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À Leipzig, une exposition interroge nos clichés sur les musulmans

Gülcan Turna, Reenacting The Empress? Power To The People. What Are We For? The Turkish Artist As An Empress, 2019

Gülcan Turna, Reenacting The Empress? Power To The People. What Are We For? The Turkish Artist As An Empress, 2019, © Gülcan Turna

12.12.2019 - Article

Le musée Grassi a adopté une démarche originale et volontairement subjective pour nous amener à changer de perspective.

Une odeur de musc, une lampe magique et un tapis volant, un harem peuplé de femmes entourées d’un décor paradisiaque : il n’en faut pas plus pour susciter les rêves les plus idylliques sur l’Orient. Mais se produit-il un attentat dans les tours du World Trade Center à New York ? Voilà des regards suspicieux qui surgissent de partout dès qu’une personne à l’allure orientale apparaît. L’Orient musulman suscite depuis toujours dans les sociétés occidentales les stéréotypes les plus divers. Ils vont du romantisme le plus éthéré au racisme. Mais où puisent-ils leurs sources ? Comment se sont-ils construits ? Comment impactent-ils nos relations avec les musulmans aujourd’hui ? C’est ce que propose de découvrir une exposition à Leipzig.

Intitulée « Ré:Orient – L’invention de l’Autre musulman », elle est à visiter au musée Grassi jusqu’au 19 janvier 2020. On y découvre des installations et des œuvres d’art contemporaines sur le thème de l’image de l’Orient musulman. Mais la démarche est très originale. Elle est à mille lieues de la quête ethnologique. Et à mille lieues aussi de la leçon de morale. Elle se veut ouverte. Et pour cela, elle renonce délibérément à l’ambition d’une vision surplombante, objective.

Le musée Grassi assume de ne pouvoir parler de ce sujet sensible qu’à partir d’un point de vue subjectif. Comme il souhaitait « réorienter » (d’où le titre « Ré :Orient ») la perception de la majorité non musulmane, il s’est adressé à des personnes possédant la double identité. Ainsi, les commissaires de l’exposition ne sont ni des artistes, ni des historiens d’art. Ce sont deux femmes membres de l’Association des familles et couples binationaux d’Allemagne, Özcan Karadeniz et Anna Sabel.

Subjectivité assumée

Ensemble, elles ont sélectionné les œuvres d’art. Ces œuvres parlent de l’Orient mais nous invitent à marquer un temps d’arrêt, à réfléchir. L’artiste musulmane et féministe Gülcan Turna, par exemple, traite de la culture machiste et de la discrimination des femmes dans les pays musulmans. La plasticienne turque Canan s'inspire de Matisse et de Renoir pour explorer le rapport au corps. Elle a fait poser des femmes dans des attitudes libres dans un harem et joue avec nos clichés touchant à l’exotisme. Enfin, le Leipzigois Siddq s’interroge dans une installation baptisée « 9/12 » sur le changement de notre perception de l’« Autre » au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

L’ambition est de sortir du cliché pour inviter au dialogue. Pour cette raison, l’exposition ne se contente pas de déconstruire des clichés. Elle invite aussi et surtout chacun à se situer. En effet, comment entrer en dialogue avec cet « Autre » sans l’inventer de toute pièce si je ne sais pas moi-même qui je suis ? Les textes de l’exposition sont ainsi volontairement écrits à la première personne, invitant chacun à parler en son nom. Le cliché, le risque de dériver vers le racisme commencent dès le stade du langage, soulignent les deux commissaires.

A.L.

« Re:Orient – Die Erfindung des muslimischen Anderen  »
Ré:Orient – L’invention de l’Autre musulman, une exposition à voir au Musée Grassi de Leipzig jusqu’au 19 janvier 2020

Plus d'informations (en allemand/ anglais)

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