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Olafur Eliasson et Andreas Görgen présentent Earth Speakr, une plateforme participative destinée aux enfants

Capture d'écran du site Earth Speakr, destiné aux enfants

Capture d'écran du site Earth Speakr, destiné aux enfants, © Earth Speakr/Olafur Eliasson

23.07.2020 - Article

L’artiste Olafur Eliasson et Andreas Görgen, directeur général de la Culture au ministère des Affaires étrangères, ont échangé avec l’OFAJ au sujet d'Earth Speaker. Il s'agit d'une œuvre qui s’inscrit au cœur du programme culturel de la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne en 2020.

Ce projet participatif invite les jeunes à partager leurs visions d’avenir pour l’Europe et le monde ainsi qu’à faire entendre leur voix. Earth Speakr utilise la réalité augmentée ; elle comprend une application ludique et gratuite et un site Internet interactif (https://earthspeakr.art/fr), disponible dans les 24 langues officielles de l’Union européenne.

1. OFAJ à M. Görgen : Le 1er juillet 2020, l’Allemagne a pris pour six mois la présidence du Conseil de l’Union européenne. Durant cette présidence, vous vouliez mettre l’accent sur la culture – en particulier grâce au lancement du projet d’Olafur Eliasson : Earth Speakr. Celui-ci prend la forme d’une plateforme interactive qui permet aux jeunes de s’adresser à la planète. Quels sont les défis qui vont de pair avec ce projet participatif pour l’Allemagne ? Et pour l’Europe ?

Andreas Görgen : Ce projet participatif va aujourd’hui bien au-delà de ce que nous avions imaginé. Il montre que les processus culturels sont bien plus importants que les produits. En tant que diplomates ou agentes et agents de la fonction publique, nous sommes fiers de travailler pour l’intérêt général – et sans doute encore davantage avec la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne. Non pas pour le « produit » ou la « connaissance », mais pour les processus qui impliquent un effort commun – et ensuite une confiance vis-à-vis de ces processus culturels. C’est notre mission de promouvoir la cohérence, la solidarité et l’humanité en tant que démarches communes.

L’art dans l’espace numérique peut également servir de métaphore pour l’Europe. Tout comme le monde numérique, l’Europe a besoin d’être façonnée – comme on le ferait avec une œuvre et dans une démarche artistique – afin que les différences soient perçues comme une partie d’un tout. C’est aussi de cette manière que l’œuvre Earth Speakr crée des espaces sécurisés où l’on n’est pas obligé de s’identifier uniquement à soi-même et où l’on peut s’ouvrir à faire l’expérience de « l’autre ».

2. À Olafur Eliasson : Que vouliez-vous transmettre aux jeunes avec Earth Speakr et quel rôle peuvent-ils jouer dans ce projet ?

Olafur Eliasson : Pour Earth Speakr, j’ai travaillé avec l’équipe de mon studio et avec des experts que nous avons impliqués dans la réalisation du projet. Nous avons mis à disposition une œuvre qui fait, disons, la moitié du chemin. J’invite les enfants et les jeunes de toute l’Europe et du monde entier à créer l’autre moitié de l’œuvre. C’est ce qu’ils feront de la plateforme numérique qui déterminera au bout du compte le contenu de l’œuvre. Cela en fait une œuvre incroyablement ouverte, qui se construit sur une relation définie par la confiance.

Comme Earth Speakr est numérique, il est possible d’y contribuer partout depuis un téléphone ou une tablette. Les jeunes sont conviés à partager leur point de vue sur la planète et le climat en projetant un message qu’ils auront préparé sur un élément de leur environnement, quel qu’il soit, l’aspect créatif étant mis en avant. Ils peuvent ainsi faire parler un arbre, une pomme, une voiture, une poubelle, la mer ou encore le ciel. Et ce qui est intéressant, c’est qu’ils prêtent indirectement leur voix et leurs mimiques à ces objets. Ces petites œuvres d’art animées peuvent alors être diffusée – je l’espère, également des adultes, de préférence à des hommes et femmes politiques ou à des personnes à la tête d’entreprise et d’autres responsables qui seront peut-être sur le point de prendre une décision court-termiste et que ces messages inciteront à réfléchir plus amplement pour faire un meilleur choix. Cette œuvre est un porte-voix pour les enfants et les jeunes qui ne se sentent peut-être pas écoutés alors qu’ils savent très bien ce qui se passe avec notre planète. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est intitulée Earth Speakr. Les jeunes jouent effectivement un rôle-clé pour l’avenir de la planète.

3. OFAJ à Olafur Eliasson : D’après vous, que peuvent nous apprendre les enfants et les jeunes à nous, les adultes, dans la lutte pour la protection de l’environnement ?

Olafur Eliasson : Nous ne devrions pas priver les jeunes de développer des visions pour un avenir viable avec lesquelles il est possible de s’identifier. La vie sur Terre repose sur la coexistence de l’être humain, des animaux, des plantes et des écosystèmes. Nous devons reconnaître cette coexistence et prendre les mesures qui s’imposent pour la protéger. Dans les débats actuels sur la politique climatique, il est essentiel que les voix des générations futures résonnent clairement et fortement, car ce sont elles qui vivront cet avenir sur lequel nous avons aujourd’hui des répercussions durables.

Personnellement, je suis convaincu que les enfants et les jeunes sont des experts du climat et de la manière dont nous devrions-nous occuper de notre planète. Ma génération, tout comme la génération précédente, s’est souvent tournée vers le passé pour rechercher la stabilité et l’inspiration pour l’avenir. Les enfants et les jeunes, eux, se fondent sur le « aujourd’hui » et le « maintenant » pour comprendre l’avenir. Pour eux, il est clair que nos actes doivent être constamment guidés par l’espoir de faire de notre planète un endroit meilleur, aujourd’hui et demain. C’est pour cela que j’ai confiance dans le fait que les enfants, en tant qu’artistes et qu’experts de l’avenir, donneront une image de notre monde actuel que nous n’aurions pas imaginée sans eux, une image collective susceptible de se muer en un avenir commun.

À vrai dire, j’aurais besoin que les lecteurs et les lectrices de cette newsletter de l’OFAJ ainsi que leurs familles deviennent des ambassadrices et ambassadeurs du projet Earth Speakr et soutiennent les efforts et l’ambition du ministère allemand des Affaires étrangères, de l’OFAJ et de mon équipe et moi-même afin que cette œuvre d’art parvienne à tous les enfants et à tous les jeunes en Europe. Plus nous réunirons de participantes et participants, plus nos visions d’avenir collectives reflèteront les voix du monde qui nous entoure.

4. Olafur Eliasson, vous croyez en la transformation de la société par l’art, et Andreas Görgen, vous êtes responsable de la diffusion de la culture allemande à l’étranger. Selon vous, quel rôle peut jouer la culture dans les échanges (interculturels) de jeunes ?

Olafur Eliasson : Ce qui rend l’art et la culture aussi importants, c’est qu’ils sont là pour leur public et non pour être à sa charge. Je ne considère pas les personnes qui se rendent par exemple dans les musées ou au théâtre comme des consommateurs, mais comme des producteurs. L’art et la culture ont la capacité de dépasser les frontières, car il y est question d’expérience, d’étonnement, de remise en question et d’implication personnelle. Je crois qu’il est important pour toute société démocratique de réfléchir à elle-même et à ses valeurs, et l’art offre des possibilités pour le faire. Cette réflexion sur soi-même, il faut la soutenir par-delà les frontières, entre les individus, les groupes et les pays, qu’ils soient proches ou éloignés.

Andreas Görgen : La culture, en particulier lorsqu’elle est envisagée comme un processus, est fondamentale pour les rencontres d’égal à égal lors des échanges de jeunes. De plus, la création (inter)culturelle commune des jeunes est à mon avis essentielle pour nous tous. Earth Speakr en est un bon exemple, car cette œuvre nous met finalement – nous les adultes – face au défi de nous ouvrir aux messages de la jeunesse. C’est une œuvre pour les jeunes d’Europe, pour celles et ceux qui peut-être ne sont pas encore aussi aliénés que nous les adultes et n’ont pas encore autant intégré la séparation entre l’être humain et la nature. Je pense que nous avons vraiment besoin de cette notion de l’universel et que nous pouvons certainement apprendre des plus jeunes dans ce domaine.

Olafur Eliasson : Nous sommes d’accord, je pense, pour dire que les meilleurs ambassadeurs et ambassadrices de l’avenir sont potentiellement celles et ceux qui sont eux-mêmes l’avenir, c’est-à-dire les enfants et les jeunes, et en aucun cas les adultes. Lorsque nous parlons de l’avenir de l’Europe, et que nous nous concentrons sur ce que nous avons en commun plutôt que sur ce qui nous sépare, nous devrions écouter ce que les jeunes ont à dire. En parallèle, cette œuvre nous permet d’aborder des opinions divergentes sans polariser ni exclure certains groupes. Nous nous sommes posé la question suivante : comment organiser une communauté paneuropéenne incluant vraiment tout le monde ?

5. OFAJ à M. Görgen : Le secteur de la culture a beaucoup souffert de la crise du coronavirus en Allemagne, en France et dans toute l’Europe. Quelles actions issues de la coopération franco-allemande pourraient aider ce secteur ?

Andreas Görgen : Pour soutenir les acteurs de la création culturelle durant la crise actuelle au regard de la pandémie mondiale, il faut des solutions à la fois innovantes, courageuses et durables pour des relations culturelles fortes entre l’Allemagne et la France, au sein de l’Union européenne, mais aussi avec nos partenaires hors UE. Les projets comme Earth Speakr qui permettent une proximité culturelle aussi dans l’espace numérique et invitent à l’échange au sein d’un public commun européen sont essentiels pour le renforcement de nos relations culturelles. C’est dans cette direction que nous voulons aller avec nos partenaires européens, et notamment la France, durant la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne.

© OFAJ

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