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Journée de la langue maternelle : « Ma langue maternelle particulière »

L’écrivain Vladimir Kaminer vit à Berlin

L’écrivain Vladimir Kaminer vit à Berlin, © picture alliance / Frank May

21.02.2020 - Article

La « langue des autochtones » ou une langue très particulière ? L’auteur de best-sellers Vladimir Kaminer s’interroge à l’occasion de la Journée de la langue maternelle.

Il y a 20 ans, son roman « Russendisko » a fait connaître à l’étranger l’écrivain Vladimir Kaminer, né à Moscou. Âgé aujourd’hui de 52 ans, il vit depuis 1990 à Berlin et écrit ses livres en allemand – et pas en russe, sa langue maternelle. Une tribune pour la Journée de la langue maternelle.

« Vous n’écrivez pas dans votre langue maternelle ? Ça doit être terriblement fatigant ! » Je suis sans cesse confronté à ce type de remarques. Je n’ai effectivement créé que récemment une langue maternelle. Ma mère va avoir 89 ans, elle n’entend pas bien mais ne souhaite pas porter de prothèse auditive. Avec l’âge, certaines personnes développent une forte sensibilité aux bruits. Ma mère dit qu’elle ne peut pas prendre son petit-déjeuner ou regarder la télévision avec une prothèse parce qu’elle s’entend alors mâcher ou est gênée par les ronflements de son chat. Mais la voix de ceux qui l’entourent reste trop faible et incompréhensible, surtout quand c’est une voix aiguë.

J’ai donc forgé une langue maternelle particulière pour parler avec maman. Je m’efforce de parler distinctement, avec une voix grave, en gesticulant et je répète tout deux fois. Cela marche bien. Et ce type de communication a fini par influer sur mon travail littéraire. J’écris en allemand en essayant d’être aussi clair et compréhensible qu’avec maman. En russe, le mot « langue » est masculin et n’a rien à voir avec les mères. Le mot russe pour langue maternelle se traduirait littéralement par « la langue des autochtones ».

Mes enfants, nés en Allemagne et bilingues, affirment aujourd’hui avec impertinence qu’ils n’ont pas de langue maternelle normale, juste une langue secrète que pratiquement personne ne comprend. Leur espace linguistique a quasiment été un deux-pièces. À la maison, ils entendaient leurs parents parler un russe foisonnant de gros mots parce qu’en russe, il faut recourir à des formes spécifiques de jurons pour rendre certains éléments interrelationnels complexes. Au jardin d’enfants, mes petits ont appris avec succès à parler allemand avec l’accent saxon. En effet, pour des raisons historiques, la plupart des éducatrices dans ce jardin d’enfants de Berlin-Est venaient de Saxe. Tous les enfants parlaient donc ce merveilleux dialecte qui me rappelle le chant d’oiseaux indécis qui ne peuvent se résoudre à migrer vers le sud ou à rester à l’est.

Aujourd’hui, mes enfants sont souvent déconcertés quand ils parlent de l’époque du jardin d’enfants avec des gens de leur âge. Ils ont en effet tous chanté les mêmes chansons mais mes enfants se rendent compte qu’ils les avaient mal comprises. Même chose pour « Bibi Blocksberg  » (« Bibi, nom d’une sorcière » en France). Ma fille n’a réalisé que bien plus tard que dans ce film, il n’y a pas que Bibi qui est une sorcière, mais que c’est le cas de toutes les autres petites filles.

Les Russes les considèrent comme des Allemands, les Allemands comme des Russes ; seule leur mère les comprend parfaitement parce qu’elle sait parler la langue maternelle secrète.

Jeu-concours

Pour la Journée internationale de la langue maternelle, deutschland.de organise un jeu-concours. Du 17 au 28 février 2020, vous pouvez vous inscrire ici et gagner un traducteur numérique portable ou des kits d’apprentissage de l’allemand !


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