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La Berlinale, 70 ans d'histoire

Glamour, cinéphilie et politique caractérisent la Berlinale des années 1950. Photo : arrivée d’une vedette au festival en 1956

Glamour, cinéphilie et politique caractérisent la Berlinale des années 1950. Photo : arrivée d’une vedette au festival en 1956, © picture-alliance/ akg

27.02.2020 - Article

Née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Berlinale a su se faire une place parmi les grands festivals de cinéma aux côtés de Cannes et de Venise. Non sans évolutions, ni péripéties.

C'est dans le Berlin de l'après-guerre que tout a commencé. En 1950, les trois Alliés occidentaux ont voulu redonner à la ville meutrie, dévastée par la guerre et divisée par la Guerre froide, un peu de l'éclat qui avait été le sien dans les années 1920. Comme une porte ouverte sur l'avenir au milieu des ruines. L'officier américain Oscar Maffay a convoqué des professionnels du cinéma et des édiles municipaux. Le 6 juin 1951, la première Berlinale ouvrait ses portes au Titania Palast avec « Rebecca » d'Alfred Hitchcock.

La Berlinale a été créée pour le public. Ses concepteurs avaient, en effet, eu un choc en revenant du festival de Venise : se retrouver à Berlin au milieu des ruines après avoir vu une réalité qui n'existait plus que sur grand écran (palmiers, smoking, robes de soirée et grosses cylindrées). Ils ont voulu amener le cinéma dans la réalité vécue par les spectateurs. Où,sinon à Berlin? La Berlinale est, jusqu'à aujourd'hui, le premier festival de cinéma pour le grand public, Cannes et Venise attirant surtout les professionnels.

Entre politique et glamour

De la même manière, l'identité du festival a tout de suite été politique. Comme la ville qui l'accueillait, la Berlinale devait être « la vitrine de l'Occident », et un « rempart contre le communisme ». Elle a donc déroulé le tapis rouge à tout ce que les années 1950 et 1960 comptaient de vedettes : James Stewart, Sophia Loren, Gary Cooper, Cary Grant, Errol Flynn Richard Widmark, Jean-Paul Belmondo, Jean Marais, Jean Gabin, Jane Mansfield, Peter Ustinov, Gina Lollobrigida, Rita Hayworth... Le Ku'damm prit des airs de Broadway. Le glamour à l'état pur.

Mais aussi l'avant-garde. La Berlinale invita des cinéastes représentant des courants nouveaux comme Akira Kurosawa, Ingmar Bergman, Satyajit Ray, Roman Polanski. C'est à Berlin que les cinéastes de la Nouvelle Vague connurent ainsi leurs premiers succès. Claude Chabrol et Jean-Luc Godard remportèrent des Ours d'or et d'argent. Tout comme l'Italien Michelangelo Antonioni. En 1956, la Berlinale se dotait d'un jury international et rejoignait Cannes et Venise parmi les « grands » festivals de cinéma.

L'agitation étudiante de la fin des années 1960 marqua toutefois la fin d'une époque. Elle ne laissa pas la Berlinale indifférente. Bien au contraire, son bouillonnement atteignit très rapidement ses salles obscures et fut le prélude à d'importantes aspirations réformatrices.

Coup d'éclat

Coup d’éclat en 1970 : le jury de la Berlinale, présidé par George Stevens, démissionne et le festival s’arrête
Coup d’éclat en 1970 : le jury de la Berlinale, présidé par George Stevens, démissionne et le festival s’arrête© dpa-Report

Le déclencheur fut un coup d'éclat : la démission du jury en 1970. Le président du jury, l'Américain George Stevens, annonça sa démission après la projection du film « O.K. » de l'Allemand Michael Verhoeven qui montrait le viol d'un jeune fille par un soldat américain pendant la guerre du Vietnam. Il vit dans ce que le réalisateur avait conçu comme une description des réalités de la guerre une intention anti-américaine. La Berlinale prit fin prématurément.

Ce coup d'éclat fut suivi, dans les années 1970, de nombreuses réformes. En 1971 fut créé le Forum international du jeune film, une nouvelle section spécifiquement destinée à accueillir les films innovants sur le plan thématiques et formel. Une section fut également créée pour les enfants, afin de développer l'appétence des jeunes pour le 7e art. Et en 1978, la Berlinale changea de date dans le calendrier, passant du mois de juin au mois de février. Une décision qui la sortait de l'ombre du festival de Cannes, qui a lieu en mai.

Les années 1970 et 1980 furent aussi des années d'ouverture de la programmation. La construction du mur de Berlin, en 1961, avait fermé l'accès des Berlinois de l'Est au festival. Elle avait mis un terme au rôle de « pont » qu'il avait joué entre l'Ouest et l'Est dans les premières années. Mais la politique de rapprochement progressif avec l'Est mise en place par le chancelier (et ancien maire de Berlin) Willy Brandt au début des années 1970 contribua aussi à une détente sur le plan du cinéma.

La Berlinale projeta son premier film soviétique en 1974 et son premier film est-allemand l'année suivante. Elle reste jusqu'à aujourd'hui un grand lieu de découverte du cinéma de l'est de l'Europe. Puis l'horizon l'élargit encore. Dans les années 1970 et surtout 1980, la Berlinale vit apparaître toujours plus de films étrangers, venant en particulier d'Amérique Latine et d'Asie.

L'« ère Kosslick » (2001-2019)

Une dernière étape marquante pour le festival berlinois a débuté à l'aube des années 2000 avec la nomination en 2001 de Dieter Kosslick à la direction de la Berlinale. Personnalité reconnue, il séduisit rapidement et devint une véritable « incarnation » de la Berlinale pendant 18 ans.

Dieter Kosslick a conféré une nouvelle dynamique à a Berlinale en procédant à de nombreuses innovations et réformes. Il a mis en valeur de la création cinématographique allemande en créant une section spécifique, « Perspektive Deutsches Kino ». On lui doit aussi la création de la section « Berlinale Talent Campus » pour déceler les talents émergents, la création d'une section consacrée au court métrage avec une compétition couronnée par un Ours d'or, et la création en 2015 d'une section consacrée aux séries.

Avec Dieter Kosslick, la Berlinale a pris un nouveau virage, une nouvelle ampleur et elle s'est diversifiée. Elle a ainsi su faire revenir à Berlin les vedettes, qui l'avaient désertée, et surtout elle a vu la fréquentation exploser, avec une moyenne de 300.000 billets vendus par an.

Mais tout règne à une fin. Il y a trois ans, quatre-vingts réalisateurs allemands ont demandé une réorientation du festival, accusé de proposer une programmation pléthorique et surtout de rester dans l'ombre des festivals de Cannes et de Venise.

En 2019, Dieter Kosslick a tiré sa révérence. A l'heure du 70e anniversaire, l'avenir de la Berlinale réside désormais entre les mains de l'Italien Carlo Chatrian, ancien directeur du festival de Locarno, et de la Néerlandaise Mariette Rissenbeek, qui a dirigé pendant de nombreuses années la promotion du cinéma allemand.

A.L.

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