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Exposition : le capitalisme dans nos gènes

L’installation « Two Workers » (1993) de Duane Hanson, présentée dans le cadre de l’exposition « Wir Kapitalisten » (« Nous, les capitalistes »), à Bonn, jusqu’au 30 août 2020

L’installation « Two Workers » (1993) de Duane Hanson, présentée dans le cadre de l’exposition « Wir Kapitalisten  » (« Nous, les capitalistes »), à Bonn, jusqu’au 30 août 2020, © dpa

22.05.2020 - Article

Au fil des siècles, son ADN est devenu le nôtre. Le capitalisme influence nos comportements, nos sentiments, nos mentalités. Sa fin nous semblerait presque plus difficile à imaginer que la fin du monde. Capitalisme, qu’as-tu fait de nous ? C’est le thème d’une exposition à Bonn.

Qu’est-ce que le capitalisme ? C’est un système économique basé sur quelques grands principes comme la rationalité, l’individualisme, l’accumulation, l’investissement, la croissance, la destruction créatrice, etc. Voilà la première réponse qui vient à l’esprit.

Si l’on veut approfondir, on ajoutera que c’est un phénomène historique. Il a été à l’origine de toute notre modernité, en Occident, depuis la fin du Moyen Âge. Ses prémices remontent à la création des premiers instituts bancaires dans les villes d’Italie du Nord au XIe siècle. Il est passé par une succession d’étapes : le développement du commerce en Angleterre et en Hollande avec l’émergence d’une élite marchande, le développement des transports et des voies de communication, l’industrialisation, la production de masse, le développement d’une société de services, le capitalisme financier et dérégulé. Aujourd’hui, il s’est étendu à l’ensemble de la planète. Mais on commence simultanément à s’interroger sur les limites de sa forme contemporaine, que l’on a pris l’habitude d’appeler « néolibéralisme ».

 

Capitalisme, qu’as-tu fait de nous ?

En cette période de doutes et d’interrogations, la Bundeskunsthalle vient nous proposer une troisième approche : celle de la culture, au sens large. Le musée de Bonn présente jusqu’au 30 août une exposition originale, « Wir, Kapitalisten » (« Nous, les capitalistes »). Il nous embarque pour une traversée à la découverte de contrées négligées de notre univers mental. Le but de cette exploration est de parvenir à une meilleure compréhension de ce qui nous constitue au plan individuel et collectif. Des sociologues, des philosophes, des historiens des mentalités et des psychologues nous servent de guides.

Olaf Nicolai, « A portrait of the Artist as a Weeping Narcissus » (2000), présenté dans le cadre de l’exposition « Wir, Kapitalisten » (« Nous, les capitalistes »), à Bonn, jusqu’au 30 août 2020
Olaf Nicolai, « A portrait of the Artist as a Weeping Narcissus » (2000), présenté dans le cadre de l’exposition « Wir, Kapitalisten » (« Nous, les capitalistes »), à Bonn, jusqu’au 30 août 2020© dpa

Chaussons leurs lunettes. Il apparaît que le développement du capitalisme n’a pas seulement apporté des réponses au problème économique de la rareté, ni seulement influencé le cours de l’histoire. Il a aussi changé ce qui l’a créé : l’homme lui-même. Il a impacté, et parfois conditionné nos manières de penser, de sentir et de vivre.

Les conséquences pratiques sont immenses. Notre rapport à l’identité, au temps, aux biens, à la matérialité s’en trouvent modifiés. Nous percevrions-nous comme des individus aux multiples potentiels d’épanouissement sans la notion d’individu ? Voire sans rationalisation de la performance et la valorisation de la productivité ? Accumulerions-nous sans rapport avec nos besoins sans la notion de réinvestissement des bénéfices et d’accumulation ? Serions-nous portés à toujours innover sans la notion de croissance ? Irions-nous vivre ailleurs, à la ville ou à la campagne, si la propriété privé n’existait pas ? Et d’ailleurs, tout doit-il faire l’objet d’une appropriation privée ou y a-t-il des biens communs tels que, par exemple les ressources naturelles ?

« Au sens figuré, l’ADN du capitalisme est depuis longtemps passé nos gènes », souligne la Bundeskunsthalle. Cela a même fait dire de manière provocatrice à deux historiens de la culture, Frederic Jamerson et Mark Fisher, qu’« il est plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme ». Mais avant eux, Karl Marx écrivait déjà que la foi dans le capitalisme avait commencé à prendre la place de la religion, rappelle l’exposition. Et Max Weber voyait dans l’éthique protestante l’une des racines de « l’esprit du capitalisme ». Quant à Walter Benjamin, il analysait le capitalisme comme une religion à part entière parasitant le christianisme.

 

Matière à réflexion

Chacun se sentira concerné. Les 250 œuvres d’art, pièces historiques et objets du quotidien que rassemble l’exposition ouvrent des horizons. A côtés des autoroutes de l’économie et de l’histoire, elles font emprunter des chemins de traverse dépaysants, ouverts par la sociologie, la philosophie et la psychologie. Un jeu de rôle (« Kapitalismus-Game  ») est même proposé. Il propose, à plusieurs, d’ expérimenter la façon dont le système capitaliste qui nous environne contribue à façonner notre ego et à construire notre identité.

L’exposition pose aussi des questions. Elle pointe des contradictions. Par exemple, le gaspillage et l’hédonisme qui caractérisent le capitalisme contemporain ne sont-ils pas en totale contradiction avec les maximes de réinvestissement des bénéfices et d’accumulation des principes originels du capitalisme ?

Bref, il y a là de quoi mieux se comprendre, mieux comprendre le monde et ouvrir des portes. Voire de quoi lutter contre le sentiment d’impuissance. L’absence d’imaginaire collectif hors des sentiers battus du capitalisme n’est-elle pas l’un de nos freins pour imaginer des solutions à des défis contemporains comme le changement climatique ?

A.L.

 

« Wir, Kapitalisten  »  (« Nous, les capitalistes »)
Exposition au musée de la Bundeskunsthalle à Bonn jusqu’au 30 août 2020

Plus d’informations :

Visite virtuelle de l’exposition (en allemand, sous-titres en anglais)

Musée de la Bundeskunsthalle (en allemand et anglais)

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