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De l’ombre à la lumière

[De g. à dr.] Käthe Kollwitz, Couple II, 1913 ; Sabine Lepsius, Autoportrait, 1885 ; Paula Modersohn-Becker, Enfant coiffée d'une couronne de fleurs, vers 1901

[De g. à dr.] Käthe Kollwitz, Couple II, 1913 ; Sabine Lepsius, Autoportrait, 1885 ; Paula Modersohn-Becker, Enfant coiffée d'une couronne de fleurs, vers 1901, © Musées nationaux de Berlin, Nationalgalerie

10.01.2020 - Article

L’Alte Nationalgalerie de Berlin illustre jusqu’au 8 mars la longue marche des femmes pour être reconnues comme artistes avant 1919. Une soixantaine d’œuvres, pour beaucoup jamais exposées, montrent que le talent s’est toujours conjugué au féminin.

Parfois, les débats de société ont une vertu inattendue : ils sortent de l’ombre des talents étouffés. C’est le cas à Berlin où les discussions autour de l’égalité homme-femme ont incité le musée de l’Alte Nationalgalerie à revisiter ses collections en quête d’art au féminin. Le résultat a dépassé les espérances. L’exposition « Lutte pour la visibilité. Des femmes artistes à la Nationalgalerie avant 1919 » exhume jusqu’au 8 mars des pans entiers de l’histoire de l’art de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au début du XXe.

L’exposition présente une soixantaine d’œuvres de 43 femmes peintres et sculptrices. Plusieurs auraient pu, ou auraient dû marquer l’histoire de leur art. Quelques-unes sont (re)connues : la peintre Paula Modersohn-Becker (1876-1907), la sculptrice Käthe Kollwitz (1847-1945). D’autres ont depuis longtemps trouvé leur place dans l’exposition permanente du musée : Caroline Bardua (1781-1864), Elisabeth Jerichau-Baumann (1819-1881), Dora Hitz (1856-1924). Mais la plupart des œuvres exposées sont restées pendant des décennies dans les dépôts du musée, voire n’ont jamais été exposées. Beaucoup ont d’ailleurs dû être restaurées pour l’exposition.

Maria von Parmentier, Le port de Dieppe, avant 1878
Maria von Parmentier, Le port de Dieppe, avant 1878© Musées nationaux de Berlin, Nationalgalerie/ Andres Kilge

L’Alte Nationalgalerie l’admet, pourtant : les œuvres réalisées par des femmes ne représentent que 2 % de ses collections. Mais ces 2 % méconnus cachent des trésors. Le portrait d’une enfant songeuse lors d’une promenade en barque par Julie Wolfhorn séduit, tout comme l’autoportrait de jeunesse de Sabine Lepsius (1864-1942).

Mais le plus fascinant réside peut-être dans le récit qui sous-tend l’exposition : celui du combat des femmes artistes pour être reconnues. Il se dessine nettement une évolution. En effet, les portes de l’activité artistique étaient peut-être moins verrouillées pour les femmes au début qu’à la fin du XIXe siècle.

Des femmes au talent exceptionnel, souvent issues de familles d’artistes, ont ainsi pu faire carrière durant les premières décennies du siècle. Marie Ellenrieder, première femme inscrite à l’Académie des Beaux-Arts de Munich (1813), par exemple. Elle devint peintre officielle à la cour de Bade, et un modèle pour d’autres.

Mais le milieu de l’art, devenu de plus en plus concurrentiel, ne tarda pas à ériger des barrières à la réussite du beau sexe. L’évolution culmina en 1879 quand le directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Berlin, Anton von Werner, changea les statuts de l’institution pour en interdire l’accès aux femmes. Le motif, ou plutôt le prétexte : la création d’un cours d’étude de nu, jugé « indécent » pour les femmes. En réalité, il s’agissait aussi d’éliminer une concurrence à l’heure où un nombre croissant d’artistes dûment formés peinaient à vivre de leur art.

La réaction des femmes ne se fit pas attendre. Dès 1867, elles fondèrent une « Association des femmes amies de l’Art de Berlin ». Ce mouvement féministe, dont la peintre Sabine Lepsius fut une voix majeure, s’étendit rapidement pour donner naissance à un puissant réseau d’associations. En parallèle, la ville de Paris, symbole de liberté artistique et sociale pour nombre de ces femmes, exerçait attrait et fascination. Plusieurs artistes allemandes s’y formèrent et y travaillèrent.

Il leur fallut néanmoins faire preuve de patience pour obtenir gain de cause. Elles ne virent s’ouvrir les portes des académies des beaux-arts allemandes qu’en 1919.

A.L.

« Lutte pour la visibilité. Des femmes artistes à la Nationalgalerie avant 1919 »
(« Kampf um Sichtbarkeit. Künstlerinnen der Nationalgalerie vor 1919 »)
Exposition à voir au musée de l’Alte Nationalgalerie à Berlin jusqu’au 8 mars 2020

Plus d'informations (en allemand/anglais)

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