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Vendée Globe : deux Allemands à l’assaut de l’océan

Isabelle Joschke et Boris Herrmann se lanceront dimanche dans l’aventure du Vendée Globe

Isabelle Joschke et Boris Herrmann se lanceront dimanche dans l’aventure du Vendée Globe, © picture alliance/ Thomas Bregardis/ MAXPPP/dpa; (c) picture alliance/Daniel Bockwoldt/dpa

06.11.2020 - Article

Les 33 skippers du Vendée Globe s’élanceront dimanche des Sables d’Olonne. Parmi eux figurent pour la première fois un Allemand, Boris Herrmann, et une Franco-Allemande, Isabelle Joschke. Portraits de deux aventuriers aux caractères bien trempés.

C'est en juillet 2020, quelque part au large, entre la côte vendéenne, l’Islande et les Açores. Engagée dans la solitaire Vendée-Arctique-Les Sables d'Olonne, Isabelle Joschke réussit une superbe course. La navigatrice franco-allemande, 7edu classement aux deux tiers du parcours,peut commencer à nourrir des espoirs pour l’arrivée. Mais la vie en mer n’est pas un long fleuve tranquille. Soudain, un énorme craquement fend le clapotis régulier de l’eau.

Tangon cassé ? Mât ? Safran ? La native de Munich ne s’est pas encore extraite de la cabine qu’elle évalue déjà mentalement les scénarii possibles. Une fois dehors, stupeur : sous la grand voile, la bôme s’est cassée en deux ! Une avarie majeure. Il faut parer au plus pressé. Eviter que la bôme brisée en deux ne vienne pendre dans l’eau et risquer d’abîmer la coque. « Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur, il fallait agir tout de suite », a confié la navigatrice au magazine « SegelReporter ». Isabelle Joschke finira 13e. Mais elle terminera la course. Avec un gréement de fortune bricolé grâce à l’aide à distance du navigateur Alain Gautier, son directeur de projet. Et avec en poche son ticket pour le Vendée Globe.

L’« Everest des mers »

La Franco-Allemande s’alignera ainsi dimanche aux Sables d’Olonne parmi les 33 concurrents qui prendront le départ de la 9e édition de cette course mythique. C’était son rêve… Car on surnomme cette course en solitaire autour du monde sans escale et sans assistance « l’Everest des mers ». Au moins 40.075 km attendent les concurrents, dont la plus grande partie dans les mers du Sud. Quarantièmes rugissants, Cinquantièmes hurlants, passage des caps de Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn : c’est un saut dans l’inconnu où tout peut arriver. Une aventure que seuls 89 marins ont bouclée sur les 167 concurrents qui s’y sont lancés depuis sa création en 1989.

Isabelle Joschke attend le départ avec un mélange d’enthousiasme et d’appréhension. « Je n’ai jamais été aussi bien, physiquement et mentalement », confie-t-elle, encore confinée comme tous les concurrents. « Je peux m’appuyer sur mon expérience : j’ai rebondi dans les moments difficiles, je me sens beaucoup plus en confiance. […] Je veux affronter mes peurs. »

Son bateau, un IMOCA (monocoque open de 18,28 m), est l’ancien « Safran »  construit en 2007 pour Marc Guillemot, rebaptisé « MACSF ». Il a été optimisé pour la course, et notamment équipé de « foils », ces ailerons qui permettent aux bateaux de « voler » sur les flots.

Isabelle Joschke, les femmes à l’abordage

Sur le plan sportif, son ambition est de terminer la course, si possible dans le top 10. Isabelle Joschke a débuté l’optimist à l’âge de cinq ans sur un lac autrichien. Elle a trouvé le déclic de la voile lors d’un stage aux Glénans, après une maîtrise de lettres classiques. Aujourd’hui, à 43 ans, elle a du chemin derrière elle et des références en compétition : plusieurs mini-transats, huit années sur le circuit du Figaro, une en Class40. Depuis 2017, elle est passée dans la catégorie IMOCA et mène son projet à Lorient sous la direction du vainqueur du 2e Vendée Globe, Alain Gautier.

Au fil des années, elle a travaillé sur elle-même et appris à se connaître. Exigeante, déterminée et engagée mais simple et naturelle, elle connaîtson rythme et ses limites. Elle sait qu’elle n’est jamais aussi performante que sur les longues distances.

Toutefois,son ambition ne se cantonne pas au sport. Elle a fondé en 2012 l’association Horizon Mixité, qui promeut la mixité dans tous les domaines. Son credo : montrer que tous les métiers sont ouverts aux femmes. Et que même la course au large, avec ses défis physiques, n’est pas qu’une affaire d’hommes. La 9e édition du Vendée Globe lui offre pour cela une opportunité en or. A elle et aux cinq autres femmes qui s’alignent au départ cette année - un record. Rejoindront-elles au panthéon de la voile les pionnières que furent dans les années 1990 Florence Arthaud, Isabelle Autissier et Ellen McArthur ?

Boris Herrmann navigue sur SeaExplorer - Yacht Club Monaco, Isabelle Joschke sur MACSF
Boris Herrmann navigue sur SeaExplorer - Yacht Club Monaco, Isabelle Joschke sur MACSF© Andreas Lindlahr #VG2020/ Ronan Gladu #VG2020

Ce goût de l’engagement, beaucoup de marins le partagent, d’ailleurs. Et notamment Boris Herrmann, l’autre Allemand de la compétition. Dimanche, à 39 ans, ce natif d’Oldenburg (Basse-Saxe) qui vit à Hambourg sera lui aussi au départ de son premier Vendée Globe. Un « rêve d’adolescent », dit-il. Mais aussi l’occasion de défendre une cause : celle des océans.

Boris Hermann, pour le sport et pour l’océan

Boris Hermann a fait parler de lui en 2019 lorsqu’il a convoyé Greta Thunberg de Plymouth (Royaume-Uni) à New York. La jeune militante suédoise est devenue une proche. « Elle est très cool et elle a le courage de ne pas suivre les courants dominants », admire le skipper allemand. « Elle a son propre ‘agenda’. […] Elle ne suit pas le troupeau. ». La jeune femme avait posté de nombreux clichés de sa traversée de l’Atlantique à bord du Malizia.

Aujourd’hui rebaptisé Sea Explorer – Yacht Club de Monaco, l’IMOCA de Boris Herrmann est équipé de panneaux solaires et de générateurs hydroélectriques. Et il n’embarque plus de défenseur du climat mais … un laboratoire de mesures automatisé. Le navigateur entend profiter de sa traversée de mers peu fréquentées et difficilement accessibles pour aider les scientifiques à mieux comprendre le climat. A bord, ses instruments recueilleront autant de données que possible sur le taux de CO2, la salinité, le pH ou encore la température à la surface de l’océan. Elles seront mises gratuitement à la disposition des scientifiques en partenariat avec le COI-UNESCO, la Société Max Planck, Geomar et l’Infremer.

Sur le plan sportif, Boris Herrmann vise haut : « finir dans le top 10, peut-être mieux ». Le vainqueur de la Global Ocean Race, le tour du monde en Class40, « fait partie des sérieux outsiders », confirme le magazine « Voiles&Voiliers ». Certains voient en lui un candidat au podium. Ancien champion de dériveur après avoir commencé la voile en famille à 6 ans, il a couru la Mini-Transat, navigué en Class40 et fait trois fois le tour du monde. Cette longue expérience a donné à ce titulaire d’un master en économie et père d’une petite fille le goût de l’humilité. Il connaît ses forces : le « côté multicartes » avec un vaste éventail de compétences. Et ses défauts : « Je suis trop sérieux et peut-être un peu paranoïaque », dit-il.

Mais courir le Vendée Globe est un défi qu’il nourrit depuis suffisamment longtemps pour y résister. Il veut prouver qu’il mérite sa place au soleil. Adolescent, il a lu « tous les livres de course au large, Pete Goss, Ellen McArthur », confie-t-il. Aujourd’hui, il se prépare à Monaco avec son ami Pierre Casiraghi, neveu du Prince Albert. Ensemble, ils ont modernisé son bateau, l’ancien Edmond-de-Rothschild de Sébastien Josse, contraint à l’abandon lors du dernier Vendée Globe. Le bateau ne fait certes plus partie de la dernière génération d’IMOCA. Mais, désormais équipé de deux foils, il est extrêmement performant, rapide et fiable. Et Boris Herrmann le connaît à la perfection pour avoir énormément navigué dessus. Le coup d’essai se transformera-t-il en coup de maître ? Réponse dans deux mois et demi…
A.L.

Plus d’informations :

Site web du Vendée Globe

 

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