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« Notre idée de l’éducation a fortement évolué »

Les compétences numériques et technologiques deviendront de plus en plus importantes, souligne Cornelia Daheim, présidente du Cercle d’avenir du ministère fédéral de l’Éducation

Les compétences numériques et technologiques deviendront de plus en plus importantes, souligne Cornelia Daheim, présidente du Cercle d’avenir du ministère fédéral de l’Éducation, © Arnd Drifte

01.02.2022 - Article

Donner dès à présent une orientation pour le monde de demain, telle est la mission de Cornelia Daheim, présidente du « Cercle d’avenir » (Zukunftskreis) du ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche. Dans le cadre d’un entretien, elle évoque les développements dans le secteur éducatif.

Cela fait plus de 20 ans que vous travaillez et effectuez des recherches sur l’avenir du travail, la durabilité et la transformation de la société. Quelles priorités voyez-vous pour l’avenir de l’éducation ?

Mme Daheim : C’est une bonne question à laquelle je m’intéresse sous une perspective bien particulière en tant que futurologue. J’étudie notamment la notion même d’éducation, car l’idée que nous en avons a fortement évolué. Cela vaut par exemple pour la manière dont nous utilisons les médias et pour les endroits où nous vivons l’éducation. Aujourd’hui, l’éducation a lieu de plus en plus souvent hors des établissements de formation classiques comme les écoles ou les universités. En même temps, d’autres formes d’éducation jouent également un rôle. La tendance va entre autres vers l’apprentissage autogéré. La « Peer 2 Peer University », par exemple, permet à des personnes de s’enseigner mutuellement des contenus pédagogiques et d’être à tour de rôle enseignant et apprenant. L’on a également de plus en plus recours aux cours en ligne gratuits.

En raison des nombreuses possibilités qu’offre la numérisation, les médias et formats éducatifs évoluent eux aussi.

Selon vous, quelles aptitudes et compétences vont jouer un rôle encore plus important à l’avenir ?

Mme Daheim : Je pense que, d’une part, les compétences numériques et technologiques deviendront de plus en plus importantes parce qu’elles pénètrent d’ores et déjà dans notre travail quotidien et dans la société. La durabilité est un autre aspect : du fait de la pression exercée par le changement climatique et de la transformation nécessaire de nos sociétés et économies, il nous faut en savoir beaucoup plus sur la manière de façonner et de mettre en œuvre durablement ce processus. La capacité à collaborer, à coopérer avec d’autres personnes va elle aussi gagner en importance. Car dans ce contexte d’innovation, les échanges entre les organisations seront de plus en plus nombreux. Ainsi, dans son métier, il ne sera par exemple plus possible de travailler uniquement avec les collaborateurs d’une seule entreprise, mais il faudra également communiquer avec d’autres personnes qui ont peut-être une approche tout à fait différente ou qui viennent d’horizons professionnels complètement différents. Ce principe du « new work  » (littéralement « nouveau travail »), dans le cadre duquel l’autogestion et la communication jouent aussi un rôle essentiel, occupe une place de plus en plus importante. Je suis d’avis qu’aujourd’hui, on sous-estime encore tout cela ; mais toutes ces capacités constituent des compétences-clés pour le monde de demain.

L’avenir de l’éducation est étroitement lié avec l’avenir du monde du travail. Quelle évolution et quel défi y voyez-vous ?

Mme Daheim : L’éducation, c’est quelque chose dont on a besoin d’une part pour soi-même, donc pour son développement personnel, mais aussi à des fins professionnelles. Par conséquent, on choisit souvent une formation en fonction de ce que le marché du travail « réclame ». En même temps, on constate dans le monde du travail une tendance à l’automatisation, à la robotique et à l’intelligence artificielle ; certaines composantes du travail sont « remplacées » ou évoluent, et la technologie pénètre dans de plus en plus de domaines professionnels. À cet égard, il faut bien évidemment se poser la question de ce que sont en fait les nouvelles capacités et exigences du monde de demain. Je pense – et c’est d’ailleurs ce que confirment de nombreuses études – que cela concernera de plus en plus les capacités « foncièrement humaines ». Il s’agit là moins d’une transmission classique du savoir, mais de capacités qui, pour l’instant, ne sauraient être remplacées par un algorithme, comme la capacité à éprouver de l’empathie, à résoudre des problèmes ou à formuler une pensée critique. À l’heure qu’il est, seuls les humains en sont capables.

C’est la raison pour laquelle ces compétences transversales jouent un rôle de plus en plus important, y compris au vu de l’évolution du marché du travail.

À quoi des interactions entre l’Homme et des aides techniques pourraient-elles ressembler dans un monde d’apprentissage numérisé ?

Mme Daheim : C’est un sujet absolument passionnant ; selon toute probabilité, les dix prochaines années connaîtront une évolution rapide étant donné la vitesse à laquelle les technologies se développent. Aujourd’hui, on s’imagine toujours un peu que l’on a besoin soit de livres ou de matériel sur papier, soit d’un ordinateur ou d’une tablette pour apprendre. Cependant, il est envisageable qu’à l’avenir, nous n’ayons plus toujours besoin d’un appareil ou d’un support séparé, mais que nous utilisions aussi d’autres outils comme la commande vocale pour, par exemple, nous rendre dans des salles d’apprentissage virtuelles. Des salles d’apprentissage dites « 3D », qui s’affichent pour qu’on puisse échanger et élaborer des contenus d’apprentissage en son sein, sont par ailleurs envisageables. Il s’agit donc d’une forme d’utilisation de la technologie beaucoup plus agréable, qui permet de travailler ensemble et de communiquer plus facilement et d’accéder plus facilement à divers médias d’apprentissage.

À cet égard, il est important de toujours prendre en considération certains aspects tels que l’accessibilité et l’inclusion dans le développement de technologies, surtout quand cela touche à l’éducation. La ligne directrice doit être que chacun et chacune ait un accès facile à l’éducation, tout au long de sa vie et dans toutes les situations de vie.

Quels sont les avantages de l’apprentissage numérique ? Et quelle place l’éducation aux médias occupe-t-elle selon vous dans ce contexte ?

Mme Daheim : Un monde d’apprentissage numérisé offre de nombreux avantages, comme des unités d’apprentissage individuelles auxquelles on peut accéder n’importe où et n’importe quand. Par ailleurs, on peut décider soi-même de sa méthode d’apprentissage. La numérisation permet à des personnes, parfois de différentes villes, de différentes régions voire même de différents pays, de se rencontrer et donc de découvrir des communautés ou des méthodes d’apprentissage entièrement nouvelles.

D’un autre côté, dans ce contexte, il convient également d’encourager une utilisation critique des médias. Comment bien évaluer les contenus et les propos présentés ? Des bonnes compétences médiatiques sont donc nécessaires. Par conséquent, je souhaite vivement que l’éducation soit également un sujet d’avenir dans le domaine de l’éducation aux médias.

© Gouvernement fédéral

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