 1989 à Leipzig qui est restée dans l’Histoire© picture-alliance / dpa

Or, avec la révolution pacifique, tous les instruments de répression de l’État est-allemand perdent leur caractère terrifiant, car les acteurs eux-mêmes évitent toute violence. Les mouvements indépendants en faveur de la paix, des droits des femmes, de l’environnement ou de la démocratie, nés en marge des églises protestantes au début des années 1980, acquièrent ainsi une puissance et une légitimité presque irrésistibles. Le fondement de notre société actuelle est ainsi posé notamment à Leipzig en 1989. Le 9 octobre, plus de 100.000 personnes y descendent dans la rue. Les premières tentatives de manifestation, conduites par des jeunes qui organisaient des prières pour la paix dans l’église Saint-Nicolas, ont lieu dès le 4 septembre, avec des banderoles proclamant : « Pour un pays ouvert avec des habitants libres ».

Le 9 octobre, ce groupe de jeunes distribue 30.000 tracts imprimés secrètement avec un slogan en gras :« Wir sind das Volk  » (« Nous sommes le peuple »). Ce n’est pas là un appel à la réunification. Il s’adresse aux policiers et aux groupes de lutte ouvriers pour leur faire comprendre qu’ils sont tous dans le même bateau, à Leipzig comme dans tout le pays, qu’ils peuvent être amenés à affronter leurs enfants, leurs parents et leurs voisins. Le tract stipule : « La violence parmi nous provoque des blessures qui saigneront éternellement. C’est à nous aujourd’hui d’éviter une escalade de la violence. Notre avenir en dépend. »

La « cloche de la liberté » installée à Leipzig le 9 octobre 2009 et sonne douze coups chaque lundi à 18h35 en souvenir du 9 octobre 1989
La « cloche de la liberté » installée à Leipzig le 9 octobre 2009 et sonne douze coups chaque lundi à 18h35 en souvenir du 9 octobre 1989© picture-alliance/ dpa

On s’est souvent demandé comment le slogan «  Wir sind das Volk! » est né. Car lorsque l’immense foule envahit le périphérique de Leipzig, les premiers cris qui retentissent sont « Rejoignez-nous ! Rejoignez-nous ! ». Une jeune fille de 18 ans, Kathrin Walther, se tient alors cachée derrière le vitrail d’une église et écrit les slogans criés. Sur le clocher, deux autres jeunes filment la manifestation et leur film fera le tour du monde. Les manifestants clament alors « Nous ne sommes pas des hooligans  », ce dont ils étaient accusés – ainsi que d’être des éléments criminels – par tous les journaux du parti unique, le SED.

Manifestation devant le siège de la Stasi à Leipzig

La situation devient explosive lorsque les manifestants de Leipzig passent devant le siège de la Stasi. Le slogan « Nous ne sommes pas des hooligans  » se transforme alors en « Wir sind das Volk! ». Il ne s’agit pas d’exclure mais de faire tomber les murs de la division au sein de la population est-allemande. Le slogan « Wir sind das Volk! » est toujours suivi de « Keine Gewalt! » (« Pas de violence »). Les mouvements anti-démocratiques qui s’emparent aujourd’hui de ce slogan sont donc à l’opposé des idées de la révolution pacifique de 1989 qui reprenait d’une certaine manière les revendications de liberté de réunion, de liberté de la presse et d’autres libertés exprimées par la révolution allemande de 1848, révolution qui a échoué.

 Peter Wensierski est journaliste, écrivain et documentariste.
© www.deutschland.de

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