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Beethoven et la liberté, au-delà du mythe

Les portraits des compositeurs Carl Maria von Weber et Franz Schubert entourant le masque mortuaire de Ludwig van Beethoven et le faire-part pour son enterrement

Les portraits des compositeurs Carl Maria von Weber et Franz Schubert entourant le masque mortuaire de Ludwig van Beethoven et le faire-part pour son enterrement, © Musée historique allemand/ David von Becker

08.09.2020 - Article

Le Musée historique allemand, à Berlin, propose jusqu’au 30 juin 2021 un parcours thématique consacré au grand compositeur allemand. Il explore sa conception de la liberté, une notion à laquelle on associe parfois un peu trop mécaniquement son génie.

« Aimer la liberté par-dessus tout ». Ludwig van Beethoven (1770-1832) avait inscrit ce vers du « Don Carlos » de Friedrich Schiller dans ses cahiers. C’est dire si le compositeur allemand chérissait la liberté. Sa musique s’en fait l’écho jusqu’à nos jours. La liberté était d’ailleurs l’aspiration de toute sa génération, celle des Lumières, de la Révolution française et de ses bouleversements. Ainsi, on associe depuis toujours le génie beethovenien à la liberté. Comme une évidence… Mais n’est-ce pas là une évidence trop criante ? À l’occasion du 250e anniversaire de la naissance du compositeur, le Musée historique allemand (DHM) s’interroge en toute liberté.

Il propose jusqu’au 30 juin 2021 un nouveau parcours thématique dans son exposition permanente : «  Beethoven / Freiheit » (« Beethoven/ Liberté »). 60 objets et une vingtaine de stations audio interactives y posent une question : que signifiait la liberté pour Beethoven, à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles ?

« Associer la vie et l’œuvre de Beethoven au slogan de la liberté est problématique, explique l’exposition, car cela génère des erreurs d’interprétation. Les revendications d’aujourd’hui en matière de liberté individuelle, sociale ou artistique ne correspondent pas à la réalité de la vie de Beethoven et de ses contemporains, ni à leur façon de concevoir la liberté. »

Beethoven, instrument… de propagande

D’où vient alors le malentendu ? Beethoven et sa musique ne nous sont pas parvenus vierges de toute influence, montre l’exposition. Depuis toujours, ils ont été instrumentalisés. Cette récupération a culminé sous le nazisme (Hitler a fait de Beethoven l’incarnation du génie allemand), puis au temps de la RDA. Le régime communiste est-allemand a célébré le « camarade Ludwig  » comme le pionnier d’un socialisme humaniste et civique. Beethoven, instrument de propagande… Un air qui sonne faux, bien sûr… Mais il a rythmé l’histoire de la réception du grand compositeur.

Malentendu

Un autre malentendu profond semble, par ailleurs, nous rendre sourds à ce qui a limité la liberté artistique du compositeur. On célèbre Beethoven pour son détachement à l’égard des conventions musicales. Cela lui a permis de parachever le classicisme et d’ouvrir la voie au romantisme. Mais a-t-on conscience qu’il a redouté toute sa vie de voir sa liberté de créateur rongée par la surdité ?

Cornets acoustiques, cahiers de conversation, enthousiasme pour l’apparition du métronome, suivi fébrile de l’actualité scientifique en témoignent. Beethoven a déployé une énergie de titan pour garder le contrôle de sa vie et de son œuvre malgré le mal. On a baptisé sa Cinquième Symphonie « symphonie du destin », avec ses quatre « coups » liminaires. Son finale se referme sur une « marche triomphale »… Mais la réalité est autre. La liberté artistique de Beethoven était autant l’enfant de grandes aspirations que celle de la contrainte.

Beethoven et son temps

Partition de la Marseillaise (ayant appartenu à Beethoven)
Partition de la Marseillaise (ayant appartenu à Beethoven)© Musée historique allemand/ David von Becker

Ces constats posés, l’exposition replace Beethoven dans son époque. Elle explore la vision de la liberté qu’il a développée au milieu des bouleversements de son temps : philosophie des Lumières, Révolution française, époque napoléonienne, congrès de Vienne. Une époque travaillée en profondeur par les idées de liberté, mais aussi par les réactions qu’elles généraient.

Beethoven était le fils de son temps. Il avait baigné dans l’atmosphère libérale inspirée de l’Aufklärung dans sa jeunesse à Bonn, puis il a vécu dans la Vienne de l’empereur Joseph II, monarque éclairé. Il a adulé Bonaparte au point de lui dédier sa troisième symphonie. Puis il a détesté Napoléon au point de rayer sa dédicace d’un coup de gomme rageur et de rebaptiser sa symphonie « héroïque ».

Chacune des étapes du parcours est scandée par une œuvre proposée à l’écoute. Mais c’est au bar que les mélomanes se retrouveront sans doute après la visite. Un bar particulier : un bar « acoustique » où l’on peut réécouter en toute tranquillité les œuvres de Beethoven.

A.L.

« Beethoven/ Liberté »
Parcours thématique au sein de l’exposition permanente du Musée historique allemand (DHM), à Berlin
À visiter jusqu’au 30 juin 2021, entrée gratuite

Plus d’informations (anglais/ allemand)

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