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Exposition : le dessin allemand, reflet d’un XXe siècle mouvementé

[À g.] Johannes Grützke (1937–2017), Autoportrait, 1979, Städel Museum, Frankfurt am Main; [À dr.] Gerhard Altenbourg (1926–1989), Marder-Mandorla, 1982–1984, Städel Museum, Frankfurt am Main

[À g.] Johannes Grützke (1937–2017), Autoportrait, 1979, Städel Museum, Frankfurt am Main; [À dr.] Gerhard Altenbourg (1926–1989), Marder-Mandorla, 1982–1984, Städel Museum, Frankfurt am Main, © VG Bild-Kunst, Bonn 2019/Stiftung Gerhard Altenbourg, Altenburg/Städel Museum

19.12.2019 - Article

Le musée Städel de Francfort/Main puise dans sa vaste Collection graphique la matière d’une fascinante exposition sur le dessin allemand au XXe siècle. Il décrypte la quête d’un langage entre deux pôles opposés : le réalisme et l’abstraction. À voir jusqu’au 16 février 2020.

Croquis, étude, esquisse : en matière d’art, le dessin est en général un exercice préparatoire. Quelle que soit la virtuosité de l’artiste, ses coups de crayon rapides visent une œuvre plus vaste, un tableau ou une sculpture par exemple. Mais il arrive que le dessin s’autonomise. Il arrive qu’il devienne un genre à part entière. Qu’il se mue en champ d’expérimentation, laboratoire d’un nouveau langage artistique ou support d’une pensée libre contre l’oppression. Ce fut le cas en Allemagne tout au long du XXe siècle. Le musée Städel de Francfort nous raconte jusqu’au 16 février 2020 cette histoire passionnante.

« Le XXe siècle a été un siècle polyphonique, contradictoire et extrême », explique Jenny Graser, la commissaire de l’exposition qui s’intitule « Grand réalisme & grande abstraction. Dessins de Max Beckmann à Gerhard Richter  ». « Cela a aussi été le cas en matière d’art. Ce fut le siècle des avant-gardes, le siècle des communautés d’artistes et des individualités intransigeantes, celui des réalismes et des abstractions ».

40 artistes de renom exposés à Francfort

Le grand musée d’art francfortois n’a pas eu à chercher loin pour l’illustrer. Sa Collection graphique est riche de quelque 1.800 feuillets de dessins allemands du XXe siècle. C’est un corpus plus qu’imposant. La commissaire a choisi d’en extraire une centaine de dessins (et deux tableaux) représentatifs. Son exposition balaie le siècle de la veille de la Première Guerre mondiale à nos jours.

Le visiteur y chemine aux côtés d’une quarantaine d’artistes de renom, des expressionnistes Max Beckmann (1884-1950) et Ernst-Ludwig Kirchner (1880-1938) aux contemporains Gerhard Richter (*1932), Georg Baselitz (*1938), A.R. Penck (1939-2017), Sigmar Polke (1941-2010) et Anselm Kiefer (*1945).

Tous ont usé du dessin comme d’un support autonome. Rapidité du fusain, couleurs du pastel et de l’aquarelle, associativité du collage : ils y ont, pour la plupart, cherché la matière d’un nouveau langage artistique. Un langage capable de refléter les bouleversements extérieurs ou intérieurs suscités par les tragédies et les bouleversements culturels et sociaux du XXe siècle.

Et ce langage, tout bien considéré, a toujours oscillé entre deux extrêmes. Il a toujours fait l’aller-retour entre deux pôles opposés comme l’avait analysé dès 1911 l’artiste russe Vassily Kandinsky : le réalisme figuratif d’un côté, et l’abstraction de l’autre.

Une quête perpétuelle entre figuration et abstraction

L’exposition nous raconte cette histoire, ce balancement. Elle débute avec les portraits de Max Beckmann et Ernst-Ludwig Kirchner. Le premier ne quittait jamais son fusain, fût-ce dans le danger des tranchées. Tragédie liminaire du XXe siècle, la Première Guerre mondiale transforma son coup de crayon : elle raidit les lignes arrondies et accentua les contours.

Kirchner, lui, voyait dans le dessin « la clé de son art ». L’exposition met en avant sa « Scène de rue à Berlin », un pastel de 1914 qui croque d’un coup de crayon nerveux un homme et deux prostituées. Le dessin révèle mieux que tout autre support des personnages réduits à l’essentiel.

Emil Nolde (1867–1956), Vierwaldstätter See, ca. 1930, Städel Museum, Frankfurt am Main
Emil Nolde (1867–1956), Vierwaldstätter See, ca. 1930, Städel Museum, Frankfurt am Main© Nolde Stiftung Seebüll, Photo: © Städel Museum

Puis l’exposition passe en revue les artistes du mouvement « Die Brücke » (Kirchner, Emil Nolde, August Macke). Ils cherchèrent à exprimer à travers le dessin les relations entre l’homme et les forces vitales de la nature.

Viennent ensuite les artistes des années 1920 et 1930 inspirés par l’expressionnisme et attirés par l’abstraction tels que Rolf Nesch, Werner Gilles, Ernst Wilhelm Nay ou encore Willy Baumeister et Paul Klee. Ce dernier révéla avec la plus grande virtuosité ses impressions au terme d’un voyage en Tunisie. Sur le papier se mêlent des signes quasi-hiéroglyphiques et des aplats de peintures colorés.

Après 1945

Après la rupture du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle quête se fit jour. Les jeunes artistes des années 1945-1950 allèrent chercher dans l’abstraction de nouveaux moyens d’expression. Certains s’inspirèrent aussi du surréalisme. L’exposition passe en revue leurs découvertes, d’Otto Greis à Heinz Kreutz et Bernard Schultze.

Mais peu après, d’autres « enfants de la guerre » prirent le parti résolument inverse. Ils s’appelaient Georg Baselitz, Eugen Schönebeck, Markus Lüpertz, Jörg Immendorff, Anselm Kiefer ou, à l’Est, Hermann Glöckner, Gerhard Altenbroug et Werner Tübke. Ils sont revenus à un langage explicitement figuratif. Ils ont, aussi, traité sans hésiter des thèmes de l’histoire allemande.

La Réunification a d’ailleurs produit à cet égard une atmosphère très particulière montre l’exposition. Une atmosphère que les dessins du peintre Gerhard Richter ont saisie avec une finesse et une sensibilité incomparables.

A.L.

« Grand réalisme & grande abstraction. Dessins de Max Beckmann à Gerhard Richter  »
Exposition à visiter jusqu’au 16 février au musée Städel de Francfort/M.

Plus d'informations (en anglais/ allemand)

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