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Boris Herrmann, jeune renard des mers

Le skipper allemand Boris Herrmann a bouclé jeudi son premier Vendée Globe en 80 jours 14 heures 59 mn et 45 s. se classant 4e de l'épreuve après une course épique.

Le skipper allemand Boris Herrmann a bouclé jeudi son premier Vendée Globe en 80 jours 14 heures 59 mn et 45 s. se classant 4e de l'épreuve après une course épique., © © Yvan Zedda/Alea

28.01.2021 - Article

Il est l’une des révélations de ce 9e Vendée Globe. Boris Herrmann a terminé jeudi à la 5e place de la légendaire course autour du monde, qu’il était le premier Allemand à disputer. Avec un suspense insoutenable jusqu’au bout.

Il en rêvait depuis l’enfance. Il l’a fait. Après 80 jours, 20 heures, 59 minutes et 45 secondes de mer, le Hambourgeois Boris Herrmann, 39 ans, est devenu jeudi le premier Allemand à boucler le Vendée Globe, la mythique course autour du monde en solitaire sans escale et sans assistance. S’attendait-il à recevoir les félicitations de la chancelière Angela Merkel, qui a twitté hier « 80 jours et 24.000 miles autour du monde, l’Allemagne a vibré avec vous » ? Sans doute était-il encore occupé à fêter son retour sur la terre ferme après une course qui aura  distillé le suspense jusqu’au bout.

Il y a d’abord eu la descente de l’Atlantique, puis le passage des trois caps des mers du sud (Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn), les Quarantièmes Rugissants et les Cinquantièmes Hurlants. Et enfin, la remontée dans l’Atlantique vers le Brésil et vers l’Europe. Boris Herrmann n’a pas mené la flotte. Mais, toujours dans le peloton de tête, il en a été l’un des animateurs. Il a mené son IMOCA au but avec prudence et lucidité. Il a testé sa résistance et celle de son bateau.

Le tour du monde en 80 jours

 

L’aventure sportive s’est aussi vite transformée en une aventure humaine. Arrivé aux abords du Cap de Bonne-Espérance , Boris Herrmann a dû se détourner pour participer au sauvetage de Kevin Escoffier, naufragé au large de l’Afrique du Sud. Quelques semaines plus tard, dans l’Océan Indien, il a filmé émerveillé quatre de ses concurrents regroupés à quelques centaines de mètres de distance les uns des autres. « Du jamais vu », s’est-il exclamé devant la caméra. Puis, il a eu ce Nouvel An inoubliable, fêté sur l’eau dans une débauche de couleurs aux abords du Cap Horn. Et pour finir, un sprint final de légende, avec six concurrents au coude-à-coude pour la victoire. Et l’accident.

Un véritable coup du sort à cinq ou six heures de l’arrivée ! Mercredi soir, à 90 miles des Sables-d’Olonne, Boris Herrmann se battait pour la victoire finale quand son bateau a violemment heurté un chalutier dans le Golfe de Gascogne. Bilan des dégâts : balcon et boute-dehors arrachés à l’étrave, voiles déchirées, foil tribord brisé.


Suspense final

 

Boris Herrmann, qui a presque grandi sur l'eau, partage aujourd'hui sa vie entre Monaco et Hambourg (photo).
Boris Herrmann, qui a presque « grandi » sur l'eau, partage aujourd'hui sa vie entre Monaco et Hambourg (photo).© (c) picture alliance/dpa | Daniel Bockwoldt

Les derniers miles ont été les plus difficiles, a reconnu le skipper. « Ce qui m’intrigue, c’est de savoir comment cela s’est passé. Mes alarmes étaient allumées ». Ce qui est sûr, c’est que tout aurait pu s’arrêter là. Heureusement, Boris Herrmann a pu regagner le port des Sables-d’Olonne à allure réduite. Puis savourer son exploit en entrant dans le chenal jeudi matin, un peu après onze heures. Il termine à la 5e place après les Français Yannick Besthaven, Charlie Dalin, Louis Burton et Jean Le Cam.

Son amie Greta Thunberg l’a, chaleureusement félicité sur Twitter. De fait,peu connu du grand public, Boris Herrmann avait déjà fait parler de lui à l’été 2019, lorsqu’il avait convoyé la jeune militante suédoise pour le climat de Plymouth à New York pour lui éviter de prendre l’avion. Ils sont devenus proches. « Elle est très cool et elle a le courage de ne pas suivre les courants dominants », admire le skipper allemand. « Elle a son propre ‘agenda’. […] Elle ne suit pas le troupeau. ».

 

Engagé

Ils partagent aussi les mêmes combats pour le climat et la protection de l’environnement. Sur ce Vendée Globe, l’IMOCA de Boris Herrmann « Sea Explorer – Yacht Club de Monaco » était équipé de panneaux solaires et de générateurs hydroélectriques. Mieux, il avait embarqué un laboratoire de mesures automatisé. Il a relevé des données pour les scientifiques pendant toute la durée de la course. Taux de CO2, salinité de l’eau, pH, température à la surface de l’océan : recueillies dans des mers difficiles d’accès, elles seront mises gratuitement à la disposition des scientifiques en partenariat avec le COI-UNESCO, la Société Max Planck, Geomar et l’Infremer.

Sur le plan sportif, c’est son ami Pierre Casiraghi, neveu du Prince Albert, qui a soutenu Boris Herrmann. Le skipper allemand partage, en effet, sa vie entre Hambourg, où résident sa femme et sa fille, et Monaco, où il s’entraîne.

Marin expérimenté, décrit comme posé, discret, généreux et attachant par les autres navigateurs, Boris Herrmann avait été champion de dériveur, concurrent de la Mini-Transat et vainqueur de la Global Ocean Race (2008-2009), le tour du monde dans la catégorie Class40, avant de disputer ce Vendée Globe.Mais ce grand lecteur de Pete Goss et de d’Helen McArthuravait fait depuis toujours de l’Everest des océans son objectif personnel. Il espérait percer lors de cette 9e édition, et terminer « si possible dans les dix premiers ». Pari réussi !

A.L.

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