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Où en est le tournant énergétique allemand ?

Les énergies renouvelables ont fourni 42% de l'électricité consommée en Allemagne en 2019. C'est plus que l'objectif qui avait été fixé pour 2020 (35%).

Les énergies renouvelables ont fourni 42% de l'électricité consommée en Allemagne en 2019. C'est plus que l'objectif qui avait été fixé pour 2020 (35%)., © (c) picture alliance / ZB | Patrick Pleul

08.02.2021 - Article

Le ministère allemand de l’Economie et de l’Energie a présenté il y a quelques jours son 8e Rapport de surveillance sur le tournant énergétique. Les énergies renouvelables restent le moteur de la transition et les transports son point Noir.

Une économie neutre en carbone à l’horizon 2050 : c’est l’objectif européen. Mais comment y parvenir ? En Allemagne, le gouvernement a lancé dès 2011 son « tournant énergétique » (Energiewende). Au programme : énergies renouvelables, moindre consommation grâce meilleure efficacité énergétique, sortie du nucléaire fin 2022 et du charbon en 2038 au plus tard. Où en est-on dix ans plus tard ? Il y a quelques jours, le ministère allemand de l’Economie et de l’Energie a publié son 8e Rapport de surveillance de la transition. Il passe au peigne fin les évolutions en 2018 et 2019 et dresse un constat : si le chantier progresse dans la plupart des domaines, les transports demeurent un point noir.

Moins d’émissions de CO2

Premier enseignement : les émissions allemandes de CO2 baissent d’année en année. Le rapport constate une réduction de 5,4% en 2019. Cela représente une baisse cumulée de 35,1% depuis 1990. La tendance devrait se poursuivre en 2020, et même s’accélérer à la faveur de la pandémie. Le ministère de l’Energie ne dispose pas encore de chiffres définitifs. Mais il entrevoit la possibilité que les émissions allemandes aient été ramenées à un niveau inférieur de plus de 40% à celui de 1990. Contre toute attente, l’Allemagne pourrait ainsi dépasser son objectif pour 2020 (-40%).

L’énergie renouvelable a le vent en poupe

Duisburg, dans la Ruhr. L'Allemagne doit redoubler d'efforts pour réduire son empreinte carbone dans le domaine des transports, révèle le rapport du ministère de l'Economie et de l'Energie sur le tournant énergétique.
Duisburg, dans la Ruhr. L'Allemagne doit redoubler d'efforts pour réduire son empreinte carbone dans le domaine des transports, révèle le rapport du ministère de l'Economie et de l'Energie sur le tournant énergétique.© (c) picture alliance / ZB | Patrick Pleul

Deuxième enseignement : l’expansion des énergies renouvelables demeure le moteur de cette évolution. Le vent et le soleil ont fourni 42% de l’électricité consommée en Allemagne en 2019. Et ils continuent à progresser dans le bouquet électrique allemand. Le chiffre pourrait grimper jusqu’à 46% en 2020, selon le ministère de l’Energie.

L’Allemagne a ainsi plus que dépassé ses objectifs (40 à 45% d’électricité renouvelable à l’horizon 2025). L’éolien terrestre et offshore fournit à lui seul plus de la moitié cette électricité d’origine renouvelable (52% en 2019). Il se substitue de plus en plus, aux côtés du solaire photovoltaïque, lui aussi en progression, à l’électricité produite dans les centrales au charbon.

Troisième enseignement : les économies d’énergie, une autre clé de la transition, progressent. L’Allemagne a réduit sa consommation d’énergie de 2,6% en 2019 et de 1% par an en moyenne entre 2008 et 2019. De 1990 à 2020, la baisse atteint 33%, selon l’Office allemand pour l’environnement. L’Allemagne a ainsi ramené sa consommation d’énergie à son plus bas niveau depuis le début des années 1970. Mais ce n’est pas totalement suffisant pour remplir les objectifs fixés (-20% entre 2008 et 2020).

Quatrième enseignement : ce demi-succès est sans doute dû au retard pris par certains secteurs. Le bâtiment a réduit sa consommation d’énergie de seulement 1% par an depuis 2008. Il n’atteindra pas l’objectif fixé d’une baisse de 20%. Mais les choses évoluent toutefois dans le bon sens puisque le secteur a réduit sa consommation de 4,2% en 2019.

La nouvelle frontière : accélérer la transition dans les transports

En revanche, le tableau est plus sombre dans le secteur des transports, où la consommation d’énergie continue d’augmenter. Elle s’est accrue de 1,1% en 2019 et de 7,2% entre 2005 et 2019, reléguant très loin l’objectif d’une baisse de 10% entre 2008 et 2020.

« D’importants efforts restent à faire pour inverser la vapeur aussi vite que possible », souligne le ministère allemand des Transports. Berlin mise sur la diffusion des véhicules électriques, les carburants alternatifs et le renforcement des transports en commun, en particulier du rail.

Parmi les solutions en gestation, l’hydrogène « vert » (produit par électrolyse de l’eau à partir de sources d’énergie renouvelables) suscite actuellement les plus grands espoirs. Il est capable de produire de l’électricité, de fournir du carburant et de servir de matière première dans l’industrie sans générer d’émissions de CO2. Il est en train de s’imposer en Allemagne et en Europe comme l’un des piliers du tournant énergétique. Et s’il reste pour le moment une technologie chère, l’Allemagne a décidé en 2020 d’investir massivement pour en devenir l’un des leaders mondiaux.

Berlin a, par ailleurs, adopté en 2019 une série de lois qui accélèrent le virage de la décarbonisation. Elles organisent la sortie du charbon à l’horizon 2038 et renforcent la protection climatique dans les années à venir. Elles contiennent des dispositions clés telles que la création d’un marché de permis d’émissions de CO2. Ce dispositif fixera un prix national du CO2 dans les secteurs qui n’y sont pas soumis dans le cadre du système européen ETS (transports et bâtiment, notamment). 

De la croissance et des emplois

Dernier enseignement du rapport : ces bouleversements ne fragilisent pas le système énergétique allemand, ni l’économie. « L’approvisionnement électrique est sûr, y compris dans la perspective de la sortie du nucléaire et du charbon », affirme le rapport. Les mesures gouvernementales s’efforcent, par ailleurs, de stabiliser, voire de réduire le surcoût sur la facture d’électricité des ménages (6,76 centimes d’euros par kW/h en 2020). Et les investissements massifs consentis dans la transition énergétique au titre du plan de relance allemand devraient générer un élan de croissance et des créations d’emplois.

A.L.

Plud d'informations:
Ministère allemand de l'Economie et de l'Energie (en allemand)





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