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Climat : de l’abstraction à l’émotion

Installation „Leben im Wassertropfen“ („Vivre dans une goutte d‘eau“) exposée à Francfort dans le cadre de l‘exposition „Trees of Life“, jusqu‘au 19 janvier 2020.

Installation « Leben im Wassertropfen » (« Vivre dans une goutte d‘eau ») exposée à Francfort dans le cadre de l‘exposition « Trees of Life », jusqu‘au 19 janvier 2020., © picture Alliance/ Bernd Kammerer

05.12.2019 - Article

Démontrer la réalité du changement climatique est une chose. Faire changer les comportements en est une autre. Pourquoi ? Comment avancer ? C’est ce qu’explorent ensemble artistes et scientifiques au Kunstverein de Francfort.

C’est notre histoire à tous, hommes et femmes du XXIe siècle : le climat change. Vite. De rapports scientifiques en tempêtes dévastatrices, l’épée de Damoclès posée au-dessus de nos têtes se fait chaque jour plus tangible et plus tranchante. Tous sont informés ou l’ont constaté par eux-mêmes. Combien ont changé leur vie à la mesure de l‘enjeu ? Combien voudraient changer et n’y arrivent pas ? Combien sont découragés d’avance ? Et pourquoi une jeune fille de seize ans semble-t-elle avoir plus d’impact que des dizaines de rapports scientifiques ? C’est peut-être l’un des grands mystères de notre époque. Ou peut-être pas ? Telle est l’impression qui ressort d’une exposition présentée jusqu’au 19 janvier 2020 au Kunstverein de Francfort-sur-le-Main.

 

Le musée a eu l’idée originale de confronter deux visions pour sortir de l’impasse : celle des scientifiques et celles des artistes. Il a convié quatre plasticiens contemporains à réfléchir à la façon dont il est possible de traduire les données abstraites fournies par les scientifiques du climat en expérience sensible et en émotions. Les Autrichiens Sonja Bäumel et Edgar Honetschläger, le Suisse Dominique Koch et le groupe d’artistes néerlandais Studio Drift se sont livrés à l’exercice. Le Kunstverein Frankfurt expose leurs tableaux et installations en dialogue avec des « pièces à conviction » scientifiques, fournies par le Musée d’histoire naturelle Senckenberg de Francfort.

L’impensé de notre intertie face au climat

L’exposition s’intitule « Récits pour une planète abîmée ». Et c’est tout un programme. Car si l’on en croit ses commissaires, ce qui explique notre impassibilité face au changement climatique, ce qui « coince » dans notre volonté de changement tient en grande partie à la façon dont nous nous racontons l’histoire. L’ours polaire sur sa banquise qui rétrécit nous touche, mais il est loin. Le désert qui avance, la forêt qui brûle, la mer qui monte nous attristent mais ne nous impactent pas. Au mieux, ils nous font peur. Ce qui n’est peut-être pas la meilleure façon de nous mobiliser efficacement. Mais surtout, il y a les chiffres et les graphiques des chercheurs. Ils informent notre tête. Mais quand nous touchent-ils nos sens ? Nos modes de vie ? Nos désirs ? Nos coeurs ?

Des artistes pour faire hurler les statistiques

C’est le grand intérêt de cette exposition : face à une urgence qui résonne encore cette semaine à la COP25 de Madrid, elle pose le problème à un niveau beaucoup plus profond et rarement envisagé.

Ce qu’elle montre donne le vertige. Elle nous fait comprendre que ce qui nous retient tient au fait que nous ne nous sentons pas appartenir à cette nature qui souffre et que nous sommes en train de détruire.

Elle explique que cela vient de la façon que nous avons de nous représenter le monde. Depuis trois siècles, loin des peintres, des musiciens et des poètes, nous avons mis la nature à distance en la regardant à travers la lentille d‘un discours scientifique et réductionniste. Nous en avons fait un récit qui l’assimile à un environnement inerte, séparé de nous et accessible à notre connaissance par la mesure et mise en forme mathématique. Et nous en avons fait un monde finalement… exploitable.

Mais toutes les représentations du monde ont eu leur heure de gloire avant de décliner, montre l’exposition. On a longtemps cru que la Terre était plate parce que nos sens et nos instruments ne permettaient pas de constater sa rotondité. Notre vision dérive toujours de nos capacités d’observation. Elle est relative. Or, aujourd’hui, la science a développé d’autres modèles et d’autres discours plus perspicaces sur le monde, montre l‘exposition.

Sans doute faut-il encore des artistes pour les faire passer au plus grand nombre ? Pour faire avouer les mesures atmosphériques, hurler les baromètres et donner chair à des compilations de chiffres ? C‘est la fertilité de cette exposition.


A.L.

Trees of Life – Récits pour une planète abîmée

Au Kunstverein de Francfort/Main jusqu’au 19 janvier 2020

Plus d'informations (en allemand)

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