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À Philippsburg, la fin d’une ère

La centrale nucléaire allemande de Philippsburg, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière française, fermera définitivement ses portes le 31 décembre prochain

La centrale nucléaire allemande de Philippsburg, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière française, fermera définitivement ses portes le 31 décembre prochain, © dpa

10.12.2019 - Article

Non loin de la frontière française, la centrale nucléaire allemande de Philippsburg fermera ses portes à la fin de l’année. L’Allemagne ne comptera alors plus que six réacteurs en activité.

C’est un îlot sur le Rhin, situé à une cinquantaine de kilomètres de la frontière française, à 110 km de Strasbourg. Depuis 40 ans, on y produit chaque année des milliards de khW électriques. La centrale de Philippsburg, installée sur ses rives, est l’une des dernières centrales nucléaires allemandes en activité. Mais cette ère est sur le point de prendre fin. Le premier réacteur de la centrale, exploité de 1979 à 2011, est en cours de démantèlement. Et le second, exploité depuis 1985, suivra le même chemin à partir du 31 décembre prochain.

Ce qui se déroule à Philippsburg en ce mois de décembre préfigure ce qui doit se passer à l’échelle de l’Allemagne d’ici à la fin de l’année 2022 : la sortie définitive du nucléaire. Philippsburg II, avec ses 1.468 MW de capacité de production, est dans la moyenne des sept réacteurs allemands encore en activité. Il a produit 11 milliards de KWh en 2018, selon le ministère allemand de l’Économie et de l’Énergie. Cela correspond à plus de la moitié des besoins électriques des foyers du Bade-Wurtemberg, et à un sixième des besoins électriques du land. Neuf millions de tonnes équivalent CO2 sont économisées chaque année.

Mais en Allemagne, le nucléaire n’a jamais eu bonne presse. En 2011, après la catastrophe de Fukushima, le pays a préféré lui tourner définitivement le dos. Des sources d’énergie plus propres, et moins dangereuses sont désormais disponibles, comme les énergies renouvelables, a-t-on souligné à l’époque. Ces dernières ont représenté en 2018 près de 35 % de la production brute d’électricité, contre un peu plus de 35 % pour le charbon, 12,9 % pour le gaz naturel et 11,8% pour le nucléaire. En termes de capacités, le nucléaire ne représente plus que 4 % des capacités allemandes, contre 52 % pour les énergies renouvelables (éolien et solaire en tête).

De fait, en 2020, lorsque Philippsburg II aura fermé ses portes, l’Allemagne ne comptera plus que six réacteurs nucléaires au lieu de 17 en 2011. Ils sont situés soit dans l’extrême nord du pays (Grohnde et Emsland en Basse-Saxe, Brokdorf dans le Schleswig-Holstein), soit dans le sud du pays, en Bavière (Gundremmingen C, Isar II) ou dans le Bade-Wurtemebrg (Neckarwestheim II). Ils produisent entre 10.000 et 12.000 GWh par an. Construits entre 1984 et 1989, ils s’éteindront pour moitié en 2021, et pour moitié en 2022.

Dix des 17 réacteurs que l’Allemagne comptait en 2011 sont déjà en phase de démantèlement, comme ici dans l’ancienne centrale de Brunsbüttel, sur l’Elbe, dans le nord de l’Allemagne
Dix des 17 réacteurs que l’Allemagne comptait en 2011 sont déjà en phase de démantèlement, comme ici dans l’ancienne centrale de Brunsbüttel, sur l’Elbe, dans le nord de l’Allemagne© dpa

Commencera alors, comme à Philippsburg, la phase de démantèlement. Sa mise en œuvre est du ressort de l’exploitant, selon le principe du « pollueur-payeur ». Elle peut prendre plusieurs années, voire plusieurs décennies. Le « désossement » se fait de l’extérieur vers l’intérieur, en commençant par les éléments les moins radioactifs pour arriver progressivement au cœur du réacteur. Les matières radioactives une fois ôtés, sont stockées, d’abord dans un site transitoire. Elles rejoindront plus tard un lieu définitif.

Un lieu encore inconnu. C’est, en effet, l’une des questions à régler dans le processus de sortie du nucléaire en Allemagne. En 2017, le Bundestag a entériné une loi qui prévoit la recherche « ouverte, transparente et sur des bases scientifiques » d’un site adéquat pour le stockage définitif d’ici à 2031. Aucune région d’Allemagne n’est exclue a priori. Le stockage sur le site choisi devra commencer en 2050.

A.L.

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