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Prix Nobel : une bonne cuvée pour la science Allemande 

Le météorologiste allemand Klaus Hasselmann, pionnier de la modélisation du climat, est l'un des trois lauréats du Prix Nobel de physique 2021.

Le météorologiste allemand Klaus Hasselmann, pionnier de la modélisation du climat, est l'un des trois lauréats du Prix Nobel de physique 2021., © picture alliance/dpa | Daniel Reinhardt

08.10.2021 - Article

Deux Allemands ont décroché cette année un Prix Nobel, l’un en physique, l’autre en chimie. Le météorologiste Klaus Hasselmann est récompensé pour ses travaux sur la modélisation du climat, le chimiste Benjamin List pour une découverte utile à la recherche pharmaceutique. Portraits.

 « J’étais en train de lire le journal, et cet appel est arrivé. J’ai cru que je rêvais ». Klaus Hasselmann a eu la sensation d’un éclair au beau milieu d’une matinée calme quand l’Académie royale des Sciences de Suède l’a appelé, mardi. L’objet du message : le météorologiste allemand venait de se voir attribuer le Prix Nobel de physique. Pionnier de la science climatique, il est récompensé aux côtés l’Américano-japonais Syukuro Manabe  pour « la modélisation du climat de la Terre, pour en avoir quantifié la variabilité et prédit de façon fiable le réchauffement climatique ». Ils reçoivent la première moitié du prix. L’autre moitié revient à l’Italien Giorgio Parisi « pour la découverte de l’interaction du désordre et des fluctuations dans les systèmes physiques de l’échelle atomique planétaire ».

Klaus Hasselmann, père de la modélisation du climat 

À bientôt 90 ans, Klaus Hasselmann n’en est pas à sa première récompense prestigieuse. Ce scientifique né à Hambourg le 25 octobre 1931 a été élevé en Angleterre, où sa famille avait émigré en 1934. Il a étudié la physique et les mathématiques à Hambourg et à Göttingen au début des années 1950 puis, doctorat en poche, a débuté sa carrière en enseignant en Allemagne et aux États-Unis. Après sa thèse d’habilitation, il a été nommé professeur en 1966, puis directeur de l’Institut de géophysique de Hambourg. En 1975, il a finalement pris la direction de l’Institut Max Planck Institute de Météorologie de Hambourg, qu’il n’a quittée qu’à l’heure de la retraite, en 1999.

Météorologiste, climatologue et océanologue, il est reconnu comme l’un des pères des sciences climatiques. Dès les années 1960, il a cherché à dépasser la difficulté à laquelle les scientifiques se heurtaient quand ils voulaient comprendre le fonctionnement du climat : comment discerner des tendances globales derrière les fluctuations météorologiques qui agitent en permanence la surface du globe ? Klaus Hasselmann a développé des outils mathématiques pour ce faire. Il a réussi à intégrer les nombreux paramètres de ce système complexe (atmosphère, océans, etc.) et il a posé les jalons des premières modélisations du climat terrestre.

Les travaux de Klaus Hasselmann et de Syukuro Manabe ont aussi montré que la hausse de la température globale était liée à la quantité de dioxyde de carbone présente dans l’atmosphère.  Ils ont ainsi apporté la preuve que l’activité anthropique (humaine) agissait sur l’évolution du climat. Dès 1988, Klaus Hasselmann tirait ainsi la sonnette d’alarme : le monde s’achemine vers un changement climatique « irréversible » si rien n’est entrepris pour le contrer. « Dans 30 à 100 ans, selon la quantité d’énergie fossile que nous consommerons, nous ferons face à un changement climatique très significatif », expliquait-il. Son message est plus actuel que jamais à la veille de l’ouverture de la 26e conférence internationale sur le climat (COP26), le 31 octobre, à Glasgow (Ecosse).

Un outil précieux pour l’élaboration de molécules 

Le chimiste allemand Benjamin List partage le Prix Nobel de chimie 2021 avec un chercheur américain.
Le chimiste allemand Benjamin List partage le Prix Nobel de chimie 2021 avec un chercheur américain.© picture alliance/dpa | Federico Gambarini

A 53 ans, le chimiste Benjamin List ne s’attendait pas davantage à figurer sur la liste des lauréats du Prix Nobel en 2021. Attablé avec son épouse dans un café d’Amsterdam pour prendre son petit déjeuner, il a vu l’écran de son téléphone s’allumer et afficher « Sweden » (Suède). Il a d’abord cru à un canular. Mais au bout du fil, une voix lui a annoncé qu’il venait de remporter le Prix Nobel de chimie aux côtés de l’Américain David W.C. McMillan. Les deux chercheurs sont récompensés pour avoir découvert – séparément – un nouvel outil de construction des molécules : l’organocatalyse asymétrique.

Ils ont développé ce procédé aux débuts des années 2000. La chimie ne connaissait alors que deux types de catalyseurs pour piloter et accélérer les réactions chimiques : les enzymes et les métaux (souvent lourds ou précieux). Les deux chercheurs sont parvenus à en élaborer un troisième à partir de matériaux de petites molécules organiques. L’avantage de cette organocatalyse asymétrique : elle est plus respectueuse de l’environnement et moins onéreuse. Elle est ainsi devenue un outil prisé dans l’industrie, en particulier dans l’industrie pharmaceutique pour la fabrication de médicaments. « Le procédé est aussi simple qu’ingénieux », a commenté le président du comité Nobel, Johan Aquvist.

Originaire de Francfort-sur-le Main, Benjamin List dirige l’Institut Max Planck pour la recherche sur le charbon de Mülheim an der Ruhr depuis 2005. Dès l’enfance, il a eu l’envie de faire de la recherche. Il compte d’ailleurs deux éminents scientifiques parmi ses ancêtres : Jacob Volhard, son arrière-arrière grand-père, élève du pionnier de la chimie Justus von Liebig, et Christiane Nüsslein-Volhard, sa tante, biologiste et également lauréate du Prix Nobel. Pour autant, ce grand amateur de tennis, de bon vin et de yoga ne correspond en rien au cliché du professeur enfermé dans sa tour d’ivoire ou dans son laboratoire.

Les deux nouveaux Prix Nobel allemands ont reçu de nombreuses félicitations de leurs confères et de la classe politique allemande. Leurs récompenses soulignent une nouvelle fois l’excellence de la recherche allemande, et le creuset de talents que constituent, en particulier, les instituts Max Planck.

A.L.

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