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Du haut de ces arcades, plus de 18 siècles vous contemplent…

La Porta Nigra, à Trèves (Rhenanie-Palatinat). Du haut de ses arcades noires, dix-neuf siècles vous contemplent...

La Porta Nigra, à Trèves (Rhenanie-Palatinat). Du haut de ses arcades noires, dix-neuf siècles vous contemplent..., © dpa / Anne Lefebvre

29.01.2020 - Article

La Porta Nigra romaine, emblème de la ville de Trèves (Rhénanie-Palatinat), célèbre ses 1850 ans.

Le bois a parlé. A près de deux millénaires de distance, la découverte de fragments de bois antiques a permis de déterminer avec certitude la construction de l'emblème de la ville de Trèves (ouest de l'Allemagne) : la Porta Nigra romaine. C'était en janvier 2018. Les cernes de l'arbre ont révélé une date d'abattage en 169-170 après J.C. Le monument fête donc cette année les 1850 ans du début de sa construction.

C'est paradoxal. On ignorait jusque-là l'âge exact de ce monument phare de la plus ancienne ville d'Allemagne. La Porta Nigra est pourtant considérée comme la plus imposante des portes antiques parvenues jusqu'à nous, et comme l'un des monuments romains les mieux conservés au nord des Alpes. Elle est inscrite, avec d'autres joyaux de l'ancienne capitale antique, sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1986. Et elle voit passer chaque années des dizaines de milliers de touristes en provenance du monde entier.

Prestige romain

Construite au IIe siècle après Jesus-Christ et très bien conservée, la Porta Nigra est devenue l’emblème de la ville allemande de Trèves. Visite de l’intérieur de l’édifice
Construite au IIe siècle après Jesus-Christ et très bien conservée, la Porta Nigra est devenue l’emblème de la ville allemande de Trèves. Visite de l’intérieur de l’édifice© Anne Lefebvre

Bref, elle ne passe pas inaperçue. Elle a même été construite pour cela. Les recherches effectuées à partir de la datation ont permis d'affirmer qu'il s'agissait d'un édifice de prestige, et non d'un chaînon défensif comme on avait pu l'imaginer.

Certes, la Porta Nigra fait partie d'un mur de fortifications de six mètres de haut et de 6,4 kilomètres de long qui enserre un périmètre gigantesque de 284 hectares (plus vaste que les cités antiques de Cologne, de Mayence et de Xanten réunies).

Mais l'année 170 apr. J.C. se situe pour l'antique Augusta Treverorum dans une période de paix. La cité n'avait pas besoin de se protéger d'éventuelles intrusions.

170 se situe même au centre d'une longue période (70-269 apr. J.C.) qui marqua l'apogée de la Trèves antique. L'« urbs opulentissima », comme l'avait baptisée dès 44 apr. J.C. le géographe romain Pomponius Mela, vit à cette époque s'édifier la plupart de ses joyaux architecturaux : les thermes de Barbara (dotés d'un bassin de natation chauffé et que seuls les thermes de Trajan, à Rome, surpassaient en superficie), l'amphithéâtre (18.000 places pour assister aux combats de gladiateurs) ou encore le cirque, qui a aujourd'hui presque disparu mais pouvait accueillir 50.000 spectateurs.

Il faudra attendre l'empereur Constantin, qui fera de Trèves la capitale de l'Empire au IVe siècle, pour voir à nouveau s'édifier des bâtiments de cette envergure (les thermes, le palais et  la basilique de Constantin). Augusta Treverorum était alors l'une des villes les plus importantes de tout l'Empire romain. Elle retrouvera d'ailleurs son statut de résidence impériale sous les empereurs Valentinien et Gratien de 367 à 390.

Secrets de longévité

Elle doit son état de conservation au fait d‘avoir servi d‘ermitage à un moine du Moyen-Âge, puis d’avoir été transformée en église pendant 800 ans
La Porta Nigra est la seule porte de la cité romaine d‘Augusta Treverorum conservée jusqu’à nos jours. Elle faisait partie intégrante des fortifications qui entouraient la ville. Elle doit son état de conservation au fait d‘avoir servi d‘ermitage à un moine du Moyen-Âge, puis d’avoir été transformée en église pendant 800 ans. C‘est l‘occupation napoléonienne qui lui à rendu son aspect d‘origine© Anne Lefebvre

Les invasions barbares mirent un terme à la splendeur antique. Mais la ville de Trêves n'en demeura pas moins au Moyen Âge un puissant évêché. C'est d'ailleurs à cette époque que la Porta Nigra doit son nom, tout comme son excellent état de conservation.  

Porte nord de la cité antique, « la Porte noire » (« Porta nigra ») ne possédait, en effet, rien de la patine foncée qui la caractérise aujourd'hui à l'origine. Elle est construite en  grès de la région, un matériau... de couleur blanche. Mais les conditions météorologiques et les influences environnementales ont - naturellement - noirci la pierre (notmment par la corrosion de l'oxyde de fer). Et cette patine protège aujourd'hui l'édifice.

Une autre protection lui est venue d'un moine byzantin du Moyen Âge. De retour d'un voyage en Terre sainte, l'ermite Siméon décida en 1028 de se laisser emmurer dans la Porta Nigra jusqu'à sa mort en 1035. Lorsque le décès advint, l'évêque de Trèves décida de faire canoniser Simeon et de transformer son ermitage en une église sur deux niveaux (une église souterraine pour le peuple, une église en surface pour les plus aisés). L'antique Porta Nigra, surmontée d'un clocher, fit donc office d'église pendant plus de 800 ans.

C'est Napoléon, après que Trèves fut passée sous occupation, puis administration française entre 1794 et 1814, qui décida de rendre au monument son aspect d'origine. Ce qu'il fit entre 1804 et 1809.

A.L.

« Porta Nigra – Ansichten aus drei Jahrhunderten » (La Porta Nigra à travers les trois derniers siècles)
Présentation du Musée régional rhénan de Trèves, à visiter au SWR Studio jusqu’au 23 avril 2020.

Plus d’informations :

Musée régional rhénan de Trèves (en allemand et anglais)

Office du Tourisme de la ville de Trèves (en allemand et anglais)

L'Antiquité à Trèves (site officiel, en allemand et anglais)

Patrimoine mondial de l'UNESCO : Trèves et les autres sites allemands classés (en allemand et anglais)

Et pour approfondir :

Université de Trèves, Département d’histoire de l’art (en allemand)

 
 

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