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Exposition : qui étaient les Germains ?

Cavalier et son cheval, plâtre colorisé représentant les ancêtres germaniques, postérieur à 1913, figurine créée par Heinrich Keiling, Halle

Cavalier et son cheval, plâtre colorisé représentant les ancêtres germaniques, postérieur à 1913, figurine créée par Heinrich Keiling, Halle, © Musée central romain-germanique de Mayence/ V. Iserhardt

09.10.2020 - Article

A Berlin, une exposition établit pour la première fois un état des lieux de la recherche archéologique sur les peuples germaniques dans l’Antiquité. Elle met l’accent sur les fouilles récentes et s’émancipe de la perspective romaine qui domine souvent notre perception.

Magazines spécialisés, documentaire télévisé : le sujet semble être dans l’air depuis quelques années en Allemagne. Qui étaient les « Germains » ? Ont-ils seulement existé ? Et si oui, que nous en dit aujourd’hui l’archéologie ? Pour la première fois, un grand musée allemand se penche sur la question avec le projet ambitieux d’établir un état des lieux de la recherche. Il en résulte non pas une, mais deux expositions. Elles sont à visiter à Berlin, sur l’Île des musées, jusqu’au 21 mars 2021.

La première est présentée à la James-Simon-Galerie, le dernier-né des musées de l’Île des musées (2019). Elle s’intitule « Germanen. Eine archäologische Bestandsaufnahme » (« Germains, un état des lieux du point de vue archéologique »). On y découvre 700 objets, pour beaucoup issus de fouilles récentes ou prêtés par des grands musées allemands, danois, polonais et roumains.

Découvertes archéologiques récentes

Ils dévoilent ce que la recherche a permis d’établir concernant ces peuples, les « Germains », qui vivaient au nord du Danube et à l’est du Rhin entre le Ier siècle avant J.C. et le IVe siècle après J.C.

Certaines de ces pièces confirment les sources romaines. Ecrits à la fin du Ier siècle après J.C., « La Germanie » et les « Annales » de Tacite ont, en effet, déterminé pendant très longtemps le regard que les historiens ont porté sur les Germains. L’exposition montre ainsi, à l’instar de l’historien romain, que les peuples germaniques ne possédaient pas de structures politiques centrales, ni hiérarchisées. Ils vivaient au sein de microsociétés, souvent des communautés villageoises de cinq à vingt maisons, et ils se gouvernaient de manière autonome au niveau local. Il y avait peu de différenciation sociale. De quoi surprendre en effet un historien romain ! Des potentats régionaux pouvaient néanmoins s’établir de manière ponctuelle pour traverser une période de crise.

Des « barbares » ?

En revanche, Tacite (qui ne s’est jamais rendu en Germanie et a travaillé sur des sources écrites de son temps) s’est trompé ailleurs. Les Romains avaient de la « Germania Magna », le vaste territoire situé à l’est du Rhin et au nord du Danube, l’image d’un pays couvert de forêts impénétrables, vide de toute cité et privé de routes, donc de toute civilisation.

Figurine en bronze représentant un bœuf, Berlin-Schöneberg, IIIe siècle apr. J.C. . Nombre de statuettes de bœuf ou de bélier de ce type ont été trouvées dans les villages germaniques de l'Antiquité
Figurine en bronze représentant un bœuf, Berlin-Schöneberg, IIIe siècle apr. J.C. . Nombre de statuettes de bœuf ou de bélier de ce type ont été trouvées dans les villages germaniques de l'Antiquité. Elles pourraient avoi servi à un culte du bélier sur le modèle romain© Musées nationaux de Berlin/ Musée de la Préhistoire et de la Protohistoire/ C. Klein

Ils avaient sûrement leurs raisons. De fait, si Jules César était parvenu, lors de la Guerre des Gaules (58-51 avant J.C.), à faire progresser l’imperium romanum jusqu’au Rhin, et si les légions d’Auguste avaient un temps poussé l’avantage romain jusqu’à l’Elbe, les légions impériales étaient revenues penaudes de leur rencontre avec le Germain Arminius. Ou plutôt, elles n’étaient pas revenues ! Victimes d’un guet-apens dans un sous-bois malcommode pour la progression de leurs colonnes, elles furent littéralement pulvérisées dans la Forêt de Teutoburg. Ce désastre, l’une des pires défaites de toute l’histoire romaine, survenu en 9 après J.C., arrêta net la progression romaine. Il resta gravé au fer rouge dans la mémoire romaine…

Quoi qu’il en soit, montrent les archéologues contemporains, la Germanie n’était pas aussi sauvage, impénétrable et déserte que l’a écrit Tacite. Les fouilles de villages, dans le Brandebourg ou le nord de l’Allemagne, constituent même l’une des priorités de la recherche archéologiques des dernières décennies. Avec de belles découvertes !

Les objets mis au jour, parfois spectaculaires, nous renseignent sur les modes de vie, l’agriculture, l’élevage, le travail des métaux, la religion, l’importance de la guerre, etc. Ils montrent, là encore à l’encontre d’une perception héritée des Romains, que les guerres n’avaient pas lieu qu’avec Rome, mais aussi entre les tribus de la Germania Magna. Ils témoignent, par ailleurs, des relations nourries qui existaient avec l’Empire romain : commerce, opportunités de carrière (dans l’armée romaine) ou relations entre les élites. Rome n’était pas qu’un ennemi, mais aussi bien souvent un voisin utile. Même si les peuples germaniques ont toujours gardé leurs modes de vie et leurs coutumes.

Une histoire dans l’Histoire

Tôle ornée d'une frise animalière centrale et de deux frises représentant des têtes humaines de profil, site de Thorsberger Moor, moitié du IIIe siècle apr. J.C., argent et or, sans doute utilisée comme garniture d'un seau ou d'un récipient
Tôle ornée d'une frise animalière centrale et de deux frises représentant des têtes humaines de profil, site de Thorsberger Moor, moitié du IIIe siècle apr. J.C., argent et or, sans doute utilisée comme garniture d'un seau ou d'un récipient© Musée d'archéologie du Château de Gotthof, Musées régionaux du Schleswig-Holstein

Reste une question de fond : qui étaient ces peuples ? Faut-il les appeler Germains ? Les considérer comme les ancêtres des Allemands ? Ici s’ouvre la seconde exposition. Elle est présentée au Nouveau Musée de Berlin et s’intitule « Germanen. 200 Jahre Mythos, Ideologie und Wissenschaft  » (litt. : Germains, 200 ans de mythe, d’idéologie et de science ). Et ce n’est pas la partie du projet la moins intéressante !

Elle remonte aux origines de l’intérêt pour la Germanie antique, c’est-à-dire à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Puis elle le suit jusqu’à nos jours. Car pendant très longtemps, l’histoire des « Germains » a davantage relevé du fait culturel que d’une connaissance scientifique. C’est Jules César, dans « La Guerre des Gaules », qui avait fait des « Germains » une catégorie à partir de la description d’une peuplade particulière. Puis Tacite lui a emboîté le pas un siècle et demi plus tard. Au début du XIXe siècle, les historiens allemands prendront leurs écrits comme sources directes, de première main. De là vient la vision des grands guerriers blonds, vertueux, ancêtres des Allemands qui a traversé les décennies.

Les guerres contre Napoléon, entre 1813 et 1815, ont encore attisé cette stylisation d’un conflit ancestral entre « Germains » et « Romains », ou « Latins ». Des écrivains s’en sont emparés, faisant d’Hermann le Chérusque (« Arminius ») une figure littéraire à une époque où l’archéologie ne savait rien de lui, et pas davantage de la bataille de Teutoburg.

« Germains » ?

Ce n’est qu’au fil des décennies que furent entreprises les premières fouilles et qu’une connaissance scientifique s’ébaucha. L’exposition en raconte la passionnante histoire. Elle est inséparable d’une réflexion sur les notions de peuple et de territoire qui évolua sans cesse aux XIXe et XXe siècles, jusque dans les marais des idéologies sous la période nazie.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les archéologues évitent le terme générique de « Germains ». Ils préfèrent, pour décrire la réalité diverse de ce que l’on a appelé les « Germains », parler de représentants de cultures archéologiques de l’Âge de fer antérieur à la Rome antique (environ 600 av. JC. jusqu’à l’an 0), puis de cultures contemporaines de l’Empire romain (jusqu’en 375 apr. JC.). Car ensuite, avec le regroupement des de petites tribus en peuplades plus nombreuses (Francs, Goths, Vandales, etc.), c’est une autre histoire qui commence, en prélude au Moyen Âge.

A.L.

« Germanen. Eine archäologische Bestandaufnahme  »
(« Germains. Un état des lieux du point de vue de l’archéologie »)

Une exposition du Musée de la Préhistoire et de la Protohistoire de Berlin, en coopération avec Musée régional LVR de Bonn.
A visiter à la James Simon Galerie, Berlin, jusqu’au 21 mars 2021 et à Bonn à partir du 6 mai 2021.


« Germanen. 200 Jahre Mythos, Ideologie und Wissenschaft »
« Germains, 200 ans de mythe, d’idéologie et de science »

A visiter au Neues Museum de Berlin (mêmes dates)

Plus d’informations :

Musées nationaux de Berlin (en allemand et anglais)

 

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