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Prix du livre allemand : qui sont les finalistes ?

Les six finalistes du Prix du livre allemand 2020 dans la catégorie « roman ». Verdict le 12 octobre

Les six finalistes du Prix du livre allemand 2020 dans la catégorie « roman ». Verdict le 12 octobre, © dpa

18.09.2020 - Article

L’Association des éditeurs et libraires allemands a dévoilé la liste des six romans nominés pour le prestigieux Prix du livre allemand.

En Allemagne aussi, c’est la saison des prix littéraires. Le suspense monte à l’approche de la Foire du livre de Francfort, l’événement littéraire de l’automne (14-18 octobre). Depuis quelques jours, on connaît la liste restreinte des romans nominés pour le Prix du livre allemand. Quatre femmes et deux hommes y figurent. Ils traitent de thèmes variés, de l’enfance à l’histoire et à l’immigration. Sélectionnés parmi les 187 titres envoyés par les éditeurs, un record, ils ont séduit le jury « par l’expressivité de leur langue et leurs innovations formelles. » Présentation des six finalistes. Verdict le 12 octobre.

Bov Bjerg, « Serpentinen  »

Un père part avec son fils sur les  « chemins tortueux » (Serpentinen) qui mènent aux collines de son enfance. Ils n’y baignent pas seulement dans les paysages d’autrefois. Ils croisent la route du destin à travers le visage des ancêtres : un arrière grand-père, un grand-père, un père qui se sont tous suicidés. Or, partir, faire des études, réussir : cela n’a pas apporté le salut espéré. Revenir et se souvenir y contribuera-t-il ? Peut-être, à condition de reprendre un à chacun des virages de la vie.

Écrivain et artiste de cabaret reconnu âgé de 55 ans, Bov Bjerg, raconte à travers ce retour au pays une histoire familiale qui ouvre sur la grande Histoire, celle du passé allemand. « Serpentinen est un récit qui explore la sociologie en profondeur tout en créant dans une langue très littéraire une atmosphère de mélancolie, souvent avec beaucoup d’esprit », a commenté le jury. « Dans ce roman, chaque mot est absolument à sa place et parvient à raconter ce qui est en réalité inexprimable. »

Dorothee Elmiger, « Aus der Zuckerfabrik  »

D’où vient le sucre ? C’est le fil conducteur du roman de la jeune écrivaine suisse Dorothee Elmiger. Le lecteur embarque pour un voyage dans le temps et dans la littérature. Il chemine sur les traces de l’argent et du désir, traversant les siècles et les régions du monde. Il croise le premier millionnaire du loto sur une plage des Caraïbes et les exportateurs de canne à sucre en Haïti. Il rencontre l’écrivain Heinrich von Kleist et sa nouvelle « Les fiancés de Saint-Domingue ». Mais aussi des mystiques, des joueurs, des hommes à l’appétit inépuisable, entre extase et folie, rêves et désastres. On pénètre au cœur de la complexité du monde.

« L’auteur synthétise ses recherches dans une forme très proche de l’essai, plutôt sous forme de collage », a commenté le jury. Sa méthode permet de montrer « que le colonialisme est indissociablement lié à l’histoire européenne et que les Européens, quand ils racontent autre chose, ne connaissent qu’une moitié de la vérité. »

Thomas Hettche, « Herzfaden »

Au théâtre ou à la télévision, c’est le paradis des enfants. La « Puppenkiste » (litt. La boîte à marionnettes) d’Augsburg est depuis 70 ans l’un des plus célèbres théâtres de marionnettes d’Allemagne. Une véritable boîte à merveilles dont l’écrivain Thomas Hettche, déjà deux fois finaliste du Prix du livre allemand, en 2006 et 2014, a fait le décor de son nouveau roman, « Herzfaden » (litt. Le « Fil du cœur »).

L’histoire commence après une représentation de la Puppenkiste. Une petite fille de douze ans a emprunté une porte dérobée, et la voilà qui atterrit sur un toit merveilleux. Elle y retrouve ses amis, les marionnettes de la Puppenkiste : la Princesse Li Si, Mikes le chat et Lucas le conducteur de locomotive. Mais elle fait surtout la connaissance de celle qui les a imaginées et sculptées. Elle va raconter leur histoire.

En effet, comme le montre Thomas Hettche, l’histoire de la Puppenkiste d’Augsburg est d’abord une histoire de famille. Des passionnés géniaux qui ont tout inventé et créé de leurs mains dans la période difficile de l’immédiat après-guerre. C’est un roman « léger et élégant », commente le jury, « qui mêle les grands thèmes du présent et du passé allemand. » D’un toit fantasmagorique, il plonge le lecteur dans la réalité, la fin de l’enfance et la perte de l’innocence. « Il parle de l’imagination et de sa reconquête », poursuivent les jurés. Non sans un certain « art de l’illusion ludique et mélancolique ».

Deniz Ohde, « Streulicht  »

De la neige carbonique, un père alcoolique qui ne jette rien, une mère qui se sent à l’étroit dans la cité ouvrière et qui finit par faire sa valise en laissant sa fille entre les griffes paternelles. Puis l’échec scolaire. L’énergie qu’il faut déployer pour tenter de compenser les lacunes et grimper sur l’échelle sociale. Et finalement, la peur, une fois arrivée, d’être remise à sa place.

«  Streulicht » (litt. « Diffusion de lumière ») raconte l’histoire d’une famille désireuse de s’intégrer, mais qui se trouve broyée par les ratés de l’ascenseur social. C’est un récit à la première personne qui met en lumière un milieu ignoré : celui des ouvriers issus de l’immigration de la deuxième ou troisième génération. « Deniz Ohde ne donne pas seulement une forme plastique à un monde et à des acteurs qui restent en général cloîtrés » dans leurs logements  sociaux, souligne le jury. « Elle y parvient sans recourir au moindre cliché, et sans pointer un doigt réprobateur. »

Anne Weber, « Annette, ein Heldinnenepos »

« Annette, ein Heldinnenepos » (litt. « Annette, une épopée féminine héroïque ») est une biographie narrée sur le mode de l’épopée. Elle raconte l’histoire vraie d’Anne Beaumanoir, résistante, médecin et femme de conviction qui a aujourd’hui 96 ans. Le lecteur revit les grandes heures du siècle passé à travers elle : la résistance communiste pendant la Seconde Guerre mondiale, la vie d’une neurophysiologiste à Marseille, les dix années de prison pour avoir défendu l’Indépendance de l’Algérie.

Anne Weber, « en recourant au genre de l’épopée, est parvenue à transformer la vie réelle d’Anne Beaumanoir en un récit littéraire grandiose », loue le jury. « Avec un humour tout en finesse, elle raconte la vie d’une femme qui a été prête à prendre tous les risques pour défendre son idéal de justice ». Son épopée se déploie en vers le plus souvent non rimés. Elle est portée par un rythme fluide, le sens du suspense et une langue pleine de délicatesse. Elle ne cesse de créer des ponts philosophiques et politiques avec le présent. « Un hommage merveilleux et convaincant à une femme extraordinaire », résume le jury.

Christine Wunnicke, « Die Dame mit der bemalten Hand »

1764. Carsten Niebuhr (1733-1815), explorateur et géographe allemand, quitte le nord de l’Allemagne pour l’Arabie. Mais il s’échoue sur l’île d’Elephanta, dans la baie de Bombay, en Inde. Voilà qui n’était pas prévu au programme ! Cerise sur le gâteau, Niebuhr attrape le paludisme. Que faire ? Le scientifique allemand rencontre un constructeur d’astrolabes de Jaipur qui s’est lui aussi échoué en voulant se rendre à la Mecque. Ils devisent longuement en arabe. Niebuhr est finalement découvert par des indigènes, qui le soignent. « Die Dame mit der bemalten Hand » (litt. : « La dame à la main peinte ») est un roman aérien sur la curiosité, le voyage, l’exploration du monde et la rencontre des cultures au XVIIIe siècle. « C’est aussi un roman sur l’accueil que l’on peut recevoir à l’étranger », souligne le jury. « Tout cela raconté avec force espièglerie et humour », ajoute-t-il. « Maîtrisé et absolument séduisant ».

A.L.

Plus d’informations:

Site web du Prix du livre allemand (en allemand)

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