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Pourquoi aimons-nous tant posséder ?

Andreas Gursky, Prada I, 1996, Inkjet-Print, Courtesy Sprüth Magers

Andreas Gursky, Prada I, 1996, Inkjet-Print, Courtesy Sprüth Magers, © Andreas Gursky / VG Bild-Kunst, Bonn 2020

04.02.2020 - Article

Une exposition à Leverkusen, près de Cologne, interroge notre rapport aux objets à l’ère de l’hyperconsommation.

Ranger méthodiquement son chez-soi pour se sentir libre, acheter ses vêtements d’occasion, bannir les gobelets et les ustensiles jetables, purger les mers de leurs océans de plastique, faire une cure de déconnexion numérique…  »Less is more«  semble être le mantra de notre époque. Mais pourquoi ce besoin ? Sommes-nous toujours à la hauteur de cet idéal ? Et finalement, possédons nous les objets ou sont-ce eux qui nous possèdent ? Des questions électriques… Une exposition du musée Morsbroich de Leverkusen, près de Cologne (ouest de l’Allemagne), nous propose de les explorer jusqu’au 26 avril.

 »Liebes Ding –  Object Love« , c’est son titre, convoque les travaux de 22 artistes contemporains pour interroger notre rapport aux objets. Jamais nous n’en avons autant possédé : 10.000 par personne en moyenne. Ils sont partout. Ils nous servent à tout : utilitaires du quotidien, extensions de notre corps, signes de distinction sociale, réconfort affectif. La société de consommation nous enjoint d’acheter toujours plus. Les philosophies en vogue nous disent que le bonheur est dans la sobriété. Mais le rapport est inégal… nous en voulons toujours plus ! Le désir de posséder nous étreints, lancinant, insatiable, toujours renaissant.

Objets de désir

Danielle Dean, She, Edition 1, 2017, HD-Video, 5:04 Min. Courtesy die Künstlerin
Danielle Dean, She, Edition 1, 2017, HD-Video, 5:04 Min. Courtesy die Künstlerin© Danielle Dean

C’est peu dire que notre rapport aux objets est parfois compliqué, voire schizophrénique. La raison est simple, montre l’exposition : loin de se réduire à la dimension utilitaire, l’objet fait intervenir le désir. Et partant, toute la palette des émotions humaines.

À partir de là, beaucoup de choses s’éclairent. Rien étonnant, par exemple, à ce que de la prise de conscience écologique au changement des comportements, il y ait bien plus qu’un pas ! La planète a beau être finie. Le désir,… c’est une autre histoire !

L’exposition nous invite à découvrir tous ces liens visibles, invisibles et étonnants qui nous  (re)lient aux objets. Les artistes sont nos guides, parfois drôles, parfois critiques. L’Allemand Karsten Bott, par exemple, nous fait traverser sur des passerelles un espace de 55 m2 recouvert d’objets du quotidien, de la bouteille thermos au cadenas. Toujours plus, et toujours moins cher… mais que de déchets !, semble-t-il nous dire.

À vrai dire, dans ce monde d’objets qui est l’apanage de l’être humain, on finit par ne plus très bien savoir qui dépend de qui. Qui est le maître et qui est l’esclave. La Néerlandaise Melanie Bonajo nous en donne la preuve à travers une série photographique,  » Furniture Bondage« . Elle montre des femmes nues enchaînées à des montagnes d’objets du quotidien : fer à repasser, vélo, chaises, etc. Tous ces objets jadis vantés comme libérateurs de la femme moderne ne sont-ils pas devenus des prisons ?

Intelligence

C’est sans parler des objets du futur ! Ils seront bourrés d’intelligence artificielle, nous promet-on… Ils nous fascinent. Mais demain ? Vont-ils nous dominer ? Voire nous menacer ? L’artiste Kathrin Ahäuser nous invite à y réfléchir nous invite à la réflexion à travers une série de vidéos, intitulée  »Du liebes Ding ! «  (litt. :  »Ô toi, cher objet« ). Elle montre une femme en pleine conversation avec son ordinateur portable :  »Spécial, la façon dont il me regarde !« , dit-elle.  »Pour moi, il a une âme« .

 coté des artistes, l’exposition convoque aussi les philosophes. Ils sont nombreux à s’être interrogés sur le statut des objets dans notre existence et sur la relation que nous entretenons avec eux. Marx soulignait la valeur fétiche que nous leur attribuons (pourquoi un diamant vaut-il plus qu’une simple pierre ?). Freud insistait sur notre tendance à projeter sur eux nos pulsions érotiques. Le sujet semble inépuisable.

A.L.

 »Liebes Ding –  Object Love“
Exposition au musée Morsbroich de Leverkusen jusqu’au 26 avril 2020

Plus d'informations (en allemand)

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