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Berlin, l'autre star de la 70e Berlinale

Berlin Alexanderplatz de Burhan Qurbani

 »Berlin Alexanderplatz„ de Burhan Qurbani, © Wolfgang Ennenbach/2019 Sommerhaus/eOneGermany

27.02.2020 - Article

La première Berlinale dirigée par Carlo Chatrian et Mariette Rissenbeek se déroule jusqu'à dimanche à Berlin. Elle semble tenir ses promesses. Et la capitale allemande ne lui sert pas seulement de décor.

A quoi ressemblera la première Berlinale dirigée par Carlo Chatrian et Mariette Rissenbeek ? La question était sur toutes les lèvres avant la levée du rideau. Avec une semaine de recul, un premier fait s'impose : le public est au rendez-vous. A mi-parcours, le festival du film de Berlin avait vendu 272.000 billets. C'est 20.000 de plus que l'année dernière.

A la sortie des salles, les pronostics vont bon train : qui remportera samedi les Ours d'or et d'argent au Palais de la Berlinale ? La première sélection de films de Carlo Chatrian, ancien directeur du Festival de Locarno (2013-2019) réputé pour son exigence esthétique, était très attendue. Elle ne semble pas avoir déçu. Les critiques tendent à saluer un choix qui offre des découvertes et ouvre des perspectives sans toucher à l'identité d'un festival qui se fait depuis toujours le séismographe de la réalité politique et sociale.

First Cow de Kelly Reichardt
 »First Cow«  de Kelly Reichardt© Allyson Riggs/A24

Le film  »First Cow«  de l'Américaine Kelly Reichardt est, selon la presse, l'un des prétendants les plus sérieux à l'Ours d'or de la Berlinale. Ce western  »réinventé« , adapté d'un roman de Jonathan Raymond ( »The Half-Life« ), conte avec humanité l'amitié qui se noué entre un cuisinier et un Indien dans une chasse de l'Oregon en 1820. Une  »fable superbe« ,  »enchanteresse« , peut-on lire sous la plume de plusieurs critiques.

 »Undine«  de Christian Petzold a aussi la faveur la faveur des pronostiqueurs. Le réalisateur allemand y réécrit le mythe germanique dans une version contemporaine. La nymphe Ondine (Paula Beer) est peinte sous les traits d'une historienne. Elle travaille comme guide touristique à Berlin, racontant l'histoire de la ville, ses styles architecturaux, ses visions architectoniques. Mais lorsque son petit ami la quitte, elle résiste au mythe et se refuse à le noyer par vengeance. Elle ne veut pas tuer, mais vivre et aimer. Elle va rencontrer un plongeur, à l'aise dans l'eau comme elle...

Ombres et lumières

A ces visions lumineuses, la sélection officielle oppose toutefois plusieurs films qui dépeignent la réalité sous un jour plus sombre. Ainsi,  »The Roads not taken«  de Sally Potter avec Javier Bardem, Elle Fanning et Salma Hayek offre une plongée subtile dans le drame de l'âge et de la dépendance. Il raconte l'histoire d'un fils prêt à tout pour aider son père atteint de démence et en situation de détresse.

 »Never Rarely Sometimes Always«  d'Eliza Hittman, de son côté, narre sans sentimentalisme aucun le périple d'une adolescente partant avorter à New York. C'est un drame sur la solitude et sur la violence sexuelle à l'égard des femmes.

Dans un genre différent,  »Todos os mortos«  de Caetoano Gotardo et Marco Dutra, une épopée brésilienne sur l'abolition de l'esclavage dans le pays autour de 1900, explore avec sensibilité l'héritage africain dans la culture brésilienne et raconte le combat pour la liberté religieuse et la tolérance.

Le cinéma français fait bande à part avec  »Le sel des larmes«  de Philippe Garrel et la comédie  »Effacer l'historique«  de Benoît Delepine et Gustave Kervern. Ce dernier film, à la fois poétique et social, décrit avec un humour grinçant l'intrusion des nouvelles technologies dans nos vies sur fond de crise des gilets jaunes.

Berlin, aussi sur le grand écran

Last but not least, les festivaliers ont apprécié un film qui, plus que tous les autres sans doute avait sa place à la Berlinale : l'adaptation (libre) du roman d'Alfred Döblin  »Berlin Alexanderplatz«  par Burhan Qurbani.

Pour se libérer de l'ombre de Rainer Werner Fassbinder qui en avait tiré une impressionnante fresque à la fin des années 1970, le cinéaste germano-afghan a transposé l'action dans le Berlin contemporain.

Le héros de Döblin, Franz Biberkopf, est devenu Francis, un réfugié qui découvre en arrivant le Berlin des marges et de la drogue. Il est embauché par Reinhold, un dealer allemand psychopate, lui-même chaînon d'une organisation plus vaste. Qurbani décrit leurs relations toxiques et recrée au présent le triangle, le  »ménage à trois«  sur lequel est basé le roman.

Le film de Qurbani fait de Berlin plus qu'un simple décor : l'une des vedettes de la Berlinale. La capitale y apparaît comme un environnement dur, plein d'indifférence et de froideur, mais aussi ouvert à tous les possibles. Le lieu de la drogue, du crime et de la prostitution, mais aussi la ville toujours frétillante des Années Folles que Döblin avait décrite dans son roman, paru en 1929.

Burhan Qurbani n'est pas le seul. Cette année, les trois films germanophones en compétition ( »Berlin Alexanderplatz« ,  »Undine«  et  »Schwesterlein„ des Suissesses Stéphanie Chuat et Véronique Reymond) mettent tous en scène la capitale allemande. A eux trois, à travers des tableaux de détail et des fresques, des histoires d'enracinement la de promesse d'une vie meilleure, ils en déclinent l'infinie diversité. L'infinie ouverture.

A.L.

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