Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

La Berlinale sacre « There is no evil », un film iranien contre la peine de mort

L’Ours d’or de la 70e Berlinale a récompensé le cinéaste iranien Mohammed Rasoulof pour « There is no evil »

L’Ours d’or de la 70e Berlinale a récompensé le cinéaste iranien Mohammed Rasoulof pour « There is no evil  ». Photo : Les producteurs Farzad Pak et Kaveh Farnam, et la fille du réalisateur, Baran Rasoulof, venus chercher le prix à Berlin, le cinéaste étant interdit de voyage, © Sandra Weller/ Berlinale 2020

02.03.2020 - Article

Dernier film présenté en compétition, « There is no evil » de l’Iranien Mohammed Rasoulof a remporté samedi l’Ours d’or de la 70e Berlinale.

Il a été présenté vendredi en avant-première mondiale à Berlin. Le lendemain, il était primé. Le film « There is no evil  » du réalisateur iranien Mohammed Rasoulof a remporté ce week-end l’Ours d’or de la Berlinale. Un prix mérité, ont applaudi les critiques. Un prix qui montre aussi que le festival entend conserver son ADN très politique sous la nouvelle direction de Carlo Chatrian et Mariette Rissenbeek.

Le grand vainqueur de la Berlinale, en effet, n’était pas présent lors de l’annonce du palmarès. En Iran, Mohammed Rasoulof est menacé d’une peine de prison. Son passeport lui a été retiré. Ce sont les producteurs du film et sa fille Baran, installée en Allemagne, qui sont venus chercher la prestigieuse statuette sur la Potsdamer Platz. Tous les participants du film ont risqué leur vie, a souligné cette dernière. Le réalisateur n’avait pas l’autorisation de tourner.

Un film engagé empreint d’humanisme

Film d’un humanisme profond et subtil contre la peine de mort, « There is no evil »  pose des questions qui gênent en Iran. Comment un père de famille aimant peut-il exécuter des condamnés à mort ? Peut-on mener une vie bonne en vivant dans les faux-semblants ? Quelle liberté est possible dans un monde de contrainte ? Quelle culpabilité porte l’individu obligé de se faire l’exécutant de la violence d’État ?

Mohammed Rasoulof les déroule l’une après l’autre à travers quatre histoires. Il y a d’abord celle de ce père de famille, le « gentil voisin sans histoire ». Au travail, il appuie sur le bouton qui exécute les condamnés à mort. Puis vient l’histoire d’un homme qui a refusé ce travail de bourreau : c’est une mise à mort économique et sociale. La troisième séquence évoque un mariage avorté, conséquence de l’obéissance passée. La quatrième se place du côté des enfants des marginalisés de force pour manque d’obéissance. Les quatre histoires se succèdent. La trame du film se tisse, telle un fil sur le pouvoir de dire « non ».

Deux Allemands et un film français au palmarès

Outre « There is no evil », le jury de la 70e Berlinale, présidé par le réalisateur britannique Jeremy Irons, a aussi récompensé « Never Rarely Sometimes Always ». Cet autre long-métrage à consonance politique (il traite de l’avortement aux États-Unis), réalisé par l’Américaine Eliza Hittman, a remporté le « Grand Prix du Jury ».

L’actrice allemande Paula Beer, Ours d’argent de la meilleure interprétation féminine pour son rôle dans « Undine » de l’Allemand Christian Petzold
L’actrice allemande Paula Beer, Ours d’argent de la meilleure interprétation féminine pour son rôle dans « Undine » de l’Allemand Christian Petzold© Sandra Weller/ Berlinale 2020

La comédienne allemande Paula Beer s’est vu attribuer l’Ours d’argent de la meilleure interprétation féminine. Elle est récompensée pour le rôle de la nymphe Ondine dans le film de Jürgen Petzold « Undine », une production franco-allemande qui revisite le mythe. L’Italien Elio Germano a remporté l’Ours d’argent de la meilleure interprétation masculine pour son rôle dans « Hidden Away » de Giogio Diritti.

Le prix de la mise en scène est allé au sud-coréen Hong Sangsoo pour « The woman who ran » et celui du scénario aux frères D’Innocenzo pour une comédie dans la banlieue italienne intitulée «  Bad Tales  ».

Le caméraman allemand Jürgen Jürges a reçu l’Ours d’argent de la meilleure prise de vue pour « DAU. Natasha ». Le film d’Iliya Khrzhanovskiy est néanmoins resté le film le plus controversé de la Berlinale.

Enfin, l’Ours d’argent spécial de la 70e Berlinale est allé à Benoît Delépine et Gustave Kervern pour « Effacer l’historique », une satire de l’ère numérique sur fond de mouvement des gilets jaunes.

Ni l’adaptation contemporaine du roman « Berlin Alexanderplatz  » par le germano-afghan Burhan Qurbani, ni la fable en forme de western de l'Américaine Kelly Reichardt « First Cow » n’ont remporté de prix. Les deux films ont malgré tout rencontré un indéniable succès auprès du public et de la critique.

Au total, la presse a jugé la première Berlinale de l’ère Carlo Chatrian - Mariette Rissenbeek plutôt réussie, bien que sans rupture majeure. Les critiques ont souligné l’exigence de la programmation élaborée par Carlo Chatrian et la discrétion des deux directeurs, qui contraste avec l’extraversion de leur prédécesseur, Dieter Kosslick.

A.L.

Plus d’informations :

Le palmarès de la Berlinale (en allemand/ anglais)

Retrouvez notre dossier sur la 70e Berlinale (en français) :

La Berlinale, 70 ans d'histoire
Berlinale 2020 : la révolution ?
Berlin, l'autre star de la 70e Berlinale

Retour en haut de page