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Exposition : Thomas Mann, un démocrate pour aujourd’hui

L’écrivain allemand et Prix Nobel de littérature Thomas Mann (1875-1955)

L’écrivain allemand et Prix Nobel de littérature Thomas Mann (1875-1955), © dpa-Bilderdienste

25.06.2020 - Article

La Maison de la littérature de Munich consacre une exposition aux réflexions de l’écrivain allemand sur la démocratie pendant la Seconde Guerre mondiale. Des réflexions toujours actuelles qui appellent à un « ressourcement ».

« Democraty will win ». « La démocratie vaincra ». À une époque où la démocratie semble grignotée par les populismes, c’est le titre de l’exposition que présente la Maison de la littérature de Munich. Jusqu’au 4 octobre, elle s’intéresse au chemin politique de l’écrivain Thomas Mann (1875-1955) et souligne l’actualité intacte de ses réflexions sur la démocratie pendant la période nazie.

 

De son exil californien

L’exposition nous fait voyager jusqu’en Californie. Elle nous emmène dans le quartier de Pacific Palisades, à Los Angeles, où l’écrivain a vécu en exil à partir de 1942. Les commissaires ont eu l’idée de recréer le bureau et la salle de séjour du Prix Nobel de littérature, jusqu’aux fauteuils en cuir capitonné, aux tapis bourgeois et aux lampadaires. Cette reconstitution forme le nœud spatial et métaphorique de l’exposition. C’est une porte d’entrée bien concrète vers un sujet un peu abstrait. Elle est complétée par des photos, des manuscrits, des livres et des lettres.

La maison de Pacific Palisades a, en effet, été plus qu’une simple demeure. Rachetée en 2016 par le ministère allemand des Affaires étrangères et transformée en centre culturel, elle est restée dans les mémoires comme un pôle clé de la résistance intellectuelle au nazisme. Car Thomas Mann n’y a pas seulement écrit quelques chefs-d’œuvre (« Joseph et ses frères », « Docteur Faustus », il en a fait un lieu d’échanges intellectuels entre les deux rives de l’Atlantique. Ici, se sont croisés, pêle-mêle, le physicien Albert Einstein, les philosophes Martin Buber et Theodor Adorno, les écrivains Lion Feuchtwanger, Alfred Döblin et Berthold Brecht ou encore les compositeurs Bruno Walter et Arnold Schönberg.

 

Des discours qui n’ont pas pris une ride


Cette résistance a également trouvé son expression sur un autre terrain : les discours de l’écrivain. Et notamment dans les 58 allocutions qu’il adressa « aux auditeurs allemands » via la BBC entre 1940 et 1945. L’exposition les revisite pour nous amener à réfléchir.

Car à huit décennies de distance, ils résonnent d’une étrange actualité à nos oreilles de citoyens du XXIème siècle. « On met en doute partout dans le monde l’évidence de la démocratie. L’heure est à son ressourcement », affirmait Thomas Mann en 1938. « C’est un spectacle terrible que de voir l’irrationnel devenir populaire », ajoutait-il cinq ans plus tard. Le discours, prononcé devant la Library of Congress a marqué les esprits. L’écrivain en était convaincu : « democraty will win ».

 

Haut défenseur des valeurs de la démocratie, Thomas Mann ne l’avait pourtant pas toujours été. Enfant de la bourgeoisie commerçante de Lübeck, il a été monarchiste sous l’Empire avant d’être démocrate sous la République de Weimar, il a été nationaliste et conservateur avant de devenir un citoyen du monde. Ce cheminement complexe fait l’objet de la première partie de l’exposition.

La seconde est ensuite consacrée au destin de la démocratie après 1945. Elle exploite les outils multimédias pour nous ramener jusque dans le présent. Des personnalités comme Greta Thunberg, Barack Obama et Edward Snowden sont convoquées pour tenter de répondre à nos interrogations : comment devient-on un démocrate ? Comment défendre sa position ? Comment défendre et durablement la démocratie comme seule forme possible pour la société ?

Là encore, les propos de Thomas Mann semblent prémonitoires. N’affirmait-il pas dans une interview en 1941 que « le slogan qui conduira vraiment l’Amérique à la première place dans le monde n’est pas  »America First«  mais  »Democraty First«  et  »Human Rights First« . En français : pas  »l’Amérique d’abord«  mais  »la démocratie d’abord«  et les  »droits de l’homme d’abord« .

A.L.

 »Democraty will win«  : Thomas Mann

Exposition à la Maison de la littérature de Munich jusqu’au 4 octobre

 

Plus d’informations (en allemand) : https://www.literaturhaus-muenchen.de/ausstellung/thomas-mann-2/

 Maison de Thomas Mann en Californie (en anglais et allemand) : https://www.vatmh.org/de/home-de.html

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