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« L’argent n'est pas le facteur déterminant »

Le chantier de Notre-Dame

Le chantier de Notre-Dame, © picture alliance/dpa

24.11.2020 - Article

Un soutien après la catastrophe : Barbara Schock-Werner coordonne l’aide allemande pour la reconstruction de Notre-Dame.

En tant qu’ancienne maîtresse d’œuvre de la cathédrale de Cologne, Barbara Schock-Werner est l’une des plus éminentes spécialistes allemandes en matière d’édifices religieux historiques. C’est donc tout naturellement cette architecte et conservatrice de monuments historiques expérimentée qui a été choisie pour organiser les nombreuses offres d’aide de l’Allemagne après l’incendie dévastateur de la cathédrale Notre-Dame.

Barbara Schock-Werner, ancienne maîtresse d’œuvre de la cathédrale de Cologne
Barbara Schock-Werner, ancienne maîtresse d’œuvre de la cathédrale de Cologne© Privé
Madame Schock-Werner, qu'avez-vous pensé lorsqu’en avril 2019, vous avez vu les images de la cathédrale Notre-Dame en feu ?

J’ai pensé : « Ce n’est pas possible, ce n’est pas réel ». J’étais absolument horrifiée car j’imaginais très bien ce que cet incendie signifiait pour le bâtiment et les responsables des monuments historiques en France.

Avez-vous immédiatement pensé que vous pourriez contribuer à la reconstruction ?

Non, cela ne s’est passé que trois jours plus tard lorsque le bureau de la déléguée du gouvernement fédéral à la Culture, Monika Grütters, m’a appelée. Les propositions d’aide à la reconstruction en provenance d’Allemagne affluaient tant qu’il fallait de toute urgence une personne pour coordonner le tout. Comme je suis toujours heureuse d’avoir de nouvelles missions à accomplir, j’ai accepté.

Quel est votre rôle ?

J’ai tout d’abord recueilli les offres d’aide et répondu à toutes les lettres. Naturellement, j’ai dû commencer par demander aux gens de faire preuve de patience. Cet incendie a pris la France au dépourvu et il a d’abord fallu mettre sur pied une organisation pour pouvoir engager la reconstruction.

Comme je suis toujours heureuse d’avoir de nouvelles missions à accomplir, j'ai accepté.
Barbara Schock-Werner, responsable fédérale de la coordination de l’aide allemande à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame

En quoi consistaient ces propositions d’aide ?

Elles étaient très variées. Un fabricant allemand de grues a proposé de mettre à disposition du matériel pour le chantier. Ce qui a effectivement été fait. Il y a eu des offres de dons de bois et des charpentiers ont proposé leur assistance. Quelqu’un voulait reconstruire la charpente du toit de la cathédrale en impression 3D, un autre proposait de faire une sculpture à partir du bois carbonisé. C’est envisageable, mais ce n’est certainement pas ce qu’il y a de plus urgent actuellement. 

En plus des offres d'aide pratiques, il y avait également en Allemagne beaucoup de personnes prêtes à faire des dons.

Aujourd’hui, la Commission allemande pour l’UNESCO a récolté 460 000 euros de dons. La société de construction de la cathédrale de Cologne a également fait une collecte dont le montant atteint désormais 220 000 euros. Ces dons viennent de particuliers, de paroisses et d’entreprises. Toutefois, la France a reçu des centaines de millions d’euros de dons au total, l’argent n’est donc pas le facteur déterminant. J’étais d’accord avec tous les participants pour que les dons soient liés à une offre d’aide concrète. 

De quelle offre s’agissait-il ?

Les responsables en France ont fait démonter les vitraux de la cathédrale pour les nettoyer et les restaurer. Comme il existe des ateliers de verrerie sur trois chantiers de construction de cathédrales en Allemagne, j'ai pensé que ce serait utile que nous nous chargions d'une partie de la restauration de ces vitraux. Toutefois, au début, les négociations ont été difficiles car la répartition des compétences n’était pas claire.

Et puis il y a eu l’arrivée de la pandémie de Covid-19.

Oui. Immédiatement après l’incendie, je suis allée trois fois à Paris et j’ai visité la cathédrale et les ateliers de conservation des monuments historiques français. Ensuite, il n’a malheureusement plus été possible de voyager. Beaucoup de choses se passent par vidéoconférence – mais pas tout. Néanmoins, nous nous sommes mis d’accord : quatre ou cinq des vitraux d’environ 72 mètres carrés chacun seront restaurés en Allemagne. Cependant, les travaux ne commenceront probablement pas avant début 2021 car les collègues à Paris s’occupent encore de la sécurité et sont confrontés à d’autres défis importants. 

Les chantiers allemands de construction de cathédrale, avec leurs tailleurs de pierre, pourraient certainement apporter une aide.
Barbara Schock-Werner, responsable fédérale de la coordination de l’aide allemande à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame

Outre dans la restauration des vitraux, dans quels autres domaines l'Allemagne a-t-elle des compétences particulières ?

Les chantiers allemands de construction de cathédrale, avec leurs tailleurs de pierre, pourraient certainement apporter une aide mais on ne sait pas encore si les voûtes de la cathédrale doivent vraiment être remplacées. Cela dépend si elles ont été brûlées au point de ne plus pouvoir être portantes. Pour le savoir, des recherches approfondies sont nécessaires. Le cas échéant, des tailleurs de pierre allemands pourraient aller à Paris ou une partie des pierres pourraient être taillées ici en utilisant des gabarits. Nous pourrions aussi contribuer au nettoyage des orgues qui doivent être complètement démontées et nettoyées car il y a de la poussière de plomb dans les tuyaux. 

Il semblerait qu’il faille beaucoup de patience.

Beaucoup de gens pensent qu’une telle église peut être reconstruite du jour au lendemain. Ce n’est bien sûr pas le cas. Mon collègue français m'a dit qu’il faudrait dix ans rien que pour que les pierres soient complètement sèches. Et comme l’eau de la Seine a été utilisée pour éteindre l'incendie, il y a en plus des traces sur les murs qui doivent être enlevées.    

La reconstruction de Notre-Dame pourrait-elle renforcer à long terme la coopération franco-allemande dans le domaine de la conservation des monuments historiques ?

Philippe Villeneuve, l’architecte en chef des monuments historiques en France, était présent cette année aux Journées du patrimoine à Bâle. Jusqu’à maintenant, Notre-Dame n’avait pas de chantier de construction de cathédrale. Il s'est montré très intéressé par la création d’une telle institution et par la possibilité d’avoir recours au savoir-faire allemand. Ainsi, la catastrophe pourrait avoir du bon.

© www.deutschland.de

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