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Sur la piste de Néfertiti

Nefertiti, reine des musées berlinois. Ici en 2016 dans l'exposition de Isa Genzken Ausstellung 'Mach Dich hübsch', au Musée Martin Gropius

Nefertiti, reine des musées berlinois. Ici en 2016 dans l'exposition de Isa Genzken Ausstellung 'Mach Dich hübsch', au Musée Martin Gropius , © picture alliance / Geisler-Fotopress | Thomas Bartilla/Geisler-Fotopress

16.02.2021 - Article

C’est l’une des vedettes des musées berlinois. Depuis 2009, le buste de la reine d’Egypte Néfertiti a drainé des millions de visiteurs au Nouveau Musée, sur l’Ile des musées. Mais que sait-on de son histoire ? Réponse dans une nouvelle série documentaire en ligne.

Elle n’est pas simple à approcher. Il faut traverser une forêt des visiteurs et parvenir jusqu’au cœur des collections égyptiennes pour l’admirer. Néfertiti, la Mona Lisa des musées berlinois, fascine. Sa beauté altière envoûte tous ceux qui croisent son regard depuis un siècle. Elle les inspire, artistes, écrivains ou simples quidams. Mais faut-il s’y arrêter ? Qui se cache derrière ce masque de perfection à l’expressivité rare ? Qui était cette reine d’Egypte avant de se transformer en icône de l’archéologie, de l’art et de la publicité ? Comment est-elle arrivée à Berlin ? Une nouvelle série documentaire, publiée en ligne sur le site des Musées nationaux de Berlin, propose de remonter la piste.

Une aventure vertigineuse, du Nil à Berlin

C’est le récit d’une aventure vertigineuse. Du haut des 47 cm de ce buste de calcaire et de plâtre coloré, 23 siècles nous contemplent. Néfertiti était l’épouse principale du pharaon Aménophis IV (1351-1334 av. J.C.), dixième roi de la XVIIIe dynastie égyptienne (1372-1354 avant J.-C.). Elle était probablement issue d’une famille de la haute-bourgeoisie égyptienne. Et c’est à peu près tout ce que l’on sait d’elle avec certitude, faute de sources et de documents.

Beaucoup de thèses et d’hypothèses ont été formulées. Néfertiti devait ainsi, probablement, avoir entre 12 et 16 ans lors du couronnement d’Aménophis IV, lui-même âgé de 16 à 18 ans. Leurs noces ont- elles eu lieu avant ou après ? Il semble, en tout cas, que leurs parents aient été originaires de la même ville de Moyenne-Egypte et que ce mariage ait donné naissance à six filles. En revanche, il est aujourd’hui peu probable que Néfertiti ait été la mère du pharaon Toutânkhamon, comme cela a souvent été avancé.

Néfertiti et Aménophis IV ont d’abord vécu à Thèbes, dans la Vallée des rois. Puis le pharaon a fondé 325 km plus au nord une nouvelle capitale, Akhetaton (« l'Horizon d'Aton ») (aujourd'hui Tell al-Amarna). Il y a institué une nouvelle confession autour du seul dieu Aton (le soleil en sa forme de disque) et pris le nom d'Akhenaton (« Celui qui est agréable à Aton »). Akhenaton, Néfertiti et Aton formaient une trinité religieuse, un nouveau principe théologique. Il est possible que la reine ait eu autant de pouvoir que le pharaon, voire davantage. Elle a peut-être même brièvement régné seule après sa mort. Mais cela reste une hypothèse, et l’on ne connait ni la date, ni les circonstances de son décès. Sa momie n’a pas été retrouvée.

L’égyptologie allemande aux premières loges

Son buste, en revanche, a été façonné par le sculpteur Thoutmôsis, et il a donné lieu à l’une des découvertes les plus spectaculaires de l’égyptologie allemande. Cela s’est passé à Tell al-Amarna le 6 décembre 1912, lors d’une campagne de fouilles organisée par l’historien Ludwig Borchardt (1863-1938). Le documentaire nous replonge dans l’atmosphère émerveillée qui a entouré la mise au jour à l’aide de textes, de films et du catalogue d’une grande exposition présentée en 2012.

Vers 1900, le règne d’Akhenaton intéressait beaucoup les archéologues, apprend-on. Les fouilles ont commencé dès l’hiver 1911-1912. Elles étaient entièrement financées par le mécène allemand James Simon et dûment enregistrées auprès des autorités égyptiennes. Ironie de l’histoire, le prince de Saxe était de passage sur le site le jour de la découverte. C’est lui qui a pris les premières photos amateur du buste antique, tandis que Ludwig Borchardt notait dans son journal une phrase restée célèbre : « Ne pas décrire, voir  ».

La star des musées berlinois depuis un siècle

L’ampleur de la découverte n’échappa à personne. Les bustes égyptiens sont rares, et celui-ci est dans un état de conservation tout à fait exceptionnel. Sur le plan artistique, il incarne un sommet de précision, de symétrie et d’expressivité. Il rayonne d’une sérénité quasi idéale, et ses couleurs parfaitement préservées lui donnent presque vie. Jusqu’à nos jours, il a suscité maintes reproductions qui rencontrent un grand succès. Il a aussi inspiré toutes sortes de déclinaisons, de l’art à la publicité, dont il est difficile d’imaginer la variété.

Sarcophage de Pj-, vers 100 apr. J.C., Musée égyptien de Berlin
Sarcophage de Pj-, vers 100 apr. J.C., Musée égyptien de Berlin© picture-alliance / akg-images | akg-images

En 1912, une partie des objets découverts à Armana furent attribués aux chercheurs allemands, comme c’était la tradition, lors du partage réalisé à l’issue de la campagne de fouilles. Ils devinrent la propriété du mécène James Simon et furent présentés dès 1913 lors d’une grande exposition (sans le buste de Néfertiti). Le public berlinois ne s’y trompa pas et les accueillit avec enthousiasme. Le buste de la reine d’Egypte et l’ensemble de la collection furent ensuite légués par James Simon aux musées berlinois, en 1920. Ils ne retrouvèrent leur emplacement au Nouveau Musée, sur l’Ile des Musées, qu’en 2009, après avoir traversé bien des aléas historiques.

A.L.

Plus d’informations :

La série documentaire des Musées nationaux de Berlin est accessible ici en anglais et en allemand.

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