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Le kérosène vert prend son envol en Allemagne

Le transport aérien appelé à effectuer son virage vert dans les prochaines années

Flughafen Frankfurt Rhein-Main. Frankfurt Airport. Eine Boeing 747-8, der Fluggesellschaft Lufthansa, mit Beinamen Thüringen, startet in Richtung Osten., © picture alliance / Wolfgang Minich | Wolfgang Minich

13.10.2021 - Article

C’est un pas important pour espérer « verdir » le transport aérien : un site de production de kérosène synthétique neutre en carbone vient d’être inauguré à Werlte, en Basse-Saxe. Une première mondiale.

Il génère 3 % à 4 % des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Mais avec une activité en forte croissance avant la pandémie, le transport aérien aura un rôle majeur à jouer pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2045. En quête d’un virage vert, il peut toutefois miser sur de nouveaux carburants. L’hydrogène cristallise beaucoup d’espoirs. Et déjà, l’ambition de produire un kérosène neutre en carbone n’est plus un rêve. Il y a quelques jours, un site de production unique au monde a été inauguré à Werlte, en Basse-Saxe (nord de l’Allemagne).

L’usine produit à l’échelle industrielle un kérosène de synthèse totalement neutre en carbone. Elle utilise de l’eau et de l’électricité verte, issue des éoliennes alentour. À cela s’ajoutent du CO2 produit par un méthaniseur à partir de déchets ménagers, ainsi que le CO2 de l’air ambiant. Le kérosène est ensuite raffiné, puis livré à l’aéroport de Hambourg. La compagnie aérienne allemande Lufthansa s’est engagée à en acheter au moins 25 000 litres par an au cours des cinq prochaines années.

Une piste prometteuse pour réconcilier le transport aérien et le climat

Les défenseurs de l’environnement, à l’instar de Greenpeace, applaudissent le projet. La production de kérosène à Werlte n’accapare pas de terres agricoles pour la production de colza ou de tournesol, souligne, en effet, Dietrich Brockhagen, directeur de l’organisation de défense de l’environnement Atmosfair, exploitant de l’installation. Elle ne prélève pas non plus de courant vert sur le marché de l’électricité : le courant utilisé pour l’électrolyse vient d’un parc éolien ancien, sorti du mécanisme public de subventions aux énergies renouvelables.

Inauguration d’une usine de kérosène de synthèse neutre en carbone à Werlte, en Basse-Saxe
Inauguration d’une usine de kérosène de synthèse neutre en carbone à Werlte, en Basse-Saxe© picture alliance/dpa | Sina Schuldt

Un enthousiasme identique saisit les responsables politiques. Les carburants « Power-to-Liquid  » (PtL - selon le nom technique de la technologie utilisée à Werlte) représentent une opportunité majeure pour l’économie, assure la ministre allemande de l’Environnement, Svenja Schulze. « Si nous montrons que cette technologie fonctionne, cela créera de nouvelles perspectives d’exportation pour les constructeurs d’installations ».

Cela impliquera toutefois d’accroître la production d’électricité d’origine renouvelable, ajoute-t-elle. « Dire oui à l’hydrogène vert (produit à partir d’électricité d’origine renouvelable), c’est dire oui à l’électricité éolienne et solaire ».

Opportunités et contraintes économiques

À Werlte, Atmosfair prévoit de démarrer l’activité à l’échelle industrielle au premier semestre 2022. L’usine produira huit barils de kérosène par jour, soit 300 tonnes par an. C’est un début. Et « un signal important », souligne la chancelière Angela Merkel. Néanmoins, il faudra par la suite réussir à baisser les coûts et à augmenter les capacités de production, ajoute-t-elle. D’ici à 2030, le gouvernement allemand vise la production de 200 000 tonnes de kérosène vert par an.

L’objectif des autorités est de satisfaire aux exigences de l’Accord de Paris sur le climat, qui prévoit de limiter le réchauffement global à moins de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. À partir de 2026, l’Allemagne imposera aux compagnies aériennes le mélange d’au moins 0,5 % de biocarburant PtL dans le kérosène. Cela représente un volume de 50 000 tonnes par an. Le seuil passera à 2 % à partir de 2030.

La poussée du kérosène PtL suffira-t-elle à faire décoller un nouveau transport aérien non polluant ? On peut l’espérer, mais ce n’est pas le cas, tempère Greenpeace. Les émissions de CO2 ne représentent qu’environ le tiers des dommages écologiques liés à l’aviation. Les deux tiers restants sont liés aux traînées de condensation ainsi qu’aux émissions de particules fines et d’oxyde d’azote.
A.L.

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