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Mort de Rolf Hochhuth, dramaturge provocateur

Rolf Hochhuth en 2009

Rolf Hochhuth en 2009, © dpa

19.05.2020 - Article

À l’origine d’un scandale mondial avec sa pièce « Le Vicaire » en 1963, l’écrivain allemand est décédé le 13 mai à l’âge de 89 ans.

Les pièces mêlant recherches historiques et provocation politique étaient sa marque de fabrique. Le dramaturge allemand Rolf Hochhuth (1931-2020) est mort le 13 mai à l’âge de 89 ans. Il avait acquis une célébrité mondiale en 1963 avec sa toute première pièce, « Le Vicaire » (« Der Stellvertreter » en allemand). Elle avait fait scandale en dénonçant le silence du Pape Pie XII sur les crimes nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Le Vicaire » (« Der Stellvertreter »), pièce de Rolf Hohchhuth, à Berlin en 2018
« Le Vicaire » (« Der Stellvertreter »), pièce de Rolf Hohchhuth, à Berlin en 2018© Eventpress Hoensch

« Le Vicaire » était basé sur des documents historiques insérés dans une action fictive. Rolf Hochhuth y mettait en scène Kurt Gerstein, un S.S. ayant réellement existé qui a tenté d’avertir le Vatican de l’extermination des juifs dont il avait été témoin en Pologne. Mais la démarche n’a pas suscité de réaction du pape, dénonce la pièce. Le texte n’a pas été édité immédiatement. Mais il a fait scandale quand un célèbre metteur en scène, Erwin Piscator, l’a porté sur les planches de la Volksbühne de Berlin en février 1963. « Le Vicaire » sera finalement traduit en 17 langues et adapté dans 28 pays. Costa-Gavras s’en est inspiré pour son film « Amen » (2002). 

Le doigt pointé en quête de justice

Provoquer pour susciter une réflexion sur le passé : tel sera le leitmotiv de Rolf Hochhuth. Pionnier du théâtre documentaire, il se voulait un chercheur de vérité sans tabous, animé d’un sens éminent de la justice. Dictateurs, hypocrites, meurtriers ou banquiers : il n’avait pas peur de choquer quand il en allait des droits fondamentaux et de la morale. Ses détracteurs fustigeaient un moraliste à l’index toujours pointé sur un coupable, et toujours sûr d’avoir raison. Quoi qu’il en soit, il suscitait la controverse et il aimait cela.

Dramaturge, mais également auteur de nouvelles, d’essais et de poèmes, il a vu évoluer ses sources d’inspiration avec les transformations de la société. Dans les années 1960 et 1970, son œuvre a souvent tourné autour du passé nazi, de la dictature et de la résistance. En 1978, sa nouvelle « Un amour en Allemagne » (« Eine Liebe in Deutschland ») a même provoqué la démission du ministre-président du Bade-Wurtemberg, Hans Filbinger. Elle racontait l’histoire d’un prisonnier de guerre polonais exécuté pour sa relation avec une jeune Allemande qui, de son côté, sera déportée à Ravensbrück. Rolf Hochhuth a dénoncé à cette occasion le passé de juge dans la marine nazie de Hans Filbinger.

Dans ses autres œuvres, il a exploré avec la même énergie la responsabilité du Premier ministre britannique Winston Churchill dans les bombardements des villes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale (« Soldaten, Nekrolog auf Genf »/ litt. : Soldats, nécrologie de Genève, 1967), la soif de profit de l’industrie pharmaceutique (« Ärztinnen »/ litt. : Femmes médecins, 1980), le sentiment de dépossession lors des privatisations des entreprises est-allemandes au lendemain de la Réunification (« Wessis in Weimar »/ litt. : des « Wessis » (Allemands de l’Ouest) à Weimar, 1993) et l’esprit néolibéral qui a inspiré des restructurations destructrices d’emplois au tournant des années 2000 (« McKinsey kommt »/ litt. : McKinsey arrive, 2004).

A.L.

 

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