Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

De retour du Pôle

Le navire brise-glace allemand Polarstern fonçant vers le Pôle Nord en août dernier. Témoins du réchauffement climatique, les icebergs ont disparu en ne laissant qu‘une fine couche de glace dont la faible épaisseur a surpris les chercheurs

Le navire brise-glace allemand Polarstern fonçant vers le Pôle Nord en août dernier. Témoins du réchauffement climatique, les icebergs ont disparu en ne laissant qu‘une fine couche de glace dont la faible épaisseur a surpris les chercheurs, © Alfred-Wegener-Institut

29.09.2020 - Article

Un an après son départ de Tromsø, en Norvège, la plus ambitieuse expédition scientifique jamais menée dans l’Océan Arctique a pris le chemin du retour. Elle doit livrer des données inédites sur le changement climatique. Retour sur une année riche en surprises.

L’impatience règne dans le port de Bremerhaven. Le 12 octobre prochain, le brise-glace allemand «  Polarstern » (litt. : « étoile polaire ») jettera l’ancre sur ses quais alignés en bordure de la mer du Nord. Il vient de quitter l’Océan Arctique avec, à son bord, une équipe de scientifiques de retour de la plus ambitieuse expédition jamais menée aux abords du Pôle nord. Baptisée MOSAIC, elle espère faire faire un saut quantique à la recherche sur le climat. L’entreprise s’est d’ores et déjà révélée riche en surprises.

La plus grande aventure scientifique de tous les temps en Arctique

Le Polarstern a quitté en septembre 2019 le port norvégien de Tromsø. Direction la mer de Sibérie, puis l’Océan Arctique. La stratégie des organisateurs de l’expédition était de se laisser emprisonner dans les glaces puis dériver, le navire arrimé à un iceberg.

L’explorateur norvégien Fridtjof Nansen avait ouvert la voie il y a 127 ans, à bord d’un navire doté d’une coque en bois. Le Polarstern, l’un des navires scientifiques les plus modernes au monde, pourvu d’une coque à double fond, devait faire encore mieux en passant sur place les mois d’hiver, dans le froid glacé de la nuit polaire.

L’expédition, avec ses dizaines de chercheurs de 17 pays et son budget de plus de 140 millions d’euros, était à tous points de vue celle de tous les records.

Défi logistique

A l’automne 2019, le Polarstern est arrivé comme prévu dans l’Océan Arctique. Les scientifiques ont commencé à effectuer des relevés en se concentrant sur cinq domaines : l’atmosphère, l’océan, la couverture de glace, l’écosystème et la biogéochimie. Ils se sont peu à peu acclimatés à l’obscurité et au froid polaire.

Mais au printemps est survenue l’épidémie de Covid-19. Or, malgré les milliers de kilomètres qui séparaient le Polarstern de la civilisation, elle a transformé l’expédition en un défi logistique.

La rotation des équipages n’a pas pu se dérouler comme prévu. Les navires de ravitaillement n’ont pas pu rejoindre le Polarstern, ou seulement avec retard. Et la fermeture partielle de l’aéroport du Spitzberg (Norvège) a empêché les avions d’assistance aux recherches de décoller. Les scientifiques avaient beau s’être préparés aux solitudes glacées de l’Arctique, le temps leur a parfois paru un peu long.

Vers de nouveaux enseignements sur le dérèglement climatiques ?

Les scientifiques de l’expédition MOSAIC ont travaillé pendant plusieurs mois dans le froid et la nuit polaires pour recueillir des données inédites sur le réchauffement climatique dans l’Arctique
Les scientifiques de l’expédition MOSAIC ont travaillé pendant plusieurs mois dans le froid et la nuit polaires pour recueillir des données inédites sur le réchauffement climatique dans l’Arctique© AWI via ZUMA Wire

Finalement, l’expédition a repris son cours normal. Le Polarstern a atteint le Pôle Nord comme prévu, le 19 août dernier. Mais une autre surprise attendait les équipages sur le chemin : il n’y avait presque plus d’icebergs à l’horizon. Seule une fine couche de glace recouvrait encore l’Océan. Six jours ont suffi pour atteindre le Pôle, alors qu’il fallait plusieurs semaines autrefois.

La superficie de la calotte glaciaire était, au mois de juillet, la plus réduite depuis le début des relevés, dans les années 1970, a entretemps confirmé l’Institut Alfred Wegener de recherches océanographiques de Bremerhaven. La côte sibérienne a été particulièrement touchée par cette fonte alors que la Sibérie enregistrait une canicule inédite.

Les enseignements qu’offrira cette expédition hors du commun ne s’en annoncent que plus passionnants. Ils émergeront dans un second temps. Mais les nombreux relevés effectués viendront sans aucun doute bousculer une science climatique encore lacunaire sur l’Arctique, faute de données. Ils permettront aux climatologues du monde entier d’affiner leurs modèles. Car l’Arctique est la région du monde qui se réchauffe le plus vite. Et, par sa nature même, c’est une région clé pour la compréhension du dérèglement climatique.

A.L.

Plus d’informations :

Site web de l’expédition (en anglais/allemand)
Institut Alfred Wegener : expédition MOSAIC (en allemand/anglais)

Retour en haut de page