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Beethoven et l’amitié franco-allemande : interview d’Andrea Eich, cheffe du chœur franco-allemand de Bonn

Partition (op. 77) portant la signature de Beethoven

Partition (op. 77) portant la signature de Beethoven, © Beethoven-Haus Bonn

13.12.2019 - Article

À l’occasion de l’année Beethoven célébrée en 2020, de nombreux concerts et manifestations culturelles seront organisés en l’honneur de cet immense compositeur. Le chœur franco-allemand de Bonn participera lui aussi à cette année- événement. Nous avons rencontré sa directrice, Andrea Eich.

En mai 2020, vous vous produirez à Bonn avec le chœur franco-allemand de Paris. Vous interpréterez « La création » de Joseph Haydn, qui fut le professeur et le mentor de Beethoven, ainsi que «  Meeresstille und glückliche Fahrt  » composée par Beethoven lui-même. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez choisi d’associer ces deux œuvres ?

Andrea Eich - La directrice du chœur franco-allemand de Bonn
Andrea Eich© Andrea Eich
L’un des thèmes choisis par l’association organisatrice de l’année Beethoven est « Beethoven, l’ami de la nature » (…) Beethoven était certainement en accord avec l’idée qui guidait son mentor lorsque ce dernier célébrait la création du monde avec son oratorio. Transposée à notre époque marquée par une destruction croissante de l’environnement et des catastrophes naturelles, l’idée est que la création, la terre sur laquelle et grâce à laquelle nous vivons, est précieuse et mérite d’être protégée. Dans ses poèmes « Meeresstille  » et « Glückliche Fahrt », Goethe relate un incident qui a émaillé son voyage en Italie : il évoque le calme plat et le brouillard qui ont retenu son bateau en mer, deux phénomènes naturels qui lui ont semblé menaçants. Ce n’est en effet que lorsque le vent s’est levé et a chassé la brume que le voyage a pu se poursuivre. Lors de la première de cette cantate le 2 décembre 1815 à la Wiener Hofburg, Beethoven était déjà presque totalement sourd. Il transcrit donc en musique les forces de la nature mais aussi le silence et sa cruauté car cette merveilleuse œuvre chorale, il n’a même pas pu l’entendre. C’est notamment parce qu’elle est rarement jouée que nous avons choisi de la faire figurer dans notre programme.

En quoi Beethoven était-il un artiste d’exception ?

Je pense tout de suite à sa surdité et je ne peux qu’être admirative : c’est incroyable qu’il ait pu entendre toute cette merveilleuse musique dans sa tête, qu’il ait même dirigé des concerts dans ces conditions. Et puis, il a ouvert la voie au romantisme (…). Isolé par la maladie qui a entraîné sa surdité, il s’est réfugié dans une sorte de rébellion et a eu des visions artistiques très fortes (…). Son style musical n’a cessé d’évoluer avec génie alors que sa vie personnelle devenait de plus en plus tragique. Il était admiré et célébré mais rares étaient ceux qui savaient la souffrance qui le tourmentait. (…) En quelques années, en faisant constamment évoluer sa musique, Beethoven a développé un langage musical comme peu d’autres compositeurs sont parvenus à le faire. Pour reprendre une formule de Beethoven lui-même, toucher le cœur des hommes, accroître l’intensité musicale, faire jaillir des étincelles dans l’esprit humain, telles étaient ses ambitions de compositeur.

Beethoven était vu comme un visionnaire qui a (fortement) influencé et inspiré les compositeurs qui l’ont suivi …

Au fil du temps, Beethoven a privilégié la qualité à la quantité, notamment en cherchant à toujours perfectionner l’exécution des mouvements de sonate. Pour les formes fondamentales pour l’époque du classicisme viennois qu’étaient la symphonie, la sonate pour piano et le quatuor à cordes, il a créé des œuvres dont l’influence reste inégalée (…) La puissance et l’ampleur des mouvements finaux ont atteint de nouveaux sommets et se sont avérées extrêmement importantes pour la suite de l’histoire de la musique. Bruckner et Mahler, par exemple, ont été très influencés par Beethoven. […] Sans individualisme, il n’aurait pas pu accomplir tout cela et n’aurait pas été considéré comme le premier artiste « moderne ».

           

Cet individualisme et cette singularité de Beethoven seront certainement perceptibles lors du concert que vous donnerez avec le chœur franco-allemand de Paris en mai. Vos chorales chantent ensemble et sont engagées dans un dialogue artistique, mais quelle autre particularité ont-elles ?

Les chœurs franco-allemands forment un réseau de 18 chorales en France et en Allemagne. En plus de leur coopération musicale, les chœurs franco-allemands sont aussi des acteurs de la réconciliation et de la paix en Europe, de la démocratie et de l’amitié franco-allemande grâce à leur implication depuis plus de 50 ans. Nous nous voyons comme des héritiers de Ludwig van Beethoven qui fut un fervent partisan de la Révolution française et du mouvement démocratique. Les rencontres de deux chœurs, mais aussi les concerts pour la paix auxquels participent les solistes des différentes chorales, ont un grand rayonnement. Je pense notamment à la messe pour la paix «  The Armed Man  » de Karl Jenkins interprétée en 2018 à Aurillac à l’occasion des commémorations de la fin de la Première Guerre mondiale.

Propos recueillis par Johanna Freimuth

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